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Avec l’Iran, Trump la joue comme au Venezuela

Avec l’Iran, Trump la joue comme au Venezuela

Le président américain exerce une pression militaire maximale pour contraindre la République islamique à céder à ses demandes. Jusqu’à couper sa tête ?

Cela fait près d’un mois que Donald Trump a menacé pour la première fois la République islamique d’une intervention armée. Le 2 janvier, cinq jours après les premières manifestations contre le régime, le président américain se porte, pour la première fois en quarante-sept ans, aux côtés des protestataires iraniens. « Si l’Iran tire et tue violemment des manifestants pacifiques, ce qui est leur habitude, les États-Unis d’Amérique viendront à leur secours. Nous sommes armés et prêts à agir », écrit-il alors sur son réseau Truth Social.

Las, en dépit des 6 000 à 30 000 personnes tuées par les forces de sécurité en l’espace de deux jours – les jeudi 8 et vendredi 9 janvier –, « l’aide » promise par le pensionnaire de la Maison-Blanche quatre jours plus tard n’est jamais arrivée. À l’issue d’un surprenant revirement, Donald Trump se résout à ne pas frapper l’Iran, assurant qu’il a permis l’annulation de « 800 exécutions » dont personne n’a entendu parler sur place.

Mais alors que la République islamique semble avoir réussi à étouffer le mouvement de contestation – il n’y a plus de manifestation depuis le 12 janvier –, voilà que l’arrivée cette semaine dans le golfe Persique du porte-avions américain Abraham-Lincoln et de son escorte de trois destroyers vient relancer l’hypothèse de frappes américaines.

Pression militaire

« Une armada massive se dirige vers l’Iran. Elle avance rapidement, avec une grande puissance, beaucoup d’enthousiasme et un objectif clair, a écrit le président américain le mardi 27 janvier sur Truth Social. Il s’agit d’une flotte plus importante, conduite par le grand porte‑avions Abraham Lincoln, que celle envoyée vers le Venezuela. Comme avec le Venezuela, elle est prête, disposée et capable d’accomplir rapidement sa mission, avec rapidité et violence, si nécessaire. Espérons que l’Iran viendra vite “à la table” et négociera un accord juste et équitable. »

Fin octobre 2025, la marine américaine avait déployé dans les Caraïbes une flotte de taille comparable, menée par le porte-avions USS Gerald R. Ford, dans le but affiché de lutter contre le trafic de drogue, mais aussi de faire pression pour obtenir le départ du président vénézuélien Nicolas Maduro, qui a fini par être capturé le 3 janvier et traduit devant un tribunal aux États-Unis.

Sur l’Iran, les nouvelles capacités navales viennent s’ajouter aux importants moyens militaires américains déjà présents dans la région : quatre navires de lutte anti-mines à Bahreïn pour parer à toute entrave à la navigation dans le détroit d’Ormuz et des dizaines d’avions stationnés sur les bases aériennes d’Al-Udeid (Qatar) et d’Al-Dhafra (Émirats arabes unis).

Toutefois, à la différence du Venezuela, Donald Trump déclare cette fois sa volonté d’arriver à un accord avec la République islamique, et le sort des manifestants iraniens ne semble plus être sa priorité. « L’objectif des États-Unis est un accord sur le nucléaire retirant à l’Iran la moindre capacité d’enrichissement d’uranium et une sortie du pays du stock d’uranium hautement enrichi de 400 kilogrammes, auquel Washington aimerait ajouter une réduction des capacités balistiques du pays et la cessation des activités des “proxys”, les groupes paramilitaires non étatiques alliés de l’Iran au Moyen-Orient (Hamas, Hezbollah, Houthis, milices chiites irakiennes…), explique une source diplomatique sous couvert d’anonymat. Le but recherché semble être de mettre sous pression l’Iran au moment où il est particulièrement affaibli, pour négocier avec lui. »

Or, si les autorités iraniennes se disent ouvertes à des discussions « justes et équitables » sur le nucléaire, ce qui exclut d’office le renoncement de l’Iran à l’enrichissement d’uranium sur son propre sol, elles ont d’ores et déjà affirmé, par la voix du ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, que les « capacités de défense et les missiles iraniens ne feront jamais l’objet de négociations ».

« Diktat » américain

À Téhéran, les conditions américaines sont perçues comme un « diktat » visant à la « capitulation » de l’Iran, alors que le programme nucléaire du pays est perçu comme un motif de fierté et d’indépendance nationale et que les missiles balistiques sont considérés comme le seul moyen de défense – et d’attaque – du pays en cas d’agression. Si la République islamique a largement entamé son stock de missiles durant la « guerre des douze jours » contre Israël, elle serait depuis parvenue à reconstituer depuis les trois quarts de ses capacités d’environ 2 000 missiles.

En l’absence d’accord entre les États-Unis et l’Iran, Donald Trump pourrait être tenté de mettre ses menaces de frappes à exécution, option notamment poussée par son secrétaire d’État et conseiller principal à la Sécurité nationale Marco Rubio. « Ce régime est probablement plus faible que jamais », a averti mercredi l’ancien sénateur républicain de Floride devant la commission des Affaires étrangères du Sénat.

Les scénarios envisagés vont de bombardements limités visant des objectifs militaires – les systèmes antiaériens ou rampes de lancement de missiles et de drones –, des installations stratégiques – des centrales nucléaires ou des sites pétroliers – à des sites plus politiques – des bases des gardiens de la Révolution et des miliciens bassidjis (chargés de la sécurité intérieure et extérieure de l’Iran). Toutefois, sans troupes américaines au sol, il paraît à ce jour impossible de renverser le régime iranien.

D’après les analyses des chancelleries occidentales, des frappes américaines, y compris contre des objectifs politiques iraniens, ne seraient pas déterminantes en matière de changement de régime. Au contraire, cette hypothèse inquiète grandement les pays du Golfe qui craignent d’être les premières victimes de représailles iraniennes, et œuvrent en coulissent pour dissuader Donald Trump d’agir.

Couper la tête du régime

« Il nous faut être prêt car le président Trump dit publiquement ce qu’il pense et que la région a connu un changement stratégique depuis le 7 octobre 2023, avec un Iran qui demeure très affaibli dans son conflit avec Israël, confie une source diplomatique du Golfe sous couvert d’anonymat. Des frappes ont déjà été menées contre l’Iran au mois de juin dernier et personne n’a intérêt au chaos. On ne veut pas d’une escalade qui affecte les peuples dans la région, mais que de tout cela émerge un processus politique qui traite les activités nucléaires, balistiques et régionales de l’Iran. »

Comme pour le Venezuela et son président Nicolas Maduro, Donald Trump pourrait être tenté d’aller jusqu’à couper la tête et clé de voûte du régime, l’ayatollah Khamenei, tout en négociant le maintien d’un régime plus favorable aux intérêts américains. Dans ce cas, le rôle des gardiens de la Révolution, qui contrôlent les forces armées et la majorité de l’économie iranienne, demeure incontournable. Or, pour l’heure, aucune défection ni contact avec le « Grand Satan » n’ont été révélés au sein des Pasdaran (le corps des gardiens de la Révolution), organiquement et idéologiquement inféodés au guide suprême iranien.

« Je ne pense pas que quiconque puisse vous donner une réponse simple quant à ce qui se passera ensuite en Iran si le guide suprême et le régime venaient à tomber, si ce n’est l’espoir qu’il y ait quelqu’un, au sein de leur système, avec qui vous pourriez travailler », avouait cette semaine Marco Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat. Et le secrétaire d’État d’ajouter : « Je peux imaginer que ce serait encore plus complexe » que le Venezuela.