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CAN 2025 : une édition marocaine déjà record !

CAN 2025 : une édition marocaine déjà record !

Affluences inédites, fan zones XXL, ferveur populaire et manne économique : au Maroc, la CAN 2025 franchit un cap. Retour sur les chiffres et les séquences marquantes d’un tournoi qui rebat les cartes du football africain.

À Rabat, le 18 janvier, le Sénégal est allé chercher sa deuxième Coupe d’Afrique des nations au terme d’une finale électrique face au Maroc. Au-delà de la finale qui s’est déroulée sous haute tension, la CAN 2025 a marqué une séquence à part dans l’histoire de la compétition. Accueillie par le Maroc pour la première fois depuis 1988, cette 35ᵉ édition s’est affirmée comme une CAN des records, des symboles et des dispositifs inédits. Le tournoi a fait émerger des scènes, des figures et des dynamiques révélatrices d’évolutions plus profondes du football africain et de ses usages. Retour sur huit faits marquants qui ont fait du tournoi marocain « la version la plus réussie de l’histoire de la compétition », selon les mots du président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe.

Le sosie de Patrice Lumumba, devenu icône continentale

Dans les tribunes de la CAN, au milieu du bruit, des chants et des drapeaux, une silhouette ne bouge pas. Pas un pas, pas un regard vers la pelouse. Michel Kuka Mboladinga s’est installé sur un petit pupitre, le bras droit levé, paume ouverte, l’autre bras le long du corps. À l’échelle d’un tournoi où tout s’agite, les yeux sont rivés sur son immobilité. Il aurait passé environ 438 minutes figé.

Le détail qui accroche d’abord les caméras, ce sont les teintes du drapeau congolais, portées comme un costume de scène : veste jaune ou bleue, pantalon rouge, cravate assortie. Puis on comprend la référence : même coupe de cheveux, lunettes “sixties”, même posture que la statue de Patrice Lumumba érigée à Kinshasa.

Mboladinga fait cela depuis 2013, en revendiquant une démarche à la fois artistique et patriotique. Puis vient la scène qui rappelle qu’une icône de tribune reste un homme : après l’élimination de son pays face à l’Algérie en huitième, Mboladinga craque et pleure. Une image qui a ému de nombreux marocains sur les réseaux.

Au milieu d’un tournoi ultra-médiatisé, le nom de Lumumba, cette figure panafricaine, continue de résonner. Ce supporter a ainsi rappelé qu’un stade peut aussi devenir un lieu de mémoire, un endroit où l’on vient voir du football, mais où l’Histoire, parfois, se lève et reste debout.

Quatre sélectionneurs africains dans le dernier carré, une première depuis 1965

Pour la première fois depuis 1965, les quatre sélections qualifiées en demi-finales de la CAN sont dirigées par des sélectionneurs à nationalité sportive africaine : Walid Regragui (Maroc), Pape Thiaw (Sénégal), Hossam Hassan (Égypte) et Eric Chelle (Nigeria). Les profils des demi-finalistes présentent des points communs : anciens internationaux, formés comme entraîneurs, parfois en Europe. Regragui et Chelle possèdent aussi la nationalité française. Si les salaires des entraîneurs européens restent plus élevés, ceux des techniciens africains, en revanche, sont plus modestes.

La tendance s’inscrit dans une continuité récente : les trois dernières CAN ont été remportées par des sélections entraînées par d’anciens internationaux africains, à savoir, Belmadi avec l’Algérie en 2019, Aliou Cissé avec le Sénégal en 2022, Émerse Faé avec la Côte d’Ivoire en 2024. En 2025, la dynamique s’est confirmée dès le départ, avec une majorité d’entraîneurs africains, soit 14 sélections, sur les bancs des 24 équipes engagées, contre 10 Européens. L’entraîneur du vainqueur de la CAN 2025 sera in fine africain, pour la quatrième édition consécutive. Un basculement durable dans l’histoire de la compétition.

Quand la diaspora africaine parle… darija

Pendant cette CAN 2025, une scène est devenue familière : des supporters africains s’exprimant en darija, souvent avec aisance. Une vidéo virale montre ainsi une supportrice congolaise, après Congo–Algérie, déclarant en dialecte marocain : « Le Congo a perdu, mais la Coupe restera au Maroc, inchallah ». De quoi faire de cette édition une CAN des diasporas, où la langue a servi de passerelle autant que de symbole.

Ces images s’inscrivent dans une réalité démographique documentée. Selon les données du recensement général de la population de 2024, les ressortissants d’Afrique subsaharienne représentent 59,9 % des migrants étrangers au Maroc, contre 26,8 % en 2014.

La CAN comme accélérateur touristique historique

Le tournoi s’inscrit dans une année record pour le tourisme marocain. En 2025, le Royaume a accueilli 19,8 millions de visiteurs, soit +14 % par rapport à 2024, selon les chiffres du ministère du Tourisme. Certains observateurs estiment que la compétition pourrait générer jusqu’à un million d’entrées touristiques supplémentaires en 2026. L’objectif affiché à l’horizon 2030 est fixé à 26 millions de touristes.

Sur le plan économique, les retombées directes liées à l’édition 2025 sont, dans plusieurs sources, évaluées à près de 12 milliards de dirhams, principalement dans le tourisme, l’hôtellerie et les transports. Le directeur de l’ONMT (Office national marocain du tourisme), Achraf Fayda, évoque des comportements de visite marqués par des séjours prolongés, une mobilité entre villes hôtes et des excursions au-delà des sites de match.

L’impact est également visible dans les transports. Le trafic aérien national atteint 36,3 millions de passagers en 2025, contre 32,7 millions en 2024, soit +3,6 millions. L’ONDA (Office National des Aéroports) indique que la CAN aurait contribué de manière significative à cette hausse. Sur le plan commercial, Transavia France annonce l’ouverture de 14 nouvelles lignes vers le Maroc à l’hiver 2025, en partenariat avec l’ONMT, et une augmentation de capacité proche de 30 % sur un an.

Une CAN record sur le plan sportif et commercial

Sur le terrain, la CAN 2025 s’est distinguée par un niveau offensif inédit. Avec 120 buts inscrits avant la finale, l’édition marocaine est devenue la plus prolifique de l’histoire de la compétition, selon les données communiquées par la CAF.

Mais c’est surtout sur le plan économique que le tournoi a marqué un tournant. La CAF a affirmé que la CAN 2025 constituait le plus grand succès commercial de l’histoire du football africain. Les recettes issues de la billetterie ont atteint 55 millions de dollars, soit cinq fois plus que l’édition précédente. Cette performance est également portée par un record de 23 sponsors associés à la compétition.

Ce bilan a été salué par plusieurs instances internationales. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a qualifié le Maroc d’« hôte exceptionnel » et la CAN 2025 de « tournoi fantastique », dans un message publié au lendemain de la finale. De son côté, la Commission de l’Union africaine a exprimé sa « profonde gratitude » au royaume chérifien pour une organisation jugée exemplaire, soulignant son professionnalisme et son hospitalité.

Ainsi, cette CAN 2025 figure parmi les éditions les plus rentables de l’histoire aussi bien pour la CAF que pour le pays organisateur. Preuve à l’appui: le ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a évoqué un effet multiplicateur de 1,82 des revenus et investissements liés à la compétition, ainsi que la création d’environ 100 000 emplois. L’événement a permis de gagner une dizaine d’années de développement en 24 mois en matière d’infrastructures, à savoir, les stades, les routes, les aéroports et le réseau ferroviaire. Des chantiers auxquels ont participé plus de 3 000 entreprises industrielles.

À chaque équipe, son hôtel cinq étoiles

La CAN 2025 a marqué une première organisationnelle : chacune des 24 sélections engagées a disposé d’un hôtel cinq étoiles réservé exclusivement, faisant office de quartier général pendant la compétition. Ce dispositif s’est traduit par la mise en place de 24 camps de base, associant un établissement hôtelier haut de gamme et un site d’entraînement situé à proximité.

Pour la phase de groupes, l’attribution de ces hôtels a été effectuée par tirage au sort, lors d’un atelier organisé à Rabat le 26 janvier, en présence des sélectionneurs. Les équipes ont ainsi été réparties dans les différentes villes hôtes : Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir, Tanger et Fès, dans des établissements relevant tous du segment premium.

Parmi les exemples cités : l’Algérie était installée au Dawlïz Art & Spa à Rabat, la Tunisie au Conrad Arzana à Rabat, le Sénégal au Fairmont Tazi Palace à Tanger, le Nigeria à l’Hôtel Sahrai à Fès, tandis que plusieurs sélections (Égypte, Cameroun, Gabon) étaient basées à Agadir, et d’autres à Casablanca ou Marrakech dans des hôtels de chaînes internationales (Fairmont, Marriott, Hyatt, Sofitel, Radisson, Ritz-Carlton). Cette capacité d’accueil s’inscrit dans un contexte de montée en puissance du parc hôtelier marocain. En 2025, plus de 43 000 lits ont été créés. Les établissements 4 et 5 étoiles représentent désormais 53 % de l’offre. Plusieurs groupes internationaux comme Radisson, Accor ou Hilton ont annoncé de nouvelles implantations ou concepts liés à la période de la CAN, notamment à Rabat, Tanger, Agadir et Taghazout.

Une CAN vécue aussi hors des stades : fan zones, concerts et expérience élargie

La CAN 2025 s’est accompagnée d’un déploiement inédit de fan zones et d’espaces de diffusion sur l’ensemble du territoire marocain. L’engouement atteint des niveaux exceptionnels, avec notamment jusqu’à 80 000 supporters rassemblés dans une fan zone à Marrakech lors du match Maroc–Nigeria, un record d’affluence pour un espace de retransmission hors stade durant la compétition.

À Casablanca, une Fan Zone Arena a été aménagée au Vélodrome, avec quatre écrans géants panoramiques, des tribunes couvertes, des espaces de restauration, des zones de jeux et des animations festives. D’autres sites, comme l’Hippodrome Casa Anfa, ont accueilli des dispositifs privés de diffusion continue des matchs, avec une capacité annoncée pouvant atteindre 2 500 personnes par jour, sur des plages horaires étendues.

À Rabat, plusieurs fan-zones ont été activées. La Fan Zone OLM Souissi a accueilli plusieurs concerts, dont celui d’ouverture à la veille du match inaugural, réunissant des artistes internationaux et marocains, dont French Montana, Davido, L’Artiste et Says’z. Toujours dans la capitale, la Fan Zone AMCI (Agence marocaine de coopération internationale), installée au sein de la Cité universitaire internationale, s’étend sur environ 5 000 m² et s’adressait spécifiquement aux étudiants et lauréats internationaux, représentant plus de 80 nationalités, dont 47 pays africains. La fréquentation cumulée y a été estimée à près de 50 000 visiteurs sur l’ensemble de la compétition.

Des fan zones ont été également installées dans plusieurs aéroports marocains, à destination des passagers et du personnel, tandis que le transporteur national Royal Air Maroc a déployé ses propres espaces d’animation et de diffusion, notamment à Casablanca.

Des fan zones ont aussi été mises en place dans des villes ne recevant pas de matchs, telles qu’Essaouira, El Jadida, Oujda, Béni Mellal et Laâyoune. L’ensemble de ces dispositifs a contribué à faire de la CAN 2025 un événement vécu à la fois dans les stades et dans l’espace urbain, culturel et touristique, à travers une offre combinant sport, musique, animation et hospitalité.

Un dispositif sécuritaire scruté à l’international

Sur le plan sécuritaire, le dispositif déployé au Maroc a été suivi de près par plusieurs acteurs internationaux, dont une délégation du FBI, présente sur le terrain du 4 au 6 janvier dans le cadre des préparatifs du Mondial 2026 organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique. La mission américaine a observé les mesures appliquées lors de rencontres disputées à Rabat, notamment au stade Moulay Abdellah et au stade Moulay El Hassan, en coordination avec la police marocaine.

Les dispositifs examinés incluaient la gestion des flux de supporters, les contrôles d’accès, la vidéosurveillance, l’usage de drones, ainsi que l’interconnexion de centres de commandement fixes et mobiles assurant un suivi en temps réel.

Le modèle marocain s’appuie sur un maillage technologique étendu : 6 000 caméras intelligentes, assistées par des outils d’intelligence artificielle et de reconnaissance faciale, déployées sur 75 sites prioritaires, notamment le long des axes Rabat–Casablanca, Marrakech–Agadir et Fès–Tanger. À cela s’ajoutent 16 équipes de surveillance par drones, des unités cynotechniques, des brigades spécialisées dans la détection d’explosifs et des renforts de la police aux frontières.

Chaque grande enceinte est également dotée d’un commissariat intégré et, à titre expérimental, de bureaux judiciaires mobiles, permettant un traitement immédiat de certaines infractions. Entre le 21 décembre et le 6 janvier, les autorités ont fait état de 150 infractions traitées, dont des tentatives d’accès frauduleux et des cas de revente de billets à des prix supérieurs aux tarifs réglementaires.

Au cœur du dispositif figure le Centre de coopération policière africaine, inauguré à Salé, réunissant les services marocains, des agents de liaison des 23 pays qualifiés, des représentants de la CAF, de la FIFA, d’Interpol, ainsi que des observateurs d’Espagne et du Portugal dans la perspective du Mondial 2030.