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« L’Ukraine c’est votre voisinage, pas le nôtre » : à Davos, la charge brutale de Donald Trump contre l’Europe

« L’Ukraine c’est votre voisinage, pas le nôtre » : à Davos, la charge brutale de Donald Trump contre l’Europe

« Arnaque verte », « suicide » culturel, ultimatum sur le Groenland et humiliation pour Emmanuel Macron : Donald Trump a transformé la tribune de Davos en tribunal contre le Vieux Continent ce mercredi.

Il fallait être patient et costaud pour suivre le président américain Donald Trump à Davos, ce 21 janvier. Deux heures de queue pour décrocher l’un des 60 sièges attribués à la presse… Il a même fallu résister à un coup d’épaule du robuste Marc Benioff de Salesforce, flanqué de son garde du corps, qui est rentré avant tout le monde. Il a fallu se faire tout petit pour laisser passer les multiples agents de sécurité d’un prince de Bahreïn, lui aussi passé devant tout le monde… Il a fallu enfin résister à la tentation de reculer de quelques pas pour discuter avec le génial Brian Armstrong de Coinbase (une entreprise qui mérite d’être connue).

Voilà, nous sommes rentrés… après une ultime fouille à l’entrée (alors qu’on y était déjà passé deux fois au Centre des congrès). Que voulez-vous, quand le « big boss » du monde — ou, du moins, celui qui revendique ce rôle — est là, il faut bien accepter les excès. Même les longueurs.

Son discours a explosé tous les records : 1 h 11 d’intervention. Soit plus que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président de la République Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney réunis, qui s’étaient exprimés la veille. Autant vous le dire tout de suite : Trump ne souhaite pas prendre le Groenland par la force, promis-juré. Mais il a aussi répété, encore et encore, que cette terre danoise était due aux États-Unis, et que seul son pays pouvait la défendre. À ses yeux, ni le Danemark ni les pays européens ne sont « capables » d’assurer la sécurité de ce « gros glaçon ».

Non, il ne veut pas ce territoire pour ses terres rares (« les terres rares n’existent pas »), mais pour protéger son pays et le Canada (« Le Canada vit grâce aux États-Unis. Souviens-toi de ça, Mark [Carney], la prochaine fois que tu feras tes déclarations »). Pour lui, le rachat de l’île est un impératif de sécurité nationale face aux appétits russes et chinois. Et si Copenhague refuse ? La menace a été à peine voilée, glaçante : « Vous pouvez dire non… et nous nous en souviendrons. »

Les éoliennes, les mal-aimées

Le président américain a poursuivi son règlement de comptes avec l’Europe, qu’il a dit aimer. Pour Donald Trump, le Vieux Continent file un très mauvais coton. Avec brutalité, il a affirmé que certains endroits en Europe n’étaient tout simplement « plus reconnaissables franchement… Ils se détruisent eux-mêmes. C’est horrible ce qu’ils se font à eux-mêmes ».

La faute, selon lui, à une décennie d’autodestruction culturelle, nourrie par l’immigration de masse et des dépenses publiques incontrôlées. « Je suis attaché à la civilisation occidentale », a-t-il martelé en rappelant ses racines écossaises et allemandes, comme pour mieux souligner que l’Europe actuelle trahissait cet héritage.

Fidèle à ses obsessions, le président américain a qualifié les politiques vertes européennes d’« arnaque ». Sa cible préférée ? Les éoliennes. « Une chose que j’ai remarquée, c’est que plus un pays a d’éoliennes, plus ce pays perd d’argent et plus ce pays va mal. […] C’est peut-être le plus grand canular de l’histoire. » Il a d’ailleurs pointé du doigt les mauvais élèves : l’Allemagne, coupable d’avoir fait exploser ses prix de l’énergie tout en baissant sa production, et le Royaume-Uni, accusé de dormir sur ses ressources en mer du Nord. Pour Trump, le verdict est sans appel : la transition énergétique européenne est une catastrophe économique.

Des doutes réitérés sur l’Otan

Le ton s’est encore durci quand il a abordé son ultime sujet fétiche : l’argent de l’Otan. Le message est clair : l’Amérique n’est pas une vache à lait. Tout en se félicitant d’avoir tordu le bras aux alliés pour faire grimper la note (faisant passer l’objectif de 2 % à 5 % du PIB des pays membres), il a jeté un froid polaire dans la salle en remettant en cause le principe de solidarité.

« Je sais que nous serions là pour eux, [mais] je ne sais pas s’ils seraient là pour nous. Avec tout l’argent que nous dépensons, avec tout le sang, la sueur et les larmes, je ne sais pas s’ils seraient là pour nous », a-t-il lâché, alors que l’inverse est, selon lui, garanti. Quant à l’Ukraine ? « C’est votre voisinage, pas le nôtre », a-t-il malicieusement répété. « Les États-Unis maintiennent le monde entier à flot. […] Sans nous, la plupart des pays ne fonctionnent même pas. »

Et puis il n’a pas pu s’empêcher de raconter un supposé échange avec Emmanuel Macron (« Je l’ai regardé hier avec ces belles lunettes de soleil. C’est quoi ce délire ? […] En fait je l’aime bien. Dur à croire, n’est-ce pas ? »). Il a expliqué avoir forcé la France – et l’Europe – à payer les médicaments plus cher, sous peine de taxes douanières sur le vin et le champagne. À Davos, Trump a rappelé que tout se négocie avec lui.