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À Munich, le coup de force de Reza Pahlavi, fils du chah d’Iran

À Munich, le coup de force de Reza Pahlavi, fils du chah d’Iran

Autrefois boudé à l’étranger, le prince héritier s’impose désormais comme une alternative crédible à la République islamique qui s’en inquiète. Même s’il reste clivant au sein de l’opposition.

Sa revanche est éclatante. Déprogrammé l’an dernier de la Conférence sur la sécurité de Munich par le ministère allemand des Affaires étrangères, sous pression de la République islamique d’Iran, le prince héritier Reza Pahlavi a été l’une des vedettes de l’édition 2026 où il s’est imposé comme une alternative crédible au régime iranien.

« Je m’engage à être le leader de la transition » vers un « processus démocratique et transparent, à travers les urnes », a-t-il lancé samedi 14 février devant une foule de plus de 250 000 personnes rassemblées, malgré la pluie, sur la Theresienwiese, l’immense place qui accueille chaque année l’Oktoberfest, en marge du « Davos de la Défense », selon les chiffres donnés par la police bavaroise.

« Javid chah ! » (« Longue vie au chah »), scandaient le même jour, à plus de 6 600 kilomètres de là, à Toronto, 350 000 de ses partisans réunis, selon la police canadienne, dans le cadre de la « Journée mondiale d’action » lancée il y a plusieurs semaines par le prince héritier. Ils étaient au moins aussi nombreux à Los Angeles, munis de leur drapeau historique de l’Iran, frappé du lion et du soleil.

« Sans conteste, Reza Pahlavi a marqué des points en se posant ces dernières semaines comme la meilleure alternative à la République islamique », souligne Mehrdad Khonsari, un ancien diplomate iranien qui a épaulé le prince héritier de 1987 à 1991. « De par son nom, il a créé un appel national en sa faveur, et est devenu le porte-drapeau de la lutte contre la République islamique. »

Un million et demi de personnes dans les rues

Le véritable « coup de force » du fils du chah date en réalité du 7 janvier dernier, dix jours après le début du mouvement de révolte en Iran. « Je partage aujourd’hui avec vous mon premier appel à l’action », lance-t-il alors, en chemise blanche et cravate, dans une vidéo diffusée sur son compte X. « Je vous invite à lancer des slogans jeudi 8 et vendredi 9 janvier à 20 heures précises, que ce soit dans la rue ou depuis chez vous. » L’appel fait mouche. Simultanément, des dizaines de milliers d’Iraniens sortent manifester dans 46 villes, à travers 21 provinces. D’après nos informations, plus d’un million et demi de personnes se trouvaient le 8 janvier dans les rues du pays, plus que toute autre manifestation depuis l’avènement de la République islamique en 1979. Ébranlé, le régime a maté la contestation dans le sang. En l’espace de deux jours, entre 7 000 et 35 000 manifestants ont été tués à l’arme de guerre.

« Cette nuit a complètement changé la perception de la menace représentée par Reza Pahlavi au sein du régime. Si la République islamique constatait depuis 2025 un soutien populaire grandissant en faveur du prince héritier, elle n’avait pas anticipé une mobilisation aussi importante », explique une source occidentale du renseignement. « Si tout le monde ne le soutient pas dans le pays, la population iranienne s’accorde néanmoins sur le fait qu’il existe désormais une alternative au régime, y compris au sein de la communauté internationale. »

Longtemps favorable au retour de la monarchie en Iran, Reza Pahlavi prône depuis 2022 l’instauration d’une démocratie par voie référendaire. À 65 ans, il aspire à diriger une transition politique, basée sur la laïcité, le multipartisme et la paix régionale, avant l’organisation d’élections libres.

Rencontre avec un ministre français

Autrefois boudé par les responsables occidentaux, Reza Pahlavi s’est entretenu cette année à Munich avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le ministre français des Affaires européennes Benjamin Haddad, Constance Le Grip, vice-présidente de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale ou encore le député du Bundestag allemand Armin Laschet.

A contrario, les représentants de la République islamique ont vu leur invitation en Allemagne être purement et simplement révoquée après la répression des manifestations. « La séquence de Munich constitue un pas important pour la reconnaissance internationale de Reza Pahlavi », poursuit la source occidentale du renseignement. « Elle inquiète au plus au point le régime qui essaie par tous les moyens de ternir son image de leader et d’alternative crédible, y compris avec des menaces sur sa personne. »

Pas de rencontre avec Trump

C’est derrière une vitre blindée que se tenaient ainsi Reza Pahlavi et sa femme Yasmine devant plusieurs dizaines de milliers de leurs partisans à Munich. À peine quelques heures auparavant, le fils du dernier chah d’Iran appelait Donald Trump à « aider » la population, alors que sa promesse de soutien aux manifestants, lancée le 13 janvier dernier est, pour l’heure, restée lettre morte. À défaut de le rencontrer, le prince héritier s’est directement adressé au président américain depuis l’Allemagne. « Le peuple iranien vous a entendu dire que l’aide est en route, et il a foi en vous. Aidez-le, et l’Histoire vous placera aux côtés non seulement de la nation iranienne, mais aussi des plus grands héros du monde », a souligné l’opposant iranien qui, la veille, avait réclamé une « intervention » militaire américaine en Iran.

Depuis le début de la crise iranienne, le président des États-Unis n’a eu de cesse de souffler le chaud et le froid sur la République islamique. Se disant désireux de conclure un accord diplomatique avec la République islamique sur le nucléaire iranien, Donald Trump a déployé dans le golfe d’Oman une impressionnante « armada » militaire et a annoncé l’envoi sur place d’un second porte-avions. Pour la première fois, le pensionnaire de la Maison-Blanche a évoqué vendredi 13 février l’hypothèse d’un changement de régime en Iran, estimant devant des journalistes que « ce serait la meilleure chose qui puisse arriver ». Il n’a néanmoins toujours pas accepté de rencontrer Reza Pahlavi, malgré les appels du pied de ce dernier sur Fox News, chaîne favorite du président américain.

S’il marque des points sur la scène internationale, comme en Iran, le prince héritier reste une personnalité clivante au sein même de l’opposition iranienne. Lors de la conférence de Munich, Reza Pahlavi a refusé de condamner les attaques répétées de certains de ses partisans contre les autres membres de la diaspora. Interrogé sur le règne sans partage de son père, le fils du dernier chah a botté en touche, exhortant au contraire l’assemblée à regarder vers le futur. Accusé de ne pas être parvenu à fédérer l’opposition, le prince héritier a tout simplement rappelé que c’est son nom, et aucun autre, qui était scandé dans les rues en Iran. «

Alors que la République islamique n’est pas encore tombée et que l’opposition a besoin d’unité dans ce processus, Reza Pahlavi aurait tout intérêt à collaborer avec toutes les franges de l’opposition », analyse son ancien lieutenant, Mehrdad Khonsari. « Or, en se posant comme seul garant de la transition politique, il risque au contraire de se les aliéner, eux qui n’aimeraient pas qu’un dictateur soit remplacé par un autre. »