L’Association des Amis de Carthage appelle les autorités tunisiennes à intervenir face aux constructions contestées et aux aménagements de piscines signalés dans la zone archéologique de Carthage. Cette alerte, lancée le mercredi 14 octobre 2026, remet en lumière les difficultés liées au contrôle de l’urbanisation, à l’application des décisions de démolition et à la préservation d’un patrimoine historique inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.
La situation de Carthage zone archéologique soulève plusieurs questions concernant la protection des vestiges antiques et le respect des règles encadrant les constructions sur les terrains protégés. L’association demande une intervention des autorités afin de mettre un terme aux aménagements qu’elle considère comme incompatibles avec la sauvegarde du site.
Dans une déclaration diffusée lors de l’émission « Al Machhad Al Aan » de la Radio nationale, la présidente de l’association, Salwa Jaziri Arafa, a dénoncé la persistance de constructions malgré l’existence de décisions de démolition. Elle a également évoqué la lenteur des procédures administratives, qui compliquerait, selon elle, la mise en œuvre des mesures nécessaires.
Au-delà de la présence de piscines, cette alerte concerne plus largement la gestion des constructions dans un espace où la préservation des vestiges constitue un enjeu patrimonial majeur. Les terrains concernés peuvent abriter des éléments archéologiques, ce qui rend indispensable un encadrement adapté des travaux et une coordination entre les organismes chargés de la protection du site.
Des constructions contestées et des décisions de démolition encore en attente
Les préoccupations exprimées par l’Association des Amis de Carthage s’inscrivent dans un dossier suivi depuis plusieurs années. Le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO a régulièrement demandé à la Tunisie de renforcer la lutte contre les constructions illégales et de mettre en œuvre les décisions de démolition qui restent en suspens.
En juillet 2019, le ministère de l’Intérieur avait annoncé l’exécution de dix décisions de démolition dans la zone archéologique de Carthage. L’opération s’était déroulée dans la nuit du 8 au 9 juillet et avait concerné plusieurs types de constructions et d’installations, notamment des bâtiments à deux étages, des écuries, des entrepôts, des clôtures et des structures en béton.
Cette intervention témoignait de la possibilité d’engager des opérations pour faire respecter les règles applicables aux terrains concernés. Elle ne signifiait toutefois pas que l’ensemble des infractions signalées avait été traité. Les alertes formulées par la suite ont continué de mettre en évidence la nécessité d’un suivi administratif et d’une application effective des décisions prises.
En 2023, le Comité du patrimoine mondial a de nouveau demandé aux autorités tunisiennes d’exécuter les décisions de démolition restantes. Le dossier de l’ancienne Académie de police figurait notamment parmi les questions à traiter. La démolition de cette structure avait été considérée comme un élément important par une mission consultative menée en 2019.
L’évaluation de l’UNESCO publiée en 2025 a également fait état de mesures prises contre des constructions illégales dans plusieurs secteurs de Carthage, notamment à Borj Boukhris, au niveau du cirque romain et à Douar Chott.
Le rapport présenté par l’État tunisien mentionnait plusieurs décisions de démolition exécutées. Il faisait aussi état de procédures judiciaires en cours dans trois affaires et de décisions d’arrêt des travaux concernant quatre autres projets.
Ces éléments montrent que le traitement des constructions contestées repose sur plusieurs démarches, qui peuvent inclure des interventions administratives, des procédures judiciaires et des opérations de démolition. Leur mise en œuvre dépend notamment du suivi des dossiers et de l’intervention des organismes compétents.
Le Comité du patrimoine mondial a néanmoins exprimé, en 2025, ses préoccupations face à la lenteur des progrès enregistrés au cours de la décennie précédente. Il a estimé que des efforts supplémentaires demeuraient nécessaires pour assurer une protection et une gestion satisfaisantes du site.
Dans sa décision, le Comité a demandé à la Tunisie de poursuivre les mesures engagées et de transmettre un rapport actualisé sur l’état de conservation du patrimoine concerné ainsi que sur l’application de ses recommandations avant le 1er décembre 2026.
L’aménagement urbain au cœur des enjeux de préservation de Carthage
Les difficultés rencontrées à Carthage ne concernent pas uniquement les démolitions. Elles touchent également à l’organisation de l’urbanisation, au contrôle des projets privés et à la répartition des responsabilités entre les différentes administrations.
En janvier 2026, l’Association des Amis de Carthage avait déjà signalé la construction d’un kiosque commercial sur le site archéologique de Bir Knisia. L’association contestait alors l’installation de cette structure sur un terrain considéré comme archéologique et soumis à des restrictions en matière de construction.
Le directeur de l’Institut national du patrimoine, Tarek Bakouch, avait indiqué que l’institut avait constaté l’infraction et adressé des correspondances à la municipalité de Carthage ainsi qu’au gouverneur de Tunis. Il avait également rappelé que le terrain était situé dans une zone archéologique soumise au décret n° 1246 du 7 octobre 1985 et qu’il faisait partie des biens confisqués.
Cette affaire illustre les différentes étapes qui peuvent intervenir lorsqu’un aménagement est signalé sur un terrain protégé. Le constat d’une infraction, les échanges entre les administrations et le suivi des mesures applicables constituent des éléments distincts du traitement d’un dossier. Leur articulation est importante pour assurer une réponse conforme aux règles en vigueur.
Dans le cas de Carthage zone archéologique, la question porte ainsi sur la capacité des institutions concernées à contrôler les travaux, à faire respecter les restrictions de construction et à donner suite aux décisions prises. Les retards dans les procédures peuvent prolonger les situations contestées, tandis que l’absence de contrôle adapté des aménagements peut compliquer la conservation des vestiges.
L’UNESCO a également souligné, dans son évaluation de 2025, la nécessité de revoir le plan d’aménagement urbain et de finaliser le Plan de protection et de mise en valeur de Carthage. Ces instruments doivent contribuer à mieux encadrer le développement urbain et à intégrer les exigences de conservation du patrimoine dans la planification du territoire.
Le Comité du patrimoine mondial a par ailleurs insisté sur l’importance d’une meilleure coordination entre les institutions impliquées dans la gestion du site. La clarification des responsabilités et l’adaptation des outils de planification aux impératifs de conservation font partie des mesures demandées.
La protection de Carthage suppose en effet de prendre en compte plusieurs dimensions : les besoins des habitants, les règles d’urbanisme, les projets d’aménagement et la présence de vestiges historiques. La conciliation de ces enjeux nécessite un encadrement des travaux compatible avec les obligations liées au statut patrimonial du site.
L’alerte du 14 octobre 2026 intervient dans ce contexte. L’Association des Amis de Carthage demande une intervention des autorités face aux constructions et aux piscines qu’elle signale dans la zone archéologique. Les mesures susceptibles d’être engagées relèvent notamment du contrôle des aménagements concernés, du suivi des décisions de démolition existantes et de la coordination entre les organismes responsables de la protection du patrimoine.
