L’expression « troupes au sol » n’est pas très claire, car elle désigne des réalités différentes. Il vaut mieux parler d’abord d’unités de « combat rapproché », ou plus simplement de « contact » : ce sont des troupes dont la fonction première est de pénétrer et de combattre au plus près de l’ennemi. À condition de prendre des risques, on peut accomplir beaucoup de choses avec ces forces de contact, y compris dans la guerre en cours de la coalition israélo-américaine contre la République islamique d’Iran.
Fondamentalement, les unités de contact – blindées, motorisées, à pied, d’assaut aérien ou autres – servent d’abord à s’emparer ou à défendre du terrain. Ce sont donc logiquement celles qui ont la charge principale des opérations de conquête : tenter de s’emparer de tout ou partie du territoire ennemi, jusqu’à éventuellement la capitale si l’objectif est la destruction de l’ennemi et, pour rester dans l’actualité, le changement du régime politique.
Les unités qui frappent violemment des points à travers des espaces vides – l’air et la mer avec leurs différentes couches, le cyberespace, l’espace électromagnétique, etc. – jouent, en revanche, le rôle principal dans les campagnes de frappes pures. Ces opérations pointillistes consistent à frapper (et parfois capturer) des centaines ou des milliers de points jusqu’à voir apparaître le visage d’une victoire : celle de la neutralisation d’une menace matérielle ou la soumission politique de l’ennemi, mais sans possibilité d’obtenir sa destruction totale de cette façon.
L’exemple de la Libye
Les moyens de frappe israélo-américains face à l’Iran sont puissants et précis. Ils peuvent effectivement toucher des milliers de cibles, mais ces moyens, par ailleurs coûteux à l’emploi, restent probablement limités par rapport à l’ampleur de la tâche si la République islamique résiste trop longtemps. C’est là que de nombreuses petites unités de contact peuvent compléter le travail en s’attaquant, par exemple, à de petites cibles souvent mobiles, qui ne justifient pas forcément une sortie aérienne.
L’intervention d’une douzaine d’hélicoptères d’attaque français, en juin 2011, lors de la campagne de frappes en appui de la rébellion libyenne, a changé la donne en détruisant 550 petites cibles de l’armée de Mouammar Kadhafi, inaccessibles pour la plupart aux avions de combat. On aurait cependant pu faire beaucoup plus encore en déposant ou en infiltrant des commandos (au sens de fantassins embarqués) : on peut aller chercher au sol, et surtout au sous-sol, les objectifs enterrés, protégés ou dispersés pour échapper aux frappes aériennes.
Dans ce cas, le mode opératoire privilégié est le raid héliporté. Les hélicoptères ayant un rayon d’action beaucoup plus court que celui des avions, il faut partir d’une base relativement proche de la zone-objectif : en mer sur un navire d’assaut amphibie, au Kurdistan irakien, ou encore installée temporairement à l’intérieur du vaste territoire iranien.
Bien sûr, ce dernier aspect évoque immédiatement pour les Américains le désastre de l’opération « Eagle Claw » (« Serre d’aigle »), en avril 1980, qui avait échoué dans l’établissement même de cette base temporaire au sud-est de Téhéran. Les Américains ont cependant fait d’immenses progrès depuis cette époque et, avec les Israéliens, dominent le ciel, ce qui autorise beaucoup d’actions.
Une méthode dangereuse mais efficace
À partir de cette base, et appuyées par les airs et les drones, les unités se déplacent par véhicules légers ou par hélicoptères vers une zone d’attaque « encagée » depuis le ciel, afin d’empêcher toute arrivée de renforts. On y détruit ou capture les objectifs visés avant de repartir vers la base, que l’on peut démonter éventuellement. On peut, à la limite, saisir et tenir des points isolés, comme l’île de Kharg dans le golfe Persique.
C’est une méthode complexe à organiser, dangereuse pour les hommes dès le contact – et c’est évidemment le principal facteur inhibant pour l’échelon politique – mais très efficace, avec toujours une dimension d’audace spectaculaire que l’on peut exploiter médiatiquement, lorsque cela réussit bien sûr.
Les unités américaines et israéliennes que l’on peut engager dans ce genre de missions sont nombreuses, au-delà des forces spéciales des deux pays, puissantes mais limitées en volume : Rangers (des fantassins d’élite de l’armée de terre américaine), Marine Raiders, Marine Expeditionary Unit (MEU) – des Marines agissant depuis la mer –, brigades d’assaut aérien des 82e et 101e divisions américaines, ou encore la 89e brigade commando et la 35e brigade parachutiste israéliennes, si l’État hébreu peut les détourner des besoins immédiats de leurs fronts périphériques.
Avec toutes ces unités, on pourrait ainsi doubler la campagne de frappes aériennes et ses « gros coups » par une « campagne commando » de multiples coups de couteau, obtenant au moins la destruction de la menace militaire iranienne. On peut également imaginer la suite, en transformant l’opposition iranienne en force organisée.
Pour reprendre l’exemple libyen de 2011, ce n’est pas seulement l’introduction des hélicoptères qui a changé la donne, mais surtout celle de troupes d’insertion – Service Action (unité spéciale de la DGSE en charge des opérations les plus secrètes), forces spéciales, conseillers techniques français, Special Air Service britannique (unité de forces spéciales des forces armées britanniques) et autres – conjuguée à la livraison d’armes légères, qui a renforcé les forces rebelles et contribué à la chute du régime de Kadhafi.
De la même façon, on peut imaginer le Mossad et la CIA, avec l’aide des « bérets verts », s’efforçant d’armer, d’encadrer et d’organiser toutes les forces rebelles pour constituer un front antirégime, ce qui aurait au moins le mérite de permettre à ceux qui veulent quitter le combat du côté du pouvoir iranien d’avoir une alternative. Cela sera beaucoup plus efficace que d’attendre que les émeutiers reviennent à nouveau présenter leur poitrine seule face aux gardiens de la Révolution, sans certitudes de victoire.

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