Large vainqueur de la présidentielle et des législatives, le camp du président sortant consolide son pouvoir, soutenu par des mercenaires de Wagner. Mais, fraudes électorales, intimidations et violences armées placent son nouveau mandat dans un climat politique et sécuritaire sous haute tension.
Selon les résultats provisoires publiés par l’Autorité nationale des élections (ANE), le Mouvement cœurs unis (MCU) arrive en tête dans une large majorité de circonscriptions. Une domination parlementaire qui devrait permettre au président nouvellement réélu Archange-Faustin Touadéra de gouverner sans réelle entrave institutionnelle. Mais cette victoire électorale est loin de faire l’unanimité.
Saisine du Conseil constitutionnel
Anicet-Georges Dologuélé, candidat de l’opposition, demande « la recompte complète des bulletins”. “Il y a 6 700 bureaux de vote à travers le pays. Les résultats ne se sont basés que sur seulement 1 000 d’entre eux, affirme-t-il. Ils n’ont pas comptabilisé les régions où j’étais le plus populaire ! » Pour dénoncer ces irrégularités, plusieurs membres de l’opposition ont saisi le Conseil constitutionnel. « Je suis très attaché à la démocratie alors pour dénoncer les irrégularités, je vais faire mon possible pour coller à la loi », explique Anicet Dologuélé avec l’espoir que les juges résistent face à la pression du gouvernement. « Ils m’ont déjà défendu lorsque le pouvoir a remis en doute ma nationalité pour m’éjecter de l’élection, j’ai bon espoir pour qu’ils résistent à nouveau.» En attendant, son parti se maintient au second tour de l’élection et garde la possibilité de jouer le contre-pouvoir à l’assemblée.
D’après l’opposition, l’opinion publique penche de son côté. « Il n’y a pas de liesse. Après l’élection, le calme a gagné la ville », décrit Jean-Serge Bokassa, proche d’Anicet-Georges Dologuélé. L’ancien ministre de l’Intérieur de Touadéra espère également que les juges du Conseil constitutionnel tranchent en leur faveur et demande une nouvelle élection où « chaque parti politique pourra envoyer ses partisans contrôler le dépouillement ». « Le changement ne pourra se faire que par les urnes », estime-t-il.
Une milice contre le pouvoir
Par ailleurs, les premiers jours de ce nouveau mandat sont chahutés par un retour de fortes tensions dans le sud-est du pays, une région déjà fragilisée par des décennies d’insécurité. Depuis le 28 décembre, jour même du scrutin présidentiel, cette zone a été le théâtre de violents affrontements entre la milice Azandé Ani Kpi Gbè (AAKG) et les forces de sécurité nationales, appuyées par des éléments du groupe paramilitaire russe Wagner, comme l’a indiqué mercredi 7 janvier la Cour pénale spéciale.
La milice, issue de la communauté zandé et formée à l’origine comme groupe d’autodéfense par les mercenaires de Wagner, a lancé plusieurs attaques contre des positions des Forces armées centrafricaines (FACA), des agents de l’État et des unités de gendarmerie dans des localités reculées du Haut-Mbomou.
Le premier assaut, observé à Bambouti dès le jour du vote, a possiblement perturbé le déroulement des opérations électorales dans cette localité frontalière, obligeant de nombreux habitants à renoncer à se rendre aux urnes. Après avoir brièvement pris le contrôle de la ville, les combattants de l’AAKG ont été délogés quelques jours plus tard par l’armée centrafricaine soutenue par Wagner.
Créer un socle démocratique contre l’insécurité
Les violences ne se sont toutefois pas limitées à Bambouti : la localité voisine de Zémio est également devenue un point chaud des combats, où les affrontements se poursuivent, avec des prises d’otages d’agents de l’État et au moins un agent de recensement tué, selon les autorités judiciaires. Ces affrontements ont provoqué un climat de peur et de déplacement parmi les civils, accentuant l’urgence humanitaire dans une région déjà isolée et peu accessible.
Pour Anicet-Georges Dologuélé, les défaillances de la Minusca (mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique) notamment pour dénoncer les fraudes lors du scrutin participent à la création de rébellions. « Le pays est en proie à une instabilité sécuritaire du fait des milices qui sévissent dans le pays, elles sont communautaires et se retournent vers le pouvoir preuve que bâtir un socle démocratique représentatif participerait grandement à endiguer l’insécurité », avance l’homme politique.
Les tensions soulignent effectivement que, malgré les avancées institutionnelles affichées, le contrôle effectif du territoire reste inachevé, surtout dans des zones périphériques où des groupes armés continuent de contester l’autorité de l’État.

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