Budget pharaonique d’Amazon, réalisateur accusé de violences sexuelles, promo en plein drame de Minneapolis : cette hagiographie contrôlée par Melania Trump alimente une vive controverse.
Il y avait pourtant une histoire fascinante à raconter. Celle d’une jeune femme qui quitte sa Slovénie communiste natale, débarque à New York comme mannequin à peine connue dans les années 1990, rencontre un certain Donald Trump dans des circonstances toujours pas totalement éclaircies pour finalement devenir la Première dame des États-Unis. Mais avec Melania, à l’affiche de 5 000 salles dans 27 pays – dont la France ne fait pas partie en raison de la chronologie des médias sur le streaming – ce vendredi 30 janvier, il faut se contenter d’un documentaire qui chronique les 20 jours de Melania Trump précédant l’investiture de son mari, en janvier 2025.
Une auto-hagiographie à 75 millions de dollars financée par les largesses d’Amazon et réalisée par Brett Ratner, ex-paria d’Hollywood accusé de violences sexuelles, personnellement choisi par la productrice exécutive Melania Trump. Le film a surtout le malheur d’être lancé dans une Amérique déchirée par les morts de Renee Good et Alex Pretti à Minneapolis. Sans surprise, de nombreux internautes se délectent du flop annoncé au box-office.
Le « pay-to-play » d’Amazon
Amazon a commencé par débourser 40 millions de dollars pour l’acquisition des droits, soit 16 millions de plus que ce qu’offrait Disney, selon le New York Times. Une coquette somme à laquelle il faut ajouter le budget marketing : 35 millions de dollars, selon le média Puck, soit environ dix fois plus que pour d’autres documentaires majeurs. De quoi placarder des affiches de Londres à Milan, jusqu’à la Sphère de Las Vegas.
Il n’en fallait pas plus pour que le cofondateur d’Amazon, Jeff Bezos, et le patron actuel du géant du commerce en ligne, Andy Jassy, soient accusés de courtiser les faveurs de la Maison-Blanche, dans un « pay-to-play » qui semble aujourd’hui la norme avec Donald Trump. Surtout quand on sait qu’Amazon est dans le collimateur des autorités antitrust et que Blue Origin, la société aérospatiale de Bezos, tente de décrocher des contrats gouvernementaux. « Nous avons acquis les droits du film pour une seule et unique raison : parce que nous pensons que le public va l’adorer », a juré un porte-parole d’Amazon MGM Studios.
Un réalisateur accusé de violences sexuelles
Il y a 15 ans, Brett Ratner était le roi d’Hollywood. Sa trilogie Rush Hour – dont Donald Trump est un grand fan – a généré près de 900 millions de dollars au box-office mondial. Mais en plein mouvement MeToo, le réalisateur est accusé de violences sexuelles par six femmes dont plusieurs actrices. Olivia Munn affirme qu’il s’est masturbé devant elle en 2004, et Natasha Henstridge dénonce une fellation forcée dans les années 1990. Ratner nie en bloc et échappe à des poursuites mais se retrouve « cancelled ».
Selon le Wall Street Journal, Amazon était à la recherche d’une femme pour réaliser le documentaire mais c’est Melania Trump elle-même qui aurait choisi Brett Ratner, qui a passé plusieurs mois à Mar-a-Lago. Interrogée sur cette collaboration, la First Lady a répondu sur Fox News : « Il était le meilleur et ça a été un plaisir de travailler avec lui. » Brett Ratner a répondu sur Instagram : « J’ai hâte de montrer au monde quelle Première dame exceptionnelle vous êtes ! »
Son retour en grâce a été perturbé en décembre par la publication d’une partie des dossiers Epstein : sur une vieille photo non datée – qui remonte sans doute au début des années 2000 – on voit Brett Ratner aux côtés du rabatteur français Jean-Luc Brunel, torse nu et tout sourire. Pas de quoi contrecarrer le come-back du réalisateur, qui planche sur Rush Hour 4, en développement chez Skydance Media, le géant des médias dirigé par David Ellison, fils du milliardaire fondateur d’Oracle Larry Ellison, un proche de… Donald Trump.
Une promotion pendant que l’Amérique s’embrase
Minneapolis, déjà secouée par la mort de Renee Good, une mère de famille tuée par un policier de l’ICE, se retrouve en état de siège après le décès d’Alex Pretti, abattu par des tirs de deux agents de la police des frontières le samedi 24 janvier. La Maison-Blanche maintient malgré tout le soir même la première projection privée de Melania. Le gotha des patrons américains est là, avec Andy Jassy ou encore Tim Cook.
Trois jours plus tard, Melania Trump fait la promotion du documentaire sur Fox News. Elle lance un appel à l’unité qui sonne creux venant d’une First Lady qui a semblé totalement se désintéresser de la politique intérieure américaine pendant cette première année du retour de son mari au pouvoir.
Contre-performance attendue et moqueries
De New York à Los Angeles, de nombreuses affiches ont été dégradées par des graffitis comparant Melania Trump à Eva Braun ou rappelant qu’elle et Donald Trump « sont dans les dossiers Epstein ».
Sur X, les internautes s’amusent à partager des captures d’écran de sites de salles de cinéma n’affichant aucun ticket acheté. Malgré les sommes déboursées par Amazon et une sortie dans 1 700 salles américaines, les estimations des professionnels oscillent entre 1 et 5 millions de dollars de recettes pour le premier week-end. Nous aurions aimé pouvoir en offrir un critique ce vendredi matin mais Amazon n’a pas souhaité fournir de screeners aux médias.

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