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RSE en Tunisie : le Forum international revient en mai 2026

- Business
7 mai 2026
business tunisie - Tunisia Times

La Tunisie s’apprête à accueillir un rendez-vous majeur pour les acteurs économiques du continent africain et du bassin méditerranéen. La cinquième édition du Forum international de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) se tiendra les 5 et 6 mai 2026 sur le sol tunisien, à un moment où les pressions réglementaires mondiales en matière de décarbonation redessinent profondément les règles du jeu pour les entreprises exportatrices.

Un forum à la croisée des enjeux climatiques et économiques

La tenue de ce forum en Tunisie n’est pas anodine. Le pays traverse une phase de repositionnement de son tissu industriel face à des contraintes internationales de plus en plus contraignantes, notamment celles issues de l’Union européenne. Le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), entré progressivement en vigueur côté européen, impose désormais aux entreprises exportatrices vers le marché communautaire de rendre compte de l’empreinte carbone de leurs produits. Pour la Tunisie, dont l’Europe demeure le premier partenaire commercial, l’enjeu est considérable.

Ce forum se positionne comme un espace de dialogue entre décideurs publics, chefs d’entreprise, experts internationaux et société civile autour des transformations que ces nouvelles normes mondiales imposent aux économies émergentes. La RSE, longtemps perçue comme un exercice de communication corporate dans certains milieux d’affaires, s’impose désormais comme un levier stratégique de compétitivité et d’accès aux marchés internationaux.

Les éditions précédentes du forum ont permis de structurer une réflexion collective autour des pratiques durables dans le monde des affaires tunisien et régional. La cinquième édition devrait franchir un palier supplémentaire en intégrant plus largement les problématiques liées à la transition énergétique, à la chaîne de valeur décarbonée et aux nouvelles exigences de reporting extra-financier.

La décarbonation, nouveau défi pour les entreprises tunisiennes

La question de la décarbonation de l’économie tunisienne s’invite avec une acuité croissante dans les agendas des ministères, des fédérations patronales et des institutions financières internationales actives dans le pays. Si la Tunisie a souscrit aux engagements climatiques dans le cadre de l’Accord de Paris, la traduction opérationnelle de ces engagements au niveau des entreprises reste un chantier en construction.

Plusieurs secteurs clés de l’économie tunisienne — le textile, le cuir, les composants automobiles, le ciment ou encore les industries chimiques — sont directement concernés par les nouvelles réglementations européennes sur le contenu carbone des produits importés. Ces filières, qui emploient des centaines de milliers de personnes et génèrent une part substantielle des recettes en devises du pays, devront adapter leurs processus de production pour continuer à accéder au marché européen sans pénalités tarifaires supplémentaires.

Cette réalité impose une mise à niveau accélérée : adoption de systèmes de mesure des émissions de gaz à effet de serre, investissements dans les énergies renouvelables, optimisation de la consommation énergétique et mise en conformité avec les standards internationaux de reporting environnemental. Des défis qui nécessitent des ressources financières, une expertise technique et un accompagnement institutionnel que les PME tunisiennes, qui constituent l’essentiel du tissu économique national, ne possèdent pas toujours en interne.

Le rôle croissant des institutions d’appui

Face à ces défis, plusieurs institutions tunisiennes et partenaires internationaux ont commencé à structurer des programmes d’accompagnement. L’Agence nationale de maîtrise de l’énergie (ANME), la Bourse de Tunis à travers ses initiatives ESG, ainsi que des organismes comme la GIZ ou la Banque européenne d’investissement ont multiplié les initiatives visant à outiller les entreprises tunisiennes pour cette transition. Le forum de mai 2026 devrait constituer une vitrine pour ces démarches et un accélérateur de leur déploiement à plus grande échelle.

La mise en place d’un cadre réglementaire national cohérent reste toutefois l’un des points de friction identifiés par les opérateurs économiques. Si des textes existent, leur application et leur articulation avec les standards internationaux laissent encore à désirer selon plusieurs observateurs du secteur privé. Le forum pourrait jouer un rôle de catalyseur pour des avancées législatives et réglementaires en matière de RSE et de durabilité.

La Tunisie, hub régional pour la transition durable ?

L’organisation répétée de ce forum international en Tunisie traduit une ambition : positionner le pays comme un espace de référence pour les débats sur la RSE et la durabilité en Afrique du Nord et dans l’espace méditerranéen. Cette ambition s’inscrit dans un contexte où plusieurs pays africains cherchent à se doter de cadres normatifs et institutionnels capables de répondre aux nouvelles exigences des investisseurs internationaux, de plus en plus attentifs aux critères ESG — environnementaux, sociaux et de gouvernance.

La proximité géographique avec l’Europe, la présence d’une communauté d’affaires francophone et anglophone, ainsi qu’un système universitaire et de formation professionnelle relativement développé constituent des atouts que la Tunisie peut faire valoir dans cette compétition pour l’influence normative régionale. Mais ces avantages comparatifs ne suffisent pas à eux seuls : ils doivent être adossés à une réforme en profondeur de l’environnement des affaires et à une stabilisation du cadre macroéconomique, conditions sine qua non pour attirer les investissements verts dont le pays a besoin.

Selon les informations relayées par Tuniscope, la cinquième édition du Forum international RSE se veut plus opérationnelle que les précédentes, avec un accent mis sur les retours d’expérience d’entreprises ayant engagé des démarches concrètes de transformation durable. Des ateliers sectoriels, des sessions de matchmaking entre porteurs de projets verts et investisseurs, ainsi que des panels de haut niveau réunissant des représentants gouvernementaux et des dirigeants d’entreprises sont prévus au programme.

Vers une culture RSE ancrée dans les pratiques managériales

Au-delà des aspects réglementaires et financiers, le forum ambitionne également d’agir sur les mentalités et les pratiques managériales. La RSE demeure encore trop souvent perçue, dans une partie du tissu entrepreneurial tunisien, comme une contrainte extérieure ou un coût supplémentaire plutôt que comme un levier de performance et de différenciation. Changer cette perception passe par la démonstration concrète des bénéfices tangibles — accès facilité au financement, fidélisation des talents, meilleure résilience opérationnelle — que les entreprises engagées dans des démarches RSE sérieuses peuvent en retirer.

Cette évolution culturelle est d’autant plus urgente que les nouvelles générations de cadres et d’entrepreneurs tunisiens, souvent formés à l’international ou fortement connectés aux débats globaux, intègrent naturellement ces dimensions dans leur vision du business. Le forum de mai 2026 aura l’occasion de capitaliser sur cette dynamique générationnelle pour accélérer l’ancrage de la RSE dans le modèle économique tunisien.