Renforcement du « partenariat stratégique », achat de Rafale, IA, liens avec la Russie… Le chef de l’État effectue cette semaine sa 4e visite officielle en Inde. Les dossiers ne manquent pas.
À l’occasion de la quatrième visite officielle en Inde d’Emmanuel Macron, du 17 au 19 février, le président français et le Premier ministre indien Narendra Modi, voudront donner l’image d’un partenariat renforcé et « ancré dans l’avenir », selon la terminologie employée par l’Élysée. Y parviendront-ils ?
« Il existe une relation franco-indienne proche de ce que l’on pourrait appeler une “relation spéciale”, veut croire Christophe Jaffrelot, professeur à Sciences Po et spécialiste du sous-continent indien. Une relation de confiance particulièrement forte ». Si, à New Delhi, les diplomates insistent sur le fait que l’Inde n’a pas d’alliés mais seulement des partenaires, la France leur apparaît en effet comme l’un des plus fiables.
Les deux nations partagent, en outre, un dessein commun : l’autonomie stratégique, comme le résume l’ambassadeur indien en France entre 2015 et 2017, Mohan Kumar : « L’Inde ne publie pas de livre blanc pour sa politique étrangère. Alors, quand on me demande d’expliquer les grandes lignes de notre diplomatie, je leur conseille de consulter le livre blanc français. Il pourrait être presque mot pour mot celui de notre pays ».
Chantres d’un monde « multilatéral » en voie de disparition, Paris et New Delhi ont notamment en commun de vouloir rééquilibrer les forces mondiales. L’idée ? Ne pas se retrouver écrasées entre le marteau américain, incarné par un Donald Trump de plus en plus agressif vis-à-vis de l’Inde comme de l’Europe avec sa politique douanière, et l’enclume chinoise, qui inonde le Sous-continent comme le Vieux Continent de ses produits.
Base navale inaugurée en 2017 à Djibouti, ports au Pakistan, aux Maldives, au Sri Lanka, en Birmanie… Pékin multiplie également les infrastructures maritimes autour des eaux territoriales indiennes. Une situation préoccupante pour New Delhi comme pour Paris, puisque la France cherche à préserver son rôle de puissance navale dans l’océan Indien ; ce dernier étant un carrefour stratégique des échanges entre l’Europe et l’Asie.
Un méga contrat d’achat de Rafale
Mardi 17 février, le voyage officiel d’Emmanuel Macron s’ouvrira avec un hommage aux victimes des attentats terroristes de Bombay, qui avaient fait 175 victimes, dont deux ressortissants français, en 2008. Le président français échangera ensuite avec des vedettes de Bollywood, dont Bombay est la capitale. Puis les deux chefs d’État passeront vite aux principaux chapitres : les renforcements des liens économiques et stratégiques.
À environ « 15 milliards d’euros par an », dixit l’Élysée, le commerce bilatéral entre la France et l’Inde n’est pas encore très élevé. Le potentiel est important puisque la cinquième puissance économique mondiale n’est pas encore dans le top 10 de nos partenaires commerciaux. La visite du président français devrait s’accompagner d’annonces de contrats, dont une intention d’achat de 114 avions Rafale par l’Inde, qui a récemment fuité dans la presse locale.
Inauguration d’une chaîne de montage d’hélicoptères à Bangalore, sommet sur l’intelligence artificielle, projet dans les transports… D’autres annonces devraient suivre.
Dans ses bagages, Emmanuel Macron, embarquera de nombreux patrons, dont ceux d’EDF, Schneider Electric, CMA-CGM, Dassault, Safran, Systra ou Naval Group, qui sont déjà implantés sur le Sous-continent. Des dirigeants de jeunes pousses, telles Owkin (santé), Pigment (logiciel) ou Aldoria (spatial) seront aussi du déplacement.
Voilà pour les affaires. Mais sur le plan géopolitique, quelques « irritants », comme disent les diplomates, demeurent. Quid, par exemple, du fait que l’Inde a continué à s’approvisionner jusqu’à maintenant en brut russe après la guerre en Ukraine, faisant fi des sanctions occidentales ? « Des États comme la Pologne, les pays Baltes ou la Finlande ont du mal à digérer le fait que l’Inde ait continué à acheter du pétrole russe pendant des années, sans qu’on ose leur dire de ne plus le faire », rappelle le politologue Christophe Jaffrelot.
Ce sujet pourrait toutefois évoluer. « New Delhi connaît notre position, qui est extrêmement ferme sur la Russie, rapporte une source française. On ne fait pas mystère de l’importance pour nous de ne pas alimenter de quelque façon que ce soit l’effort de guerre russe pour rendre possible la paix ».
L’Inde reste un important partenaire commercial de la Russie
Dans le cadre de l’accord entre les États-Unis et l’Inde signé le 2 février, Donald Trump a laissé entendre que le gouvernement indien s’est engagé à diminuer, voire à arrêter, ses importations de brut russe, contre un accord douanier plus favorable. Des affirmations non confirmées par le gouvernement indien. Affaire à suivre…
La relation ambiguë entre New Delhi et Moscou dérange d’autant plus qu’elle dépasse la seule question des importations énergétiques. Depuis la Guerre froide, l’armée indienne dépend énormément du Kremlin, qui est le principal fournisseur d’armement de New Delhi. 60 % de l’arsenal militaire indien est d’origine russe. « La Russie est toujours restée à nos côtés, dans les bons comme dans les mauvais moments, justifie Abhijit Singh, un officier de marine indien à la retraite. Il est difficile pour nous d’abandonner un partenaire historique qui a toujours soutenu nos intérêts, même si nous reconnaissons, il faut bien l’avouer, que les actions de Poutine en Ukraine sont tout à fait inacceptables ».

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