Depuis le 28 février et l’opération « Fureur épique », les Émirats arabes unis essuient des frappes iraniennes presque quotidiennes. À Dubaï, le plus grand centre commercial du monde n’a pas fermé un seul jour.
La situation sécuritaire est progressivement devenue centrale dans le quotidien des Émirats arabes unis, pays du Golfe le plus exposé aux attaques iraniennes depuis le début du conflit. Si la première nuit avait provoqué un pic d’anxiété, la démonstration d’efficacité des systèmes de défense antimissile – Patriot et Thaad – a sensiblement apaisé les esprits. Les explosions audibles sont, dans leur grande majorité, celles des interceptions en vol, et non d’impacts au sol.
Selon le ministère de la Défense local, 249 missiles sur 270 détectés et 1 385 drones sur 1 475 ont été interceptés, soit un taux de réussite supérieur à 90 %. Les projectiles ayant franchi le dispositif sont majoritairement tombés en mer. Quant aux drones Shahed qui atteignent le territoire, il s’agit d’engins à faible coût dont la capacité destructrice reste très limitée. Les débris – parfois explosifs – présentent une probabilité infime d’atteindre des personnes : ils finissent le plus souvent sur des toits, dans des jardins ou dans le désert.
Le bilan humain, après dix jours de conflit, reste inférieur au nombre de victimes d’accidents de la route sur la même période. Rien à voir, donc, avec les destructions observées à Téhéran, à Tel-Aviv ou à Beyrouth.
Précautions sans paralysie
Face à cette situation inédite, les autorités émiraties ont choisi une ligne de conduite claire : maintenir l’activité tout en encadrant les comportements. Les résidents sont invités à limiter leurs déplacements au strict nécessaire, à s’éloigner des fenêtres et à suivre les alertes officielles, transmises par géolocalisation directement sur les téléphones mobiles, dans la langue de chaque habitant. Un message de fin d’alerte clôt chaque épisode.
Le KHDA, autorité en charge du développement éducatif, a imposé le passage en distanciel dans les écoles et a avancé les vacances scolaires d’une semaine – des mesures qui évoquent, dans leur forme, celles adoptées pendant la pandémie de Covid.
Sur le terrain, la vie suit son cours. Dubai Mall reste ouvert, les restaurants affichent complet, les hôtels fonctionnent, les enfants vont au parc et les plages restent fréquentées.
« Dubaï n’est pas à feu et à sang, bien au contraire, tout fonctionne super bien », résume Thierry Adine, entrepreneur dans l’immobilier, dans une vidéo publiée sur Instagram. Malgré une diaspora iranienne estimée à plus d’un demi-million de personnes, aucun incident civil notable n’a été signalé. Ce conflit, pour l’heure, demeure d’ordre militaire et n’oppose pas les populations.
Préserver image et l’attractivité
Le crédit que les résidents – étrangers à 90 % – accordent aux institutions frappe l’observateur. Dans un pays où les réalisations économiques des cinquante dernières années constituent le principal ciment social, cette confiance n’est pas aveugle : elle est adossée à un historique de gestion de crise – financière en 2008, sanitaire en 2020, climatique lors des inondations de 2024 –, chaque fois surmontée avec une réactivité notable.
Un fossé s’est creusé entre la réalité vécue sur place et la façon dont elle est relayée à l’étranger.
L’image et l’attractivité des Émirats constituent un actif stratégique que les autorités entendent préserver à tout prix. La stabilité n’est pas seulement un objectif politique : c’est un impératif économique.
Un fossé s’est creusé entre la réalité vécue sur place et la façon dont elle est relayée à l’étranger. Sur les réseaux sociaux, certains contenus dramatisent la situation pour capter l’attention, tandis que des images de ressortissants rapatriés alimentent un récit de catastrophe que démentent les témoignages recueillis sur le terrain. L’inquiétude, souvent, surgit moins des détonations que de l’écran allumé : ce sont les familles ou amis restés en Europe qui s’alarment, parfois davantage que ceux qui vivent les événements en direct.
À l’aéroport international de Dubaï, les conversations trahissent parfois cette surenchère : « Vous aussi vous faites partie des rescapés de la guerre ? » Le trafic aérien est effectivement perturbé, les billets sont devenus coûteux, les trajets s’allongent avec des escales multiples – mais un transit par un hôtel omanais ne saurait être assimilé à une évacuation sous les bombes.
Les résidents semblent, eux, avoir trouvé un équilibre entre vigilance et continuité. Le hashtag #WeStandForUAE illustre cette solidarité spontanée entre population et institutions. Une posture qui, loin de l’indifférence, traduit peut-être la forme la plus pragmatique de résilience.
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