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Iran : pas de vague migratoire à ce stade

Iran : pas de vague migratoire à ce stade

Réunis à Bruxelles jeudi pour le Conseil des ministres de l’Intérieur, les Vingt-Sept ont scruté l’horizon iranien. Verdict provisoire : calme plat sur les routes migratoires. Mais tout le monde est aux aguets.

«Au moment où nous parlons, nous ne voyons aucun mouvement depuis l’Iran vers l’extérieur du pays », constate le Commissaire à la migration Magnus Brunner, en ouvrant le Conseil JAI (Justice et Affaires intérieures) qui se tient, ce jeudi, à Bruxelles. Le mot d’ordre du jour demeure à la vigilance. Mais aucune alerte ne retentit sur les routes migratoires à ce stade.

Les déplacements observés sont internes – de Téhéran vers d’autres villes. La frontière tient. La Turquie, verrou incontournable de toute route vers l’Europe, reste fermée. Magnus Brunner a précisé avoir lui-même eu Ankara au téléphone : « le contact doit être constant, quotidien, » précise l’Autrichien, alors que la grande réforme européenne de l’asile et des migrations doit être pleinement déployée le 11 juin prochain.

Chypre maintient ouvert son espace aérien

Chypre, en première ligne géographique et en première ligne diplomatique puisqu’elle préside le Conseil JAI ce semestre, a donné le ton. Le vice-ministre Nicholas Ioannides a balayé les questions avec un certain flegme : l’espace aérien chypriote demeure ouvert, la vie quotidienne n’est pas perturbée, le drone qui s’est abattu dans la nuit du dimanche au lundi sur la base militaire britannique à Chypre est qualifié d’incident « isolé ». Toutefois, par prudence, les conseils informels qui étaient prévus sur l’île dans le cadre de la présidence tournante de l’UE ont été annulés.

Du côté du Liban, autre point chaud de la région, le constat est identique. « Nous n’avons observé aucun départ, et notre expérience passée montre que les crises au Liban-Sud génèrent surtout des déplacements internes, » assure Nicholas Ioannides.

« Une situation n’est jamais identique à une autre, mais nous nous souvenons tous que la crise syrienne a commencé à produire ses effets migratoires deux ou trois ans après son déclenchement, » a déclaré le ministre autrichien Gerhard Karner, habité par les fantômes des flux de 2015.

Ce qui s’embrase aujourd’hui à Téhéran pourrait n’être que l’écho avant le bruit. Il note d’ailleurs un effet paradoxal : des déplacements du Liban vers la Syrie, dans le sens inverse de ce que l’on redouterait. « C’est précisément pourquoi il est décisif de rester en contact étroit avec la région », a ajouté le ministre autrichien, soucieux d’une surveillance pointilleuse de la frontière entre l’Iran et l’Irak.

L’Espagne déçue par le comportement de Merz

La venue du ministre de l’Intérieur espagnol à Bruxelles, après la menace d’un embargo américain contre son pays brandie par Donald Trump, n’a pas manqué de relancer les questions politiques autour de l’engagement américain dans la région.

À l’instar de Pedro Sanchez, son ministre Fernando Grande-Marlaska a été le seul à nommer explicitement les responsables du brasier. « Nous sommes préoccupés par cette situation d’instabilité importante, conséquence de l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, » lance-t-il. Madrid exige que le conflit soit réglé « dans le cadre de la Charte des Nations Unies et du droit international ». « Il ne peut en être autrement, et nous devons être très fermes sur ce point, » conclut-il.

Le passage du chancelier Merz à Washington a laissé des traces dans la relation hispano-allemande. La passivité du chancelier au moment où Trump a évoqué un embargo à l’encontre de Madrid a été très mal vécue à Madrid. Sur la TVE, mercredi, le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares n’avait pas été tendre avec le dirigeant allemand : « Quand on partage avec un pays une monnaie, une politique commerciale commune, un marché commun, on est en droit d’attendre la même solidarité que celle qu’a manifestée l’Espagne » envers le Danemark face aux « velléités » des États-Unis de s’emparer du Groenland, ou envers les pays du flanc Est ou en livrant des armes à l’Ukraine. Friedrich Merz avait déploré le peu d’efforts de Madrid dans les efforts militaires pour conforter l’Otan. « Je n’imagine pas la chancelière Merkel ou le chancelier Scholz tenir des propos de cette nature », a rétorqué José Manuel Albares.

Le nouveau système migratoire européen est-il prêt ?

Face à l’embargo éventuel des États-Unis, l’Espagne a depuis reçu le soutien du président Macron, qui a appelé Pedro Sanchez pour lui signifier « la solidarité européenne de la France en réponse aux menaces de coercition économique », du président du Conseil européen António Costa, et de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen qui s’est entretenue avec Pedro Sanchez.

L’Europe est-elle mieux préparée qu’en 2015 ? Tous les ministres ont répondu oui, avec l’enthousiasme un peu forcé de qui a passé dix ans à négocier le Pacte sur la migration et l’asile. Magnus Brunner a rappelé les chiffres du système Entrées/Sorties, opérationnel depuis quelques mois : 30 millions d’enregistrements, 17 000 refus de personnes aux documents frauduleux. « Nous sommes mieux préparés qu’il y a quelques années », a-t-il insisté, « mais la situation peut changer chaque jour et il est nécessaire de réagir avec flexibilité et rapidité. »

Sur la route de la Méditerranée orientale, celle qui passe par la Grèce et Chypre – les premières concernées par une éventuelle vague de type iranienne – les traversées irrégulières ont baissé de 29 % en 2025 pour s’établir à un peu plus de 46 000 arrivées. En 2024, cette même route avait connu une augmentation de 14 %, avec près de 67 000 passages, soit la première route d’entrée irrégulière dans l’Union européenne.