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Au Soudan du Sud, « la communauté internationale est dans une situation confuse »

Au Soudan du Sud, « la communauté internationale est dans une situation confuse »

Les chancelleries occidentales tirent la sonnette d’alarme alors que les combats s’intensifient dans la plus jeune nation du monde.

« Je vous donne sept jours seulement pour accomplir la mission : écraser la rébellion dans ces zones et les reprendre », a ordonné, le mardi 20 janvier, le général Paul Nang Majok aux troupes des Forces de défense du peuple sud-soudanais loyales au président Salva Kiir. Le même jour, neuf ambassades occidentales appelaient, elles, à l’arrêt des combats entre cette armée et les troupes fidèles au premier vice-président, Riek Machar. « Nous appelons toutes les parties à convenir d’un cessez-le-feu immédiat et à régler les différends par le dialogue pacifique. Nous réitérons notre appel à toutes les parties afin qu’elles garantissent un accès humanitaire sûr et sans entrave », ont imploré les chancelleries du Canada, de la France, de l’Allemagne, du Japon, des Pays-Bas, de la Norvège, de la Suisse, du Royaume-Uni et des États-Unis. Or la dangereuse pente sur laquelle s’est aventurée la plus jeune nation du globe il y a un an devient de plus en plus abrupte. Et la perspective d’un retour en arrière, c’est-à-dire à l’accord de paix de 2018, s’éloigne.

180 000 nouveaux déplacés

Les affrontements ont repris de plus belle depuis la fin de la saison des pluies en décembre. « Le gouvernement sud-soudanais a répondu aux attaques de l’opposition par une mobilisation générale et une intensification des opérations militaires avec des généraux appelant à n’épargner personne dans les zones de combats, pas même les civils », résume Emmanuelle Veuillet, post-doctorante en sociologie politique à l’EHESS et à l’Institut des mondes africains. L’ONU recense plus de 180 000 nouveaux déplacés, tandis que les exactions à l’encontre des civils se multiplient. « Des centaines de personnes ont été enlevées, et les violences sexuelles ont augmenté de 40 % par rapport à 2024 », a dénoncé Graham Maitland, le commandant en chef de la Minuss (la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud), dans son adresse devant le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine le 23 janvier. Quelques jours plus tôt, le chef d’état-major adjoint des opérations du Mouvement populaire de libération du Soudan en opposition, le général Wisley Welebe Samson, enjoignait ses soldats à se préparer à un assaut sur Juba.

« Les récentes déclarations annoncent une guerre de longue haleine avec pour objectif de faire tomber le régime, observe Emmanuelle Veuillet. L’escalade militaire actuelle peut monter en intensité et s’étendre à d’autres parties du pays. L’opposition est en mesure de bloquer les axes commerciaux menant à Juba. En revanche, leurs troupes ne disposent toujours pas de forces aériennes ni de drones leur permettant de rivaliser avec l’armée gouvernementale soutenue par l’armée ougandaise. » La chercheuse précise que les troupes ougandaises sont officiellement à l’arrêt, car elles n’ont pas reçu l’intégralité de leur salaire depuis le début de leur mobilisation au Soudan du Sud en mars 2025.

Vers un nouvel accord de paix

Pour ne rien arranger, l’opposition reste privée de son chef, Riek Machar. Ce dernier a été placé en résidence surveillée le 26 mars. Son procès controversé pour crimes de guerre se poursuit depuis le 22 septembre. « Des combats font désormais irruption aux quatre coins du pays », alerte l’analyste sud-soudanais Abraham Kuol qui prédit, comme beaucoup, un nouveau report des élections prévues pour décembre 2026. Il aurait dû s’agir du tout premier scrutin depuis l’indépendance, il y a 15 ans. « La communauté internationale est dans une situation confuse : elle ne peut pas imposer des élections qui ne peuvent pas être équitables. Mais un énième report affecterait la crédibilité du gouvernement », souligne Abraham Kuol.

Le traité qui a mis fin à la guerre civile ayant fait quelque 400 000 morts entre 2013 et 2018 pourrait d’ailleurs être renégocié avant tout appel aux urnes. « La seule façon de mettre fin à ces combats est de parvenir à un nouvel accord négocié, résume Remember Miamingi, chercheur spécialiste des questions de gouvernance et de sécurité. L’accord revitalisé sur la résolution du conflit en République du Soudan du Sud signé en 2018 étant caduc depuis l’arrestation d’un des deux signataires, Riek Machar, une nouvelle médiation, de nouvelles négociations et un nouvel accord interviendront probablement. »

De son côté, Daniel Akech, expert du Soudan du Sud au sein de l’International Crisis Group, recommande la création d’« un nouveau comité avec un envoyé travaillant pour l’ONU, l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) afin de mener les négociations. Ces pourparlers pourraient se concentrer sur ce qui se passe sur le terrain et ainsi ouvrir des voies de communication avec les commandants militaires. » Ce chercheur appelle en outre la Minuss à renforcer la protection des civils, en particulier dans les États du Jonglei et de l’Équatoria-Central qui subissent de plein fouet l’escalade actuelle.