Après une année tonitruante, il est très probable que la fin du mandat de Donald Trump soit infiniment plus difficile que ses débuts. D’abord parce que, si les élections de mid-term ont bien lieu – ce qui n’est pas tout à fait sûr – et sans fraude – ce qui l’est encore moins –, il y a des chances que le président ne retrouve pas la majorité introuvable, au Sénat et à la Chambre, qui lui a permis de mener la destinée de l’Amérique à sa guise.
D’autant que les sondages lui sont maintenant nettement défavorables. Même s’ils ne sont pas vraiment encourageants pour des démocrates, qui, à part quelques passes d’armes au Congrès sont restés spectaculairement atones.
Aussi, voir deux aspirants démocrates à la présidentielle de 2028, Alexandria Ocasio-Cortez et Gavin Newsom, traverser l’Atlantique pour venir prendre la parole à la Conférence sur la sécurité de Munich, le week-end dernier est, en soi un petit événement. Il est vrai que le discours agressif, l’année passée, du vice-président J.D. Vance, candidat quasiment déclaré à la succession de son mentor, méritait bien une réponse.
Des démocrates divisés
Les deux démocrates présents à Munich ont d’ailleurs voulu rassurer d’entrée leurs partenaires sur la priorité qu’eux accorderaient à la non remise en cause des liens qui unissent les États-Unis et l’Europe. Mais la représentante de New York et le gouverneur de Californie n’ont pu éviter de montrer par leurs propos à quel point le parti démocrate est aujourd’hui divisé entre une gauche affirmée, tendance Bernie Sanders, et un courant plus traditionnel dans la mouvance Bill ou Hillary Clinton.
Alexandria Ocasio-Cortez, « AOC », comme l’a baptisée la presse américaine, a par exemple particulièrement insisté sur le fait que ce sont les inégalités économiques qui alimentent le populisme comme l’autoritarisme. Pour elle, la politique étrangère doit prioritairement tenir compte du bien-être des classes populaires avant de se préoccuper de l’intérêt des États. Ce qui l’amène à condamner violemment la politique menée par les États-Unis et la quasi-totalité du monde occidental qui, après les massacres du 7 Octobre en Israël, a conduit au désastre humanitaire de Gaza.
Et si elle déplore l’intervention en Irak d’un président républicain, Alexandria Ocasio-Cortez ne rejette pas l’idée d’un certain messianisme de son pays pour promouvoir la démocratie – le fameux « nation building » –, idée pourtant abandonnée par la majorité des démocrates, précisément après les aventures d’Irak ou d’Afghanistan.
Le trumpiste, une parenthèse ?
Gavin Newsom, beaucoup plus à l’aise que sa concurrente sur les questions internationales, a pour sa part centré son discours sur une critique de la politique étrangère de Donald Trump, devenue en un an « un facteur d’instabilité pour le monde ».
Il a, lui aussi, apporté à ses auditeurs tous les apaisements qu’ils pouvaient attendre sur la solidité des liens transatlantiques, en leur demandant de ne pas confondre les agissements de l’administration actuelle avec les valeurs traditionnelles de l’Amérique qui, elles, n’ont pas changé.
Puis de façon originale, le gouverneur de Californie a encouragé l’Europe à coopérer directement avec les États américains « qui sont des partenaires fiables » – sous-entendu plus que l’État fédéral, aux mains des trumpistes. Mais surtout, Gavin Newsom a insisté sur le fait que Donald Trump n’était qu’une parenthèse – « il y en a au plus pour quelques années » – et que le trumpisme ne serait que provisoire.
Marco Rubio l’optimiste
Ce n’est sans doute pas tout à fait l’avis de Marco Rubio, qui a pris lui aussi la parole au forum de Davos. Et même s’il participait à la conférence en tant que secrétaire d’État, on a bien vu que le candidat républicain à la succession de Donald Trump pointait derrière le ministre en exercice.
C’était d’autant plus visible qu’il a pris l’exact contraire de la position de son adversaire probable aux primaires républicaines de 2028. J.D. Vance avait décrié l’Europe. Marco Rubio a affirmé sa conviction que l’Europe survivrait et deviendrait plus forte, et souligné tout ce que le monde lui devait : « C’est ici que sont nées les idées qui ont semé les graines de la liberté et changé le monde, c’est ici qu’ont émergé l’état de droit, les universités et la révolution scientifique. »
Et Rubio a rappelé que son pays et l’Europe « étaient liés par des liens indissolubles ». C’était d’ailleurs la raison pour laquelle l’Amérique souhaitait « des alliés qui soient fiers de leur culture et de leur héritage » et une Alliance Atlantique redynamisée « qui ne soit pas paralysée par la peur du changement climatique, la peur de la guerre, la peur de la technologie ». Un discours optimiste qui lui a valu des ovations contrastant avec l’accueil glacial qu’avait eu J.D. Vance l’année passée.
Mais le secrétaire d’État a aussi insisté sur les efforts que l’Europe devait faire pour se réarmer fortement « face à la menace des pays autoritaires », se réindustrialiser en abandonnant « une vision trop dogmatique du libre-échange » et ne pas céder au « culte climatique » tandis que d’autres exploitent les énergies naturelles « pour s’en servir contre nos économies ». Cela montre bien que, même sans les excès du vice-président J.D. Vance, le trumpisme n’est sans doute pas une parenthèse. Et ce, contrairement à ce que beaucoup espèrent en Europe et à ce qu’affirment les démocrates présents à Munich, dans le cas où un républicain est élu en 2028 à la Maison-Blanche. Ce qui n’est évidemment pas gagné.

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