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L’ombre de Trump plane sur le nouveau TikTok américain

L’ombre de Trump plane sur le nouveau TikTok américain

La plateforme, dont la branche américaine est dirigée par un proche du président, est accusée de censurer des contenus autour des incidents de l’ICE, de la mort d’Alex Pretti, ou de Jeffrey Epstein.

TikTok, sous pavillon américain… ou sous pavillon trumpiste ? Depuis que la branche états-unienne de la plateforme a changé de mains, se séparant de la société chinoise ByteDance pour devenir une société américaine à part entière, elle est accusée de censurer certains sujets, notamment liés aux manifestations anti-ICE ou au meurtre d’Alex Pretti. L’humoriste Megan Stalter, qui s’est filmée en appelant à « abolir l’ICE », a expliqué avoir tenté à plusieurs reprises de publier la vidéo sur TikTok, sans succès. Certains internautes sur X accusent le réseau social de leur avoir infligé un avertissement pour non-respect des conditions d’utilisation, en raison de commentaires négatifs qu’ils auraient laissés sur Donald Trump.

Un autre prétend que TikTok empêcherait d’écrire le mot « Epstein » par message privé, ayant reçu un avertissement indiquant que « ce message pourrait enfreindre nos règles communautaires et n’a pas été envoyé dans le but de protéger notre communauté ». Concernant les sujets autour d’ICE ou d’Alex Pretti, les contenus seraient bloqués intentionnellement, mais aussi « shadow banned » : une pratique de censure silencieuse utilisée par les plateformes en ligne pour réduire la visibilité d’un utilisateur ou d’un contenu sans que celui-ci en soit explicitement informé. Le journaliste spécialisé David Leavitt a écrit sur son compte X que « TikTok a commencé à censurer les contenus anti-Trump et anti-ICE ». Son confrère Jules Suzdaltsev a déclaré sur la même plateforme que « le nouvel algorithme de TikTok ne contient AUCUN contenu d’actualité ou politique ».

Le sujet a tellement fait parler que le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, a annoncé lundi 26 janvier qu’il lançait une enquête sur TikTok après les plaintes des utilisateurs sur les incidents survenus à Minneapolis. « Il est temps d’enquêter », a-t-il écrit sur le réseau Threads. « Je lance une enquête pour déterminer si TikTok enfreint la loi de l’État en censurant des contenus critiques envers Trump », a ajouté le gouverneur. Le sénateur démocrate du Connecticut, Chris Murphy, a déclaré que parmi les « menaces qui pèsent sur la démocratie », la censure présumée sur TikTok figurait « en tête de liste ».

Des problèmes techniques « sans lien avec l’actualité »

La réponse de TikTok ? Cette « censure » serait due à un problème technique. Dans un communiqué, la firme explique que des dysfonctionnements de l’application étaient dus à une panne de courant dans un centre de données américain. Un porte-parole de TikTok US a indiqué à CNN que le chargement et la recommandation des vidéos aux autres utilisateurs prenaient plus de temps. Les problèmes techniques persistent et sont « sans lien avec l’actualité de la semaine dernière », est-il encore expliqué.

Pour rappel, une loi de 2024 a poussé ByteDance, le propriétaire chinois du réseau social, à céder sa branche américaine. Aujourd’hui, TikTok USDS Joint Venture (son nouveau nom) est entre les mains de trois actionnaires, dont le principal est Larry Ellison, un grand ami de Donald Trump, milliardaire à la tête de l’entreprise de bases de données Oracle. Elle s’occupera de stocker les données des utilisateurs américains. La nouvelle coentreprise aura « le pouvoir de décision en matière de politiques de confiance et de sécurité, ainsi que de modération des contenus », précise TikTok.

Les accusations de censure sont pour l’heure impossibles à prouver. En tant que plateforme privée, TikTok est libre d’influencer le contenu que peuvent visionner ou diffuser ses utilisateurs. Mais quand plusieurs dizaines de millions de personnes se rendent chaque jour sur la plateforme (TikTok compte 200 millions d’utilisateurs aux États-Unis), notamment pour s’informer, le risque de censure pose un sérieux problème démocratique.

En 2020, déjà, l’entreprise avait dû s’excuser face au nombre inexplicablement faible de vues des vidéos sur le mouvement Black Lives Matter, évoquant, là encore, un problème technique. Donald Trump a plaisanté en disant qu’il rendrait l’algorithme de l’application « 100 % Maga » s’il le pouvait… Mais était-ce seulement une blague ?