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Soudan : l’agonie silencieuse d’un peuple pris au piège

Soudan : l'agonie silencieuse d'un peuple pris au piège

Au Conseil de sécurité de l’ONU, les responsables onusiens ont dressé, ce 22 décembre 2025, un constat alarmant de la situation au Soudan. Tandis que les belligérants parviennent à s’entendre sur les revenus pétroliers, la population civile paie le prix d’un conflit qui s’enlise et s’intensifie. Combats exacerbés au Kordofan, violences sexuelles systématiques et effondrement du système de santé dessinent un pays au bord du gouffre. Face à une aide humanitaire dramatiquement sous-financée, l’agonie silencieuse du peuple soudanais menace désormais de basculer en catastrophe irréversible.

Alors que les revenus pétroliers font l’objet d’accords pragmatiques entre les belligérants, la population soudanaise, elle, semble avoir été sacrifiée sur l’autel de la guerre. Ce lundi 22 décembre 2025, lors d’une réunion d’information du Conseil de sécurité de l’ONU, les responsables onusiens ont dressé un tableau apocalyptique d’un pays qui s’effondre sous le poids d’un conflit qui s’intensifie. Entre l’escalade des combats dans le Kordofan, l’utilisation systématique des violences sexuelles comme tactique de guerre et un système de santé à l’agonie, le Soudan traverse l’une des crises les plus sombres de son histoire moderne.

Le Kordofan s’embrase sous le feu des armes sophistiquées

La saison sèche, redoutée par les observateurs, a tenu ses sombres promesses avec une recrudescence violente des combats. Khaled Khiari, sous-secrétaire général de l’ONU, a alerté sur les gains territoriaux rapides des Forces de soutien rapide (FSR) dans la région du Kordofan.

La ville de Kadugli est devenue un tel foyer de danger que le personnel des Nations Unies a été évacué jusqu’à nouvel ordre. Ce qui inquiète davantage l’organisation internationale, c’est l’afflux continu d’armes de plus en plus létales qui inondent le pays, malgré les appels répétés à un embargo de fait. Cette saturation technologique des belligérants rend tout compromis politique illusoire pour le moment.

Un système de santé dévasté par les attaques ciblées

Le bilan humain ne se limite pas aux balles et aux obus. Le système de santé soudanais est au bord de l’implosion totale. Rien qu’en 2025, 65 attaques directes contre des établissements de santé ont causé plus de 1 600 décès. Selon Shible Sahbani, représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Soudan, le pays est désormais le théâtre d’épidémies incontrôlables.

Le choléra a déjà tué plus de 3 500 personnes, tandis que le paludisme touche plus de 1,4 million de citoyens. Autrefois considéré comme le « grenier de la région », le Soudan est aujourd’hui l’un des quatre pays au monde où la malnutrition aiguë est la plus sévère, plaçant 800 000 enfants de moins de cinq ans en risque de décès imminent.

Les femmes et les filles, cibles délibérées d’une guerre barbare

La violence a pris une tournure particulièrement abjecte avec l’utilisation généralisée des violences sexuelles et sexistes. L’ambassadeur Samuel Žbogar, s’exprimant au nom de plusieurs pays dont la France et le Royaume-Uni, a dénoncé l’utilisation délibérée du viol comme tactique de guerre.

Ces actes, qualifiés de crimes contre l’humanité, visent à briser le tissu social des communautés. Malgré les avertissements répétés de la communauté internationale, ces horreurs se déplacent d’El Fasher vers d’autres localités comme El Obeid ou Dilling, sans qu’aucune force de dissuasion ne parvienne à protéger les plus vulnérables.

Le cri d’alarme face à un financement humanitaire exsangue

Le paradoxe soudanais est frappant : alors que les besoins explosent, les fonds internationaux se tarissent. Le Plan d’intervention humanitaire pour 2025 n’est financé qu’à hauteur de 36 %. Les opérations de l’OMS elles-mêmes sont financées à moins de 40 %, une situation que M. Sahbani juge honteuse face à l’ampleur du désastre. Le Premier ministre de transition, Kamil El-Tayeb Idris, a rappelé devant le Conseil de sécurité que le Soudan ne réclame pas la pitié, mais un véritable partenariat pour la paix.

Sans un engagement financier massif et immédiat des donateurs internationaux, le Soudan risque de basculer définitivement dans une famine de masse et une désintégration totale de ses structures étatiques.