La décision était attendue, elle est désormais officielle. Le Conseil d’Administration de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), réuni ce mercredi 11 février 2026, a choisi de ne pas toucher à son principal levier monétaire. Le taux directeur reste fixé à 7,00%. Cette décision reflète une volonté de naviguer avec prudence entre une inflation qui s’essouffle enfin et des pressions structurelles qui persistent.
Une inflation nationale en reflux, mais sous surveillance
Sur le front des prix, les nouvelles sont encourageantes mais demandent une lecture nuancée. En janvier 2026, l’inflation s’est repliée à 4,8%, rompant avec la stagnation à 4,9% observée en fin d’année dernière. Ce ralentissement est principalement porté par deux facteurs :
- Le gel des prix administrés : L’inflation dans ce secteur est tombée à 0,6%, prouvant l’impact des mesures de régulation étatique.
- L’accalmie alimentaire : Grâce à une meilleure offre sur les marchés, la hausse des prix des produits frais a ralenti, passant de 11,2% à 10,3%.
Pourtant, la BCT reste vigilante. L’inflation sous-jacente (hors produits frais et prix administrés) montre des signes de résistance, grimpant à 4,9% en janvier contre 4,3% en septembre dernier. Ce rebond s’explique notamment par la fin de l’effet de baisse des prix de l’huile d’olive qui avait marqué l’année 2025.
Un déficit courant qui se creuse, des réserves qui rassurent
Le bilan de l’année 2025 révèle des fragilités extérieures. Le déficit courant s’est établi à -4 350 MDT, soit -2,5% du PIB, contre -1,6% l’année précédente. Si les revenus du travail et le dynamisme du secteur touristique ont limité les dégâts, l’aggravation du déficit commercial pèse lourdement sur la balance.
Toutefois, la solidité financière du pays affiche une résilience notable. Au 10 février 2026, les avoirs en devises ont atteint 25,8 milliards de dinars, garantissant 109 jours d’importation. C’est une progression nette par rapport aux 102 jours enregistrés un an plus tôt, offrant à la Tunisie une marge de manœuvre cruciale face aux chocs externes.
Un contexte international marqué par l’incertitude
La Tunisie ne navigue pas seule dans ces eaux troubles. À l’échelle mondiale, l’inflation commence à ralentir malgré un redressement timide du cours des matières premières. À l’instar de la BCT, les grandes banques centrales internationales optent majoritairement pour le statu quo. Les incertitudes liées aux politiques commerciales mondiales et à la volatilité des prix poussent les décideurs à une observation prudente plutôt qu’à une action brutale.
Pourquoi maintenir le taux à 7% ?
Pour le Conseil d’Administration, l’objectif est clair : soutenir durablement le processus désinflationniste. En stabilisant le taux à 7,00%, la BCT veut s’assurer que l’inflation rejoigne sa moyenne de long terme sans compromettre une reprise économique encore timide. C’est le choix de la stabilité dans un environnement où chaque dixième de point compte.

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