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Sahara Occidental : la tentation de la paix

Sahara Occidental : la tentation de la paix

LETTRE DU MAGHREB. A Madrid, Marocains et Algériens ont commencé à négocier sous l’égide de l’ONU et de Washington. En cas d’accord, ce serait un big bang régional.

Au Maghreb, cent millions d’habitants parlant la même langue et pratiquant la même religion, ont les yeux tournés vers l’Espagne où se tiennent en catimini les premières réunions pour étudier le plan d’autonomie marocain qui date de 2007, voté par onze voix sur quinze au conseil de sécurité de l’ONU le 31 octobre dernier. Rien ne filtre de ces conversations diplomatiques dont les enjeux sont cruciaux pour toute l’Afrique du nord. Pour l’heure, on doit se contenter de supputations, de bribes glanées de sources indirectes mais on perçoit une nouvelle dynamique.

Dans la région, lorsqu’on évoque ce sujet, une certaine fatalité imprègne les conversations. La plupart des Maghrébins ont grandi avec ce conflit qui est l’un des plus anciens au monde avec cinquante ans d’existence. Ils ont perdu tout espoir de solution et vivent avec. Les populations marocaines et algériennes vivent sans contentieux, ce sont les régimes qui sont en guerre froide. Les diplomates étrangers en poste dans les deux pays confient off leur lassitude d’entendre parler du Sahara occidental à chaque rendez-vous avec leurs homologues algériens ou marocains. La paix pourrait naître de cette lassitude collective.

Une région entravée par cette guerre froide

Le prix payé par les Maghrébins pour ce conflit est exorbitant. Au nom du Sahara occidental, le Maghreb aura été bloqué dans sa croissance, diplomatiquement divisé face aux empires qui imposent leur joug, fragilisé. L’ONU a toujours souligné qu’à cause de ce conflit la région était la moins intégrée au monde. L’opposition frontale entre Alger et Rabat a atteint son paroxysme avec la fermeture des frontières (air, terre, mer) entre les deux pays. Les liens diplomatiques ont été rompus, les ambassadeurs rappelés, le dialogue même à bas bruits, dans le huis clos de certains palaces occidentaux où du Golfe n’existe plus. D’où l’importance des négociations de Madrid.

Le 31 octobre 2025, le Maroc remportait une victoire diplomatique en obtenant l’approbation de son « plan d’autonomie » par le conseil de sécurité. Depuis que Mohammed VI a fait des terres du sud, ainsi qu’on les nomme au Maroc, la priorité numéro un de sa politique internationale, expliquant à ses alliés qu’on est avec le Maroc ou contre lui, de nombreux pays se sont ralliés à la solution proposée par Rabat qui administre 80 % du territoire du Sahara occidental. Alger n’a jamais revendiqué ce territoire grand comme l’Italie, mais a pris fait et cause pour le Front Polisario qui souhaite y créer une république autonome. Ce mouvement indépendantiste est hébergé en Algérie, abritant d’importants camps de réfugiés sahraouis à Tindouf. Mais ses militants ont pris de l’âge et la ferveur idéologique n’est plus la même dans la jeune génération. Ceux-ci rêvent d’un avenir meilleur, d’emplois, de vie libre. Une GenZ comme les autres.

Les trois conditions d’un épilogue

Une paix serait l’équivalent au Maghreb de la chute du mur de Berlin en Europe. Ce serait une naissance, la construction d’un ensemble de cinq pays capable de parler d’une voix unique face aux trois empires qui sont en train de se partager le monde : Chine, États-Unis, Russie. Pour les États membres de l’Union européenne, ce serait une opportunité formidable, un partenaire uni et fiable sur lequel s’appuyer industriellement, économiquement, diplomatiquement. Et pour les Maghrébins, l’occasion de peser sur son destin.

Pour y parvenir, trois éléments sont nécessaires : que le Maroc n’impose pas ses volontés de façon excessives, qu’Alger abandonne le combat du Front Polisario, que ce dernier accepte de se faire hara-kiri, ce qui sera le cas si Rabat fait des concessions et que le régime algérien leur fasse comprendre que l’heure n’est plus au combat. Les murmures de Madrid sont donc vitaux. « Faisons un rêve », selon le mot de Sacha Guitry.