Le rêve d’un eldorado pour les compagnies américaines se heurte à des infrastructures en ruines. Relancer la production de l’or noir de Caracas pourrait s’avérer très complexe.
« C’est pour le pétrole ! » Trump a cloué le bec des complotistes en avouant avec le sourire sa stratégie économique. Oui, les États-Unis sont très intéressés par les hydrocarbures du Venezuela. « Nous allons faire entrer nos très grandes compagnies pétrolières américaines pour qu’elles investissent des milliards de dollars, réparent les infrastructures gravement dégradées et recommencent à faire gagner de l’argent au pays », promet-il.
Pas si simple. Pour relancer la production, il faudrait des dizaines de milliards de dollars sur plus d’une décennie.
Purges, détournements, sous-investissement… un gâchis industriel
Les infrastructures sont dans un état de délabrement. Entre 1920 et 1980, le pétrole avait pourtant permis au Venezuela d’afficher l’un des PIB par habitant les plus élevés d’Amérique latine. Jusqu’à ce qu’Hugo Chavez exproprie les sociétés étrangères et prenne le contrôle PDVSA. « Avant lui, c’était l’une des entreprises publiques les mieux gérées du monde. Puis il a décidé de mettre son nez dans les comptes et de puiser dans les caisses pour financer ses programmes sociaux et politiques », rappelle l’ex-directeur de la société José Toro Hardy. En décembre 2002, Chavez licencie 18 000 employés. « Le pays se prive alors des 300 000 années d’expérience [de ces derniers], remplacés par des cadres sans compétence », poursuit-il.
À partir de 2013, Nicolas Maduro prolonge les purges. La corruption finit de siphonner les ressources. L’affaire PDVSA-crypto aurait ainsi permis de détourner 17 milliards de dollars. « Nous devrions produire 6 millions et non 1 million de barils par jour. Mais Chavez et Maduro ont pris l’argent et sous-investi pendant vingt-cinq ans. Nous avons des réserves prouvées pour mille ans, mais il est clair que le pétrole ne durera pas si longtemps. C’est maintenant que notre pays doit écouler sa production », se désole José Toro Hardy.
Sans stabilité politique, rien ne dit que les compagnies américaines se presseront pour pomper les réserves du lac de Maracaibo et de l’Orénoque. Cette ambition s’appuie sur un besoin pragmatique. Les raffineries américaines du golfe du Mexique ont été conçues pour traiter le brut vénézuélien, essentiel à la production de diesel pour les milliers de camions américains. Elles ne tournent pas à plein régime et ont besoin de ce pétrole lourd et acide en provenance du pays voisin, alors que les relations avec le Canada, principal fournisseur étranger, se sont refroidies.
Blocus : l’exception Chevron
Le président américain a beau jeu de présenter ce retour en force comme une revanche sur les nationalisations de 1976. Les compagnies américaines avaient alors été largement indemnisées. La rupture est venue plus tard, avec Hugo Chavez, qui a exproprié en 2007 sans compensation.
Juste avant l’intervention américaine, les tankers de Chevron sortaient encore des ports vénézuéliens. Le groupe bénéficie d’une exemption. Après avoir révoqué l’ancienne licence, le Trésor américain lui a accordé, en juillet 2025, une nouvelle dérogation qui permet de continuer d’exploiter et de transporter le brut via des sociétés communes avec la société publique PDVSA. Officiellement, elle interdit à Chevron de verser de « l’argent frais » au gouvernement.
Cheval de Troie
Présente depuis 1923, Chevron est la seule major américaine à être restée au Venezuela lorsque Chavez a renationalisé les actifs. Elle a tenu bon malgré les purges et la corruption. « Nous souhaitons participer à la reconstruction de l’économie vénézuélienne quand les circonstances évolueront », expliquait son PDG, Mike Wirth, en novembre 2025. La société assure près d’un quart de la production du pays, environ 250 000 barils par jour, et demeure le premier investisseur étranger, alors que le français TotalEnergies et le norvégien Equinor ont renoncé.
Pour Caracas, Chevron représente la technologie et un lien avec Washington. Pour la Maison-Blanche, c’est un moyen de pression, voire un cheval de Troie, le jour où un gouvernement coopératif voudra « reconstruire » l’industrie. Delcy Rodriguez, la présidente par intérim déjà en charge des dossiers pétroliers, se dit prête à discuter.

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