views 6 mins 0 comments

« Je m’y attendais » : en Iran, la population assiste, impuissante, à la guerre

« Je m’y attendais » : en Iran, la population assiste, impuissante, à la guerre

Les frappes militaires lancées samedi matin par les États-Unis et Israël provoquent des sentiments contrastés au sein du peuple iranien, entre inquiétude et excitation.

D’énormes explosions ont frappé la capitale iranienne en plein cœur. Des missiles israéliens ont visé ce samedi matin le quartier Pasteur, situé au centre de Téhéran, détruisant presque entièrement la résidence du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.

Si la radiotélévision publique israélienne (KAN) a confirmé que le numéro un iranien faisait bien partie des cibles de l’armée, une source informée a néanmoins indiqué à l’agence de presse Reuters que le guide suprême iranien ne se trouvait pas à Téhéran au moment de l’attaque, et qu’il avait été transféré dans un lieu sûr avant le déclenchement des frappes.

Il était 9 h 30 à Téhéran et Hamed* prenait tranquillement son petit déjeuner en ce début de semaine en Iran lorsqu’il a été secoué par le vacarme assourdissant des missiles. « Au départ, je croyais qu’il s’agissait d’un avion de chasse puis j’ai compris qu’il s’agissait de missiles lorsqu’ils ont été suivis de plusieurs détonations », explique ce commerçant de 40 ans, qui habite à quelques centaines de mètres du lieu des explosions.

Très vite, l’homme comprend que Donald Trump a mis ses menaces de frappes contre l’Iran à exécution. « Je m’attendais à l’éclatement de la guerre, avoue-t-il, car cela fait dix jours que le président américain avait lancé son ultimatum à la République islamique, et celui-ci est arrivé à son terme aujourd’hui même. »

Craignant pour sa vie, Hamed se précipite alors sur le toit de son immeuble. « D’imposants nuages de fumée s’élevaient au-dessus du quartier Pasteur, qui abrite de nombreuses institutions gouvernementales, dont la résidence du guide suprême. »

Avec la coupure progressive d’Internet dans le pays, Hamed ne pourra en dire davantage. Selon Reuters, plusieurs hauts commandants des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique, ainsi que des responsables politiques iraniens, ont été tués dans les frappes américano-israéliennes. En revanche, le président Massoud Pezeshkian serait, lui, « sain et sauf », selon l’agence iranienne d’État IRNA.

Scènes de joie et de panique à Téhéran

Le fait que des responsables militaires et politiques – en premier lieu desquels le guide suprême Ali Khamenei – aient été visés dans l’opération militaire, a provoqué des réactions de joie au sein d’une population encore traumatisée par les massacres commis par le régime le mois dernier (entre 7 000 et 35 000 morts, NDLR) et attendant depuis, en vain, l’« aide » promise par le président des États-Unis.

Ainsi, plusieurs vidéos diffusées depuis ce matin sur les réseaux sociaux témoignent de réactions d’excitation, voire de joie, d’Iraniens observant des centres de pouvoir de la République islamique être visés par les armées israélienne et américaine ou des avions de chasse iraniens être touchés par l’aviation ennemie.

Néanmoins, dans la capitale, les bombardements ont également provoqué des scènes de panique d’habitants tentant de récupérer leurs enfants à l’école pour se mettre à l’abri chez eux, créant de nombreux embouteillages dans le centre de Téhéran.

Selon la télévision d’État, des civils auraient déjà fait les frais de l’opération américano-israélienne : au moins 51 élèves d’une école pour filles auraient été tués dans une frappe survenue à Minab, dans le sud de l’Iran. Le bilan n’a pas pu être confirmé par des sources indépendantes. À Téhéran, dans le quartier de Gisha, dans le nord-ouest de la capitale, Kamran* n’est pas sorti de chez lui depuis la nouvelle des premières frappes.

« Tout le monde va bien et la situation s’est calmée », assure ce jeune homme de 35 ans, qui peste contre les coupures incessantes d’Internet depuis samedi matin. Opposé de longue date à la République islamique, qu’il accuse d’avoir ruiné le pays, ce commerçant s’alarme néanmoins de l’éclatement d’un conflit dont le peuple paiera, selon lui, un lourd tribut.

L’Iranien a-t-il peur de cette nouvelle guerre ? S’estimant sur écoute, Kamran préfère répondre, non sans humour, avec une formule digne de la télévision d’État : « Je n’ai pas peur. Les Iraniens n’ont pas peur de la guerre. C’est l’Amérique qui doit avoir peur », assure-t-il, dans un éclat de rire.

* Pour des raisons de sécurité, le prénom a été changé.