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Qu’est-ce que la « doctrine Donroe » inventée par Donald Trump ?

Qu’est-ce que la « doctrine Donroe » inventée par Donald Trump ?

Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les États-Unis ont capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro à Caracas. Un coup de force assumé par Donald Trump, qui y voit l’application directe de sa « doctrine Donroe ». Décryptage.

«Le plus fort s’empare de ce qu’il veut » : c’est ainsi que The Economist résume le monde selon Trump. L’enlèvement de Nicolas Maduro, le 3 janvier dernier à Caracas, en est l’éclatante illustration. Le président vénézuélien, accusé de trafic de drogue notamment, a été emmené de force par les forces spéciales américaines à New York pour y être jugé, marquant un tournant dans l’application moderne de la doctrine Monroe. Les États-Unis rappellent que l’Amérique du Sud est leur chasse gardée.

Dans cette logique, Donald Trump affirme désormais contrôler les réserves pétrolières vénézuéliennes, exigeant la livraison immédiate de 30 à 50 millions de barils, malgré l’état dégradé des infrastructures du pays.

Qu’est-ce que la doctrine Donroe ?

La capture de Maduro n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans un plan plus large décrit dans la Stratégie de sécurité nationale (National Security Strategy, NSS), publié le 2 décembre 2025.

« On l’appelle maintenant le document Donroe », a assuré Donald Trump le jour de la capture de Nicolas Maduro. « La doctrine Monroe est très importante, mais nous l’avons dépassée de très loin. Dans le cadre de notre nouvelle stratégie de sécurité nationale, la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question » a déclaré le président américain.

La doctrine « Donroe » est une mise à jour de la doctrine Monroe (Trump accole son prénom au patronyme de son lointain prédécesseur). Le 2 décembre 1823, le président des États-Unis James Monroe proclamait devant le Congrès son opposition à toute intervention de puissances européennes sur le continent américain : fini la colonisation de l’Amérique par les puissances européennes.

Dans cette version, les États-Unis doivent dominer la région non seulement politiquement, mais aussi économiquement et militairement. Selon Trump, l’Amérique « ne sera jamais remise en question » dans l’hémisphère occidental, transformant la région en chasse gardée face à des puissances comme la Chine ou la Russie.

Si le principe est ancien, la méthode est résolument moderne. L’opération au Venezuela a mobilisé forces aériennes, navales et commandos terrestres, démontrant une capacité militaire à imposer la puissance américaine rapidement et sans négociation. Pourtant, même après l’arrestation de Maduro, le régime reste actif : Delcy Rodríguez dirige officiellement le pays, les milices circulent et le système répressif continue de fonctionner.

Jusqu’où ira Trump ?

The Economist tire la sonnette d’alarme : cette « doctrine Donroe » ne se limite pas au Venezuela. Elle menace de remettre en cause les fondements du droit international et place dans le viseur plusieurs territoires : Cuba, le Groenland, la Colombie, le Canada, le Mexique… L’administration Trump ne risque-t-elle pas de précipiter la région dans les bras de Pékin et de Moscou ?

Le précédent le plus récent remonte à l’invasion du Panama en 1989, qui avait été justifiée alors par la lutte contre le narcotrafic. Mais l’ambition actuelle est d’une tout autre ampleur : sécuriser les ressources stratégiques, verrouiller les positions clés et contenir les flux migratoires massifs vers les États-Unis, tout en maintenant un semblant de stabilité régionale.

Au fond, la « doctrine Donroe » est un mélange assumé d’impératif géopolitique, d’exploitation des matières premières et de démonstration de force militaire. Le message est clair : dans tout l’hémisphère occidental, la suprématie américaine s’impose par la force.

Pour The Economist, ce retour à une logique impériale du XIXe siècle, armé des technologies du XXIe, constitue un pari fou. En écartant le droit international et en reléguant la légitimité démocratique, Donald Trump joue gros. Les semaines et les mois qui viennent diront si ce coup de poker géopolitique tient la route… ou s’il embrase une région déjà au bord du gouffre.