Visage de la résistance kurde, la commandante Rohilat Afrin confie au « Point » ses espoirs, mais aussi ses craintes pour les femmes de Syrie et d’Iran.
Jin, Jîyan, Azadî. Le slogan kurde Femme, vie, liberté, popularisé par les insurgées iraniennes, retentit dans les rues de Paris. Une petite foule s’est rassemblée, samedi 28 février, aux abords d’un lieu emblématique de la communauté, pour accueillir une cheffe de guerre : Rohilat Afrin. Commandante en chef des YPJ (Unités de défense féminines kurdes) – le pendant féminin des YPG –, elle est une figure aussi discrète que révérée.
À la tête de ses combattantes, elle a tenu tête à Daech avant de refouler les bataillons djihadistes dans le nord de la Syrie, suscitant l’admiration bien au-delà des frontières du Rojava. Son air sévère et son regard de granit sont devenus des symboles pour les défenseurs de l’émancipation des femmes face au joug de l’islamisme. Humiliation suprême pour les djihadistes de tous les pays venus bâtir un « califat » à cheval sur la Syrie et l’Irak, les troupes féminines d’Afrin ont joué un rôle décisif dans leur déroute. Une épopée conclue en mars 2019 à Baghouz, sur les berges de l’Euphrate, par la prise du dernier réduit djihadiste.
Toujours mobilisées dans le nord-est de la Syrie, les YPJ de Rohilat Afrin sont désormais confrontées à la pression des troupes du nouveau président syrien, Ahmed al-Chareh, qui entend asseoir son autorité dans les zones autrefois tenues par les Kurdes. Bien aidées par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, les forces de Damas assiègent plusieurs localités kurdes, notamment Kobané, ville symbole de la résistance face à Daech.
Rohilat Afrin tente d’alerter la communauté internationale : le rêve d’un Rojava démocratique, où les femmes sont les égales des hommes, est de nouveau menacé. Cette fois par le pouvoir du nouvel homme fort de Damas, lui-même ancien djihadiste. C’est le message qu’elle est allée porter au Quai d’Orsay. Les femmes kurdes pourraient redevenir des « citoyennes de seconde zone » dans la nouvelle Syrie d’Ahmed al-Chareh.
« Garantie » française
Un accord a été conclu fin janvier visant à intégrer forces et administration kurdes au sein de l’État syrien, mais il reste hypothétique. Paris ayant joué un rôle actif dans cette négociation, Afrin rappelle à la France ses engagements. « Le président Macron a lui-même garanti la mise en œuvre de l’accord conclu entre nous et le gouvernement de transition », souligne-t-elle.
La combattante kurde dispose aussi de relais et de liens étroits avec les Kurdes iraniens retranchés au Kurdistan irakien. Ils ont été pris pour cible par les missiles de Téhéran en représailles à l’offensive israélo-américaine. « Bien sûr que nous les soutenons. Tous les Kurdes se connaissent et se défendent mutuellement. Si une partie du Kurdistan, une région ou un parti quelconque est attaqué, tous les autres le soutiennent », détaille Ilham Ahmed, coprésidente du Conseil exécutif du Rojava, qui accompagne la commandante dans sa tournée européenne.
Les deux femmes ont également tenu à saluer le courage des Iraniennes, principales victimes de la République islamique depuis 1979. Elles ont payé un lourd tribut lors des révoltes, notamment après la mort de Mahsa Amini, jeune Kurde tuée en 2022 pour un voile « mal porté ». Rohilat Afrin connaît ces régimes dont la répression « frappe d’abord les femmes. Elles doivent pouvoir se défendre, car elles sont toujours les premières cibles ». De Kobané à Téhéran, le combat est le même.

Partager :