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2025, l’année où Alger coupa les liens avec Paris

2025, l’année où Alger coupa les liens avec Paris

LETTRE DU MAGHREB. Ce n’est pas l’Algérie qui divorce de la France mais des clans au pouvoir, à des fins idéologiques. Un furieux fiasco s’annonce.

Dans les rues de Rabat, épicentre de la CAN 2025, on aura vu des supporteurs algériens et marocains chanter ensemble, drapeau sur le dos, bras dessus bras dessous. L’hymne algérien aura retenti dans le stade où les Fennecs s’apprêtaient à triompher du Soudan par trois buts à zéro, avec deux réalisations de Riyad Mahrez. Dans la capitale africaine du foot, jusqu’au 18 janvier, jour de la finale, on fait fi des conflits entre États.

Depuis la fermeture de la frontière, voilà 29 ans que les relations entre le pouvoir algérien et le pouvoir marocain se dégradent. Depuis la fin de l’année 2020, il n’y a plus ni relations diplomatiques ni canaux de discussion, seulement un face-à-face fait de mépris. Sur les réseaux sociaux, une clique anonyme s’emploie à attiser une haine numérique. En vain : au Maghreb, les populations savent contourner les humeurs belliqueuses de leurs autocrates.

Le pouvoir algérien en conflit avec ses voisins immédiats

Dans son entourage proche, Alger est en conflit avec Rabat (1 800 kilomètres de frontières communes) et maintenant Bamako (1 300 kilomètres de frontières communes). Ce qui est ironique dans le cas de la junte au pouvoir au Mali, c’est que la France et l’Algérie ont la même vision du dossier sahélien. Mais 2025 demeurera, au Maghreb, l’année durant laquelle le système au pouvoir aura brisé net la plupart de ses liens avec la France.

2025 aura même commencé le 16 novembre 2024, avec l’arrestation de Boualem Sansal à l’aéroport d’Alger, à l’initiative d’un clan soucieux d’enflammer la situation entre les deux pays et de faire du conflit un élément structurel. 2025 s’achèvera le 24 décembre, l’esprit de Noël sans doute, par le vote à l’unanimité au Parlement algérien d’une « loi criminalisant le colonialisme français ».

La loi incrimine l’État français de la responsabilité juridique des crimes « imprescriptibles » commis de 1830 à 1962, la période coloniale. Ce texte législatif est une première en Afrique. Son ambition n’est pas de réparer le passé mais d’envenimer l’avenir proche. Il judiciarise la mémoire, laissant présager un futur douloureux, d’autant que le journaliste Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison ferme, n’a pas bénéficié de la grâce qui a permis à Boualem Sansal de quitter la prison de haute sécurité où il avait été placé. Gleizes est un otage d’État qui entrave la capacité française à réagir.

Le prétexte colonial, le prétexte du Sahara occidental

Outre le contentieux colonial, Alger brandit le dossier du Sahara occidental dont la France a reconnu la marocanité en 2024. L’argument serait recevable si tous les pays reconnaissant le plan marocain étaient soumis au même traitement.

L’Espagne s’est pris, en 2022, le vent violent de la colère algéroise. Mais tout est rentré dans l’ordre. Quand Londres le fait en septembre dernier, l’ambassadeur du Foreign Office est invité à rencontrer le président Tebboune. Pas de crise de nerfs quand le Portugal fait de même. Diego Mellado, chef de la délégation de l’Union européenne à Alger, a déclaré la semaine dernière qu’« en tant que bloc des vingt-sept pays membres de l’Union européenne, nous avons de très bonnes relations avec l’Algérie, un partenaire essentiel et incontournable de l’Europe ». Tout va bien.

Une nouvelle ère ?

La mutation de la rente mémorielle épouse l’époque née de la conjonction de la guerre menée en Ukraine par la Russie et de la seconde élection de Trump. Tout est permis désormais, le bruit, la fureur, l’incivilité, les mots qui blessent.

La « rente mémorielle » qu’on agitait comme une breloque afin d’obtenir quelques avantages est désormais une arme idéologique. Un poison lent visant à opposer les populations. Si la raison ne demeure pas l’antidote, on s’achemine vers un fiasco inutile et coûteux.