Le président américain justifie son refus de frapper l’Iran par l’annulation d’une vague massive d’exécutions. Qu’en est-il vraiment ?
Le président des États-Unis paraît sûr de lui. À son arrivée sur le perron de la Maison-Blanche, Donald Trump se félicite d’avoir réussi à empêcher l’exécution de 800 manifestants en Iran. « Ils avaient prévu plus de 800 pendaisons », assure-t-il fièrement vendredi devant les journalistes qui l’interrogeaient sur sa décision de ne pas frapper, pour l’heure, la République islamique malgré la répression. « Ils n’ont pendu personne. Ils ont annulé les pendaisons. Cela a eu un grand impact. » Le jour même, le pensionnaire de la Maison-Blanche est allé jusqu’à remercier les responsables de la République islamique sur son réseau Truth Social pour leur geste.
Problème, en Iran, personne ne parle de ces 800 exécutions. Ce chiffre a tout d’abord été évoqué jeudi par la porte-parole de la Maison-Blanche. « Le président comprend aujourd’hui que 800 exécutions qui étaient programmées et devaient avoir lieu hier [mercredi] ont été suspendues », a indiqué Karoline Leavitt à la presse. Jusqu’ici, une seule condamnation à mort de protestataire avait été rapportée en Iran, à nouveau amplifiée par l’administration américaine.
Le cas d’Erfan Soltani
Sur son compte X en persan, le département d’État avait alerté, mardi 13 janvier, sur le sort d’Erfan Soltani, un commerçant de 26 ans originaire de Karaj, à l’ouest de Téhéran, arrêté le 8 janvier lors des rassemblements dans le quartier de Fardis. « Erfan a été condamné à mort sans aucun processus légal ni avocat de la défense », soulignait le département d’État. « Erfan est le premier manifestant condamné à mort, mais il ne sera pas le dernier ; la vague d’exécutions contre ces manifestants a officiellement commencé. »
En réalité, le cas d’Erfan Soltani a été révélé la veille par l’organisation des droits de l’homme Hengaw. Après s’être entretenue avec des proches, cette ONG iranienne, basée en Norvège, indiquait que la famille avait été avertie de la condamnation à mort du jeune homme à l’issue d’un procès expéditif, et que la sentence serait exécutée le 14 janvier. Non relayée par les médias d’État en Iran, cette affaire constituait jusqu’ici le seul cas public de manifestant dans le couloir de la mort.
En Iran, le bureau des procureurs de Téhéran s’est cantonné à annoncer mardi qu’un nombre indéterminé d’« émeutiers » seraient « bientôt présentés à la justice », où ils seraient poursuivis pour « moharebeh » (guerre contre Dieu), un chef d’accusation passible de la peine de mort. Si aucune condamnation à mort n’avait été officiellement prononcée, les ONG de défense des droits de l’homme avaient lancé l’alerte sur le risque de campagne d’exécutions massives réalisées à huis clos. Mais nulle part, le cas de « centaines » de pendaison, voire 800, n’a été soulevé.
« Nous n’avons jamais entendu parler du chiffre de 800 personnes condamnées à mort et c’est regrettable que cela ait été utilisé de cette manière, car cela réduit la sensibilité autour des condamnations à morts programmées », souligne auprès du Point, Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l’ONG Human Rights in Iran basée à Oslo. « La République islamique utilise délibérément un chiffre comme celui de 800 exécutions en une seule journée afin de réduire la sensibilité de l’opinion publique et internationale face à ces exécutions prévues. »
Chorégraphie
Après avoir annoncé, encore mardi, aux manifestants que « l’aide » des États-Unis était en route, Donald Trump, pressé par ses alliés israélien et arabes de renoncer à des frappes militaires en Iran et averti par ses propres généraux des risques liés à une telle opération, a réalisé mercredi soir une surprenante volte-face depuis le Bureau ovale. « Ils m’ont dit qu’il n’y aurait aucune exécution. Et j’espère que c’est vrai », a-t-il déclaré devant des journalistes incrédules.
Quelques instants plus tard, dans une chorégraphie semblant parfaitement huilée, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, accordait une interview exclusive à Fox News, chaîne préférée de Donald Trump, dans laquelle le responsable de la République islamique répétait qu’il n’y aurait « pas de pendaison aujourd’hui ou demain » en Iran. Au même moment, la famille d’Erfan Soltani indiquait à l’ONG Hengaw avoir été informée que l’exécution de leur proche avait été « reportée ».
Et le lendemain, l’Autorité judiciaire iranienne allait jusqu’à démentir que le jeune homme ait été condamné à mort et puisse être exécuté. « S’il est reconnu coupable il sera condamné à une peine de prison, car la loi ne prévoit pas la peine capitale pour ces chefs d’accusation », a indiqué l’agence officielle Mizan.
Le cas d’Erfan Soltani semble avoir permis au président américain, tout comme aux autorités iraniennes, de sauver la face, repoussant pour l’instant le scénario d’une intervention militaire en Iran, alors que les massacres à huis clos perpétrés à l’intérieur du pays semblent avoir eu raison des manifestations.
À en croire Donald Trump, les « tueries en Iran » auraient pris fin. Pourtant, ce samedi, le guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, a laissé entendre que la répression gouvernementale allait se poursuivre, annonçant que « la nation iranienne [devait] briser le dos des séditieux ». À Téhéran, où un couvre-feu militaire de facto a été imposé dans les rues, le coup est rude pour les protestataires, dont au moins 12 000 auraient été massacrés par les forces de sécurité, selon une source contactée par Le Point.

Partager :