Depuis 2020, la chanteuse de 24 ans s’est ouvertement positionnée contre le président américain, n’hésitant pas à critiquer sa politique et ses décisions à chacun de ses concerts ou interventions publiques.
Cette fois-ci, ce n’est pas pour sa prestation musicale ni ses talents de chanteuse que Billie Eilish a été récompensée, ce samedi 17 janvier. À la tribune des MLK Jr. Beloved Community Awards, à Atlanta, l’artiste de 24 ans a reçu le prix de la Justice environnementale pour son engagement de longue date en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Mais face à son public, elle l’admet : « Je ne me sens vraiment pas digne de ce prix. »
« C’est très étrange d’être célébrée pour mon engagement envers la justice environnementale dans une époque où cette lutte semble moins réalisable que jamais, étant donné l’état actuel de notre pays et du monde », poursuit-elle, comme le rapporte The Hollywood Reporter. Avec cette diatribe, Billie Eilish ne cache pas son intention de cibler directement Donald Trump et sa politique de maintien de l’ordre.
« Nous voyons nos voisins se faire kidnapper, des manifestants pacifiques se faire agresser et assassiner, nos droits civiques être dépouillés », énumère la chanteuse, faisant ainsi référence à l’Immigration and Customs Enforcement (ICE, Service de l’immigration et des douanes), du nom de cette police régulièrement épinglée pour ses expulsions et arrestations violentes et massives. Dernièrement, elle a été jugée responsable de la mort de plusieurs personnes dont Renee Good, une mère de famille de 37 ans, tuée par balle le 7 janvier dernier par un agent de l’ICE à Minneapolis.
Depuis, dans cette ville du Minnesota, se multiplient des manifestations elles-mêmes réprimées par les agents fédéraux de l’ICE. En réaction, la jeune artiste avait partagé plusieurs publications dans ses stories sur Instagram pour dénoncer les agissements de cette police. « L’ICE est un groupe terroriste financé et soutenu par le gouvernement fédéral sous le département de la sécurité intérieure. Elle n’a rien fait pour rendre nos rues plus sûres », pouvait-on lire sur l’une de ses publications éphémères, le 9 janvier, nous apprend BFMTV.
Collectifs de célébrités anti-Trump
À cette même date, Billie Eilish a également relayé un message à l’intention des membres du Congrès, pour réclamer la démission de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem ainsi que l’arrestation et l’inculpation de l’agent impliqué dans la mort Renee Good. Comme elle, de nombreux artistes ont vivement critiqué l’administration Trump et sa police fédérale – Mark Ruffalo, Ariana Grande ou encore Neil Young en tête.
Quelques mois plus tôt, la jeune chanteuse américaine avait par ailleurs rejoint un collectif de célébrités hollywoodiennes pour relancer un mouvement de protestation pour la liberté d’expression qui datait de la Guerre froide. Aux côtés de 550 stars comme Natalie Portman, Anne Hathaway, Pedro Pascal, John Legend ou Spike Lee, Billie Eilish a signé un appel à reformer le « Comité pour le Premier Amendement » lancé par l’actrice Jane Fonda.
« Ce Comité avait initialement été créé pendant l’ère McCarthy, une période sombre durant laquelle le gouvernement fédéral avait réprimé et persécuté les citoyens américains pour leurs convictions politiques », soulignent les signataires dans le communiqué publié en octobre pour dénoncer la campagne menée par l’administration Trump pour réduire ces critiques au silence. Ce mouvement était intervenu quelques jours après la suspension, par la chaîne ABC, de l’animateur Jimmy Kimmel sous la pression de la Maison Blanche. Rappelons que l’humoriste s’était exprimé au sujet de l’assassinat de l’influenceur républicain Charlie Kirk dans son émission Jimmy Kimmel Live !
Un engagement dès 2020
Pour Billie Eilish, ce positionnement anti-Trump n’est pas nouveau. Loin de là. La jeune chanteuse, alors âgée de seulement 18 ans, s’était exprimée dès 2020 à la tribune de la Convention nationale démocrate pour soutenir le candidat démocrate de l’époque, Joe Biden. « Vous n’avez pas besoin de moi pour vous dire que la situation est catastrophique : Donald Trump est en train de détruire notre pays et tout ce qui nous est cher », s’était-elle insurgée, alors que le milliardaire était candidat à sa propre réélection.
En pleine crise sanitaire mondiale, « nous avons besoin de dirigeants qui s’attaquent aux problèmes comme le changement climatique et la COVID-19, et non qui les nient. Des dirigeants qui luttent contre le racisme systémique et les inégalités », avait-elle lancé. Avant d’ajouter : « Le silence n’est pas une option et nous ne pouvons pas nous abstenir. Nous devons tous voter comme si nos vies et le monde en dépendaient – car c’est le cas. La seule façon d’assurer notre avenir est de le construire nous-mêmes. Inscrivez-vous sur les listes électorales ; votez. » La chanteuse avait ensuite interprété sa dernière chanson, intitulée « My Future », pour la première fois en public.
Soutien de Kamala Harris
Quatre ans plus tard, rebelote. Donald Trump est à nouveau candidat à la présidentielle américaine. L’occasion, pour Billie Eilish, de se manifester sur le plan politique en prenant ouvertement parti pour sa rivale démocrate, Kamala Harris. Dans un message commun sur Instagram en septembre 2024, l’interprète de « Birds of a Feather » et son grand frère Finneas ont révélé qu’ils avaient voté par anticipation et ont invité leur public à en faire de même. « Nous votons pour Kamala Harris et Tim Waltz parce qu’ils se battent pour protéger notre liberté à nous reproduire, notre planète et notre démocratie », avaient alors scandé le duo, face aux quelque 120 millions d’abonnés de la chanteuse.
Mais son implication n’a pas suffi pour permettre à Kamala Harris d’accéder au Bureau ovale. Au lendemain de la victoire de Donald Trump, le 6 novembre 2024, Billie Eilish l’a avoué face à son public à Nashville (Tennessee) : « En me réveillant ce matin, je ne pouvais pas imaginer faire un concert un jour comme aujourd’hui. » Dans une allusion non dissimulée au président des États-Unis, elle a choisi d’interpréter « Your Power », une chanson évoquant les violences sexuelles commises envers les femmes. « Quelqu’un qui déteste profondément les femmes est sur le point de devenir président des États-Unis d’Amérique », a-t-elle affirmé.
Pour rappel, Donald Trump a été condamné, en décembre 2024, à payer 5 millions de dollars pour agression sexuelle et pour des propos diffamatoires tenus en 2022 à l’encontre de l’ancienne chroniqueuse Elizabeth Jean Carroll. Cette dernière, aujourd’hui âgée de 82 ans, avait révélé dans un livre ce qu’elle considérait être un viol, commis vingt-trois ans plus tôt dans une cabine d’essayage par le milliardaire républicain.
Durant son concert, lors de son interprétation de la chanson « TV » évoquant cette thématique, Billie Eilish a également partagé ses inquiétudes quant à la question du droit à l’avortement, alors que l’arrêt Roe v. Wade a été révoqué en juin 2022 par la Cour suprême (à majorité républicaine). Si Donald Trump s’était montré prudent sur la question lors de la campagne, il avait été le premier président à se rendre à la « Marche pour la vie » des militants antiavortement en 2020.

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