Dans l’est de la RDC, un glissement de terrain meurtrier sur le site minier de Rubaya met en lumière l’exploitation artisanale du coltan et l’emprise persistante des groupes armés.
Kinshasa dit craindre un bilan d’« au moins 200 morts » après un glissement de terrain « massif » survenu mercredi 29 janvier sur le site minier de Rubaya, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette cité minière géante du Nord-Kivu, située à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Goma, est contrôlée depuis avril 2024 par le groupe armé antigouvernemental M23, soutenu par le Rwanda, selon les Nations unies.
Selon des informations encore fragmentaires, un pan entier de colline se serait détaché en fin d’après-midi, après de fortes pluies, ensevelissant des dizaines de puits artisanaux dans le secteur de Luwowo, au cœur du périmètre minier de Rubaya. Un second glissement serait survenu le lendemain matin, aggravant le drame. Les autorités locales nommées par le M23 évoquent des corps extraits des gravats, sans pouvoir établir de décompte précis.
La zone, difficile d’accès et privée de réseau téléphonique depuis plusieurs jours, ne permet pas d’évaluer l’ampleur exacte de la catastrophe. Des blessés, parfois grièvement atteints, ont été pris en charge dans des centres de santé aux moyens limités, certains ayant été évacués vers Goma.
Un site clé du coltan mondial
Rubaya est l’un des principaux centres mondiaux d’extraction de coltan, minerai stratégique indispensable à la fabrication des téléphones portables, ordinateurs et autres équipements électroniques. Le site produirait entre 15 % et 30 % du coltan mondial, tandis que la RDC détiendrait à elle seule près de 60 % des réserves connues. Des milliers de creuseurs artisanaux y travaillent chaque jour, souvent munis de simples pelles, dans des conditions précaires et sans dispositifs de sécurité.
La cité minière s’étend sur des collines abruptes, creusées de ravins profonds, où l’activité minière se déploie à flanc de montagne. En saison des pluies, les pistes de terre deviennent impraticables et les versants instables. « Les glissements de terrain sont fréquents dans ces zones d’exploitation artisanale non réglementée », rappellent plusieurs ONG locales.
Selon la presse congolaise, le bilan pourrait être plus lourd encore. Le site Actualité.cd évoque au moins 226 morts, citant le porte-parole du gouverneur du Nord-Kivu nommé par l’AFC/M23. Parmi les victimes figureraient des mineurs artisanaux, mais aussi des commerçantes, des femmes et des enfants présents sur le site.
Une économie de guerre
Pour Kinshasa, ce drame est indissociable du contexte sécuritaire et politique. Dans un communiqué, le gouvernement dénonce « une occupation armée et un système organisé de pillage » des ressources minières par le M23 et le Rwanda. Selon des experts de l’ONU, le groupe armé a mis en place à Rubaya une administration parallèle, délivrant des permis et taxant la production et le commerce du coltan, ce qui lui rapporterait plusieurs centaines de milliers de dollars par mois.
Le périmètre de Rubaya avait pourtant été classé en statut « rouge » en février 2025, interdisant toute activité d’exploitation et de commercialisation. « Entre 112 et 125 tonnes de coltan sont néanmoins extraites chaque mois et acheminées vers le Rwanda », affirme le gouvernement congolais, qui dénonce la « faillite manifeste » des mécanismes internationaux et régionaux de traçabilité.
Réactions internationales
L’ambassade de Belgique à Kinshasa a exprimé dimanche « sa solidarité avec les populations affectées par les tragiques éboulements » et présenté ses condoléances aux familles des victimes. Un message diplomatique sobre, alors que Bruxelles suit de près la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, où vivent encore de nombreux ressortissants belges et où les intérêts miniers restent sensibles.
L’Union européenne a également fait part de sa « profonde préoccupation », rappelant que ce drame « vient alourdir un contexte humanitaire déjà extrêmement fragile ». À Kinshasa, les autorités appellent la communauté internationale à « prendre pleinement la mesure » d’une tragédie qu’elles estiment révélatrice des liens persistants entre exploitation illégale des ressources et financement des groupes armés.
Ravagée par des conflits depuis près de trente ans, la région a connu un regain de violences depuis la résurgence du M23 en 2021. En janvier et février 2025, le groupe armé s’est emparé, avec le soutien de l’armée rwandaise selon l’ONU, des grandes villes de Goma et Bukavu.

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