Courriels échangés avec le prédateur sexuel, accusation de corruption… La déflagration du scandale américain retentit jusqu’au royaume des Fjords.
En regardant la relève de la garde devant le Kongelig Slottet, la résidence officielle de la famille royale, à Oslo, Solveig et Jonas, deux retraités de Trondheim en visite dans la capitale norvégienne, ont « une pensée pour le roi Harald et la reine Sonja » qui doivent être « bien peinés » par les scandales qui ébranlent la monarchie. « À leurs âges, proches des 90 ans, ils ne méritent pas de vivre une telle crise vers la fin de leur vie », se désole Solveig.
Son témoignage exprime le sentiment de la population. Les Norvégiens sont préoccupés par les égarements de Mette-Marit. Déjà aux prises avec le procès historique de son fils aîné Marius Borg Hoejby, accusé de 38 délits dont quatre viols et violences contre ses ex-compagnes, la princesse héritière est maintenant empêtrée dans l’affaire Epstein. « Ses relations douteuses avec ce criminel sexuel américain posent un sérieux problème. Est-elle vraiment digne d’être un jour reine du pays ? », s’interroge Jonas.
De vieux contacts
Les contacts de l’épouse du prince héritier Haakon avec Jeffrey Epstein, entre 2011 et juin 2014, cités plus de mille fois dans les quelque trois millions de courriels divulgués la semaine dernière par le ministère américain de la justice, font en effet mauvais genre.
D’autant que certains de ces courriels échangés avec « l’ami Jeffrey » étaient de caractère « intime ». Ainsi, en 2012 alors qu’Epstein racontait à la princesse qu’il était « à la recherche d’une épouse » à Paris, elle lui répondait que la Ville Lumière était un lieu « propice à l’adultère », ou encore que « les Scandinaves sont de meilleures femmes ».
« Mette-Marit ne peut pas être reine à la suite de ces révélations. La confiance en elle est au plus bas », estime Tove Taalesen, experte des questions royales sur le site d’informations en ligne Nettavisen, résumant l’attitude scandalisée de nombre d’analystes et d’une bonne partie de l’opinion publique locale.
Quatre jours à Palm Beach
En janvier 2013, la princesse avait même séjourné quatre jours avec une amie dans la maison d’Epstein à Palm Beach en Floride, en l’absence de ce dernier, Face à la polémique, Mette-Marit a admis à deux reprises « une erreur de jugement ». Elle a présenté ses excuses, notamment au roi et à la reine. Et, selon un communiqué officiel de la maison royale, elle dit « condamner fermement les abus et les actes criminels d’Epstein ».
Mais le mal est fait. Selon un sondage de la chaîne TV2, qui concorde avec d’autres mesures d’opinion, 47,6 % des Norvégiens interrogés ne souhaitent pas qu’elle puisse devenir reine le jour où son mari, le prince héritier Haakon, accédera au trône. Seulement 28,9 % des personnes contactées estiment qu’elle pourra porter ce titre. « Une fois devenu roi, le prince Haakon pourrait continuer à être marié à Mette-Maritt sans qu’elle soit reine, car il n’y a aucune obligation juridique disposant que l’épouse d’un souverain porte ce titre », nuance cependant Eivind Smith, professeur de droit de l’université d’Oslo.
Les relations de la princesse controversée avec Jeffrey Epstein étaient connues depuis 2019. Mais la publication de centaines de courriels entre elle et son « ami », le 30 janvier, a fait l’effet d’une bombe. Sa déflagration touche du reste toute la maison royale, dont la popularité a plongé ces derniers jours, s’établissant entre 54 % et 66 % de l’opinion, selon les instituts de sondage, contre 70 % deux semaines plus tôt. Pour la première fois, les partisans de l’abolition de la monarchie séduisent un tiers des Norvégiens.
Un ancien Premier ministre inquiété
Face à la tempête médiatique, et pour contrer les appels sur les réseaux sociaux à divorcer, le prince héritier n’a pas plié, apportant un soutien total à sa famille. Répondant aux journalistes à l’occasion d’une visite dans une école maternelle d’Oslo le 6 février, il a déclaré : « le plus important pour moi est de prendre soin des miens ».
« Nous soutenons Marius (son beau-fils NDLR) dans la situation dans laquelle il se trouve. Nous veillons sur nos autres enfants (la princesse Alexandra et le prince Sverre Magnus) qui doivent être pris en charge, et je dois prendre soin de la princesse héritière », a-t-il poursuivi. Le couple princier s’est par ailleurs rendu à la prison d’Oslo pour rendre visite à Marius Borg Hoejby, placé en détention provisoire pendant son procès, ouvert depuis le 3 février.
Commentant cette crise, la plus grave de l’histoire royale de Norvège, Harald Stanghelle, auteur du livre Un Roi raconte, publié en 2024, tente de minimiser ce coup de froid. « La monarchie norvégienne est fondamentalement solide-t-il, assure. Certes, sa popularité connaît des hauts et des bas au rythme des remous qu’elle traverse, mais elle tient bon. »
Au-delà de la famille royale, l’affaire Epstein touche aussi d’autres figures de la vie publique norvégienne. Le 5 février, la police locale a notamment annoncé l’ouverture d’une enquête pour « corruption aggravée » contre l’ancien Premier ministre travailliste et ex-président du Comité Nobel Thorbjorn Jagland. Lui et sa famille ont séjourné à deux reprises dans la résidence du prédateur sexuel en Floride, et ils auraient accepté de nombreux cadeaux de sa part.

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