views 6 mins 0 comments

La guerre contre l’Iran épuise les réserves de munitions des États-Unis

La guerre contre l’Iran épuise les réserves de munitions des États-Unis

En quelques jours d’offensive, l’armée américaine a déjà consommé des milliards de dollars de munitions de haute technologie. Le redéploiement de systèmes d’armes depuis l’Asie alimente les inquiétudes sur l’état des réserves.

L’intensité de la campagne militaire américaine contre l’Iran se mesure au rythme auquel les arsenaux de l’Oncle Sam sont sollicités. Vue sous le prisme des dépenses financières, cette sollicitation donne le tournis : selon trois responsables américains cités par le Washington Post, le Pentagone aurait épuisé 5,6 milliards de dollars de munitions les deux premiers jours de l’offensive lancée le 28 février.

Un nombre de missiles tirés « effrayant »

Mais plus que les conséquences pour le contribuable américain, c’est surtout l’état des stocks de munitions sophistiquées qui inquiète les observateurs. Politico rapporte les propos d’un assistant parlementaire selon lequel les États-Unis utiliseraient un nombre « effrayant » de missiles de dernière génération. Lui-même relaie des informations du Pentagone.

Deux types de munitions font l’objet d’un regard attentif : les missiles de croisière Tomahawk et les missiles intercepteurs Patriot PAC-3. Les premiers servent à frapper des cibles iraniennes au sol. Les seconds sont utilisés pour intercepter les missiles iraniens dans les airs. Des centaines de ces armes de précision ont déjà été tirées depuis le début des hostilités.

Les responsables militaires américains affirment toutefois que la phase intensive n’était que le début de l’opération « Epic Fury » et que le conflit a déjà basculé dans une nouvelle phase, moins gourmande en munitions de précision. À mesure que les forces américaines et israéliennes établiront leur supériorité aérienne au-dessus de l’Iran, la campagne devrait davantage s’appuyer sur des bombes à guidage laser, dont les stocks sont beaucoup plus importants, ont assuré le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et le chef d’état-major interarmées, le général Dan Caine.

Reste que, pour l’heure, les frappes iraniennes se poursuivent. Dans la nuit de vendredi à samedi, des attaques ont visé plusieurs pays de la région, notamment l’Arabie saoudite et le Qatar.

Des redéploiements depuis l’Asie

Les spécialistes s’accordent à dire que l’armée américaine dispose de stocks suffisants pour sa seule campagne militaire contre l’Iran. Mais ils s’interrogent sur le fait que l’intervention au Moyen-Orient puisse se faire sans porter préjudice aux stocks disponibles sur les autres lieux d’opération des États-Unis.

Ainsi, selon deux responsables cités par le Washington Post, le Pentagone transfère vers le golfe Persique des éléments du système de défense antimissile THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) actuellement déployé en Corée du Sud.

Ces mêmes sources indiquent que l’armée puise également dans ses stocks d’intercepteurs Patriot sophistiqués déployés dans la région indo-pacifique et ailleurs afin de renforcer sa défense contre les attaques de drones et de missiles balistiques iraniens.

Pour certains experts, ces redéploiements ne sont pas sans risque. « Plus vous déployez de systèmes THAAD et Patriot, plus vous prenez de risques dans la zone indo pacifique et en Ukraine », estime Mark Cancian, spécialiste des capacités militaires au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), cité par le Washington Post.

L’armée américaine n’était « pas préparée »

Au Congrès, certains élus tirent la sonnette d’alarme. Selon Politico, le sénateur Mitch McConnell a averti le 11 mars que l’armée américaine n’était « pas préparée » à dissuader simultanément une agression de la Russie et de la Chine en raison de pénuries de munitions.

Face à ces interrogations, le Pentagone se veut rassurant. Dans une déclaration, son principal porte-parole, Sean Parnell, a affirmé que le ministère de la Défense dispose de « tout ce dont il a besoin pour exécuter n’importe quelle mission, au moment et à l’endroit choisis par le président, et selon n’importe quel calendrier ». Mais les inquiétudes commencent à apparaître chez certains partenaires régionaux des États-Unis.

La chaîne CNN rapporte ainsi que des responsables de plusieurs pays du Golfe s’inquiètent de voir leurs réserves de missiles américains diminuer, alors qu’ils en dépendent pour intercepter les frappes iraniennes. En Corée du Sud, le président Lee Jae-myung a déclaré que Séoul avait « exprimé son opposition » au retrait partiel du dispositif THAAD. « La réalité est que nous ne pouvons pas imposer pleinement notre position », a-t-il reconnu.

Plus que jamais appelés à jouer le rôle d’arsenal des démocraties, les États-Unis inquiètent quant à leur capacité à honorer cet engagement.