Vingt ans après le premier signalement par la mère d’une adolescente de 14 ans, les victimes des abus de Jeffrey Epstein viennent d’obtenir une victoire majeure : le président américain a donné son feu vert pour, peut-être, faire la lumière sur une affaire tentaculaire. « Je viens de signer le texte visant à rendre public le dossier Epstein », a annoncé Donald Trump sur Truth Social ce mercredi 19 novembre. Mais rien ne garantit que l’intégralité des quelque 300 Go de données en possession du gouvernement américain soient divulguées : le texte adopté par le Congrès comporte plusieurs exceptions notables.
L’Epstein Files Transparency Act a été adopté à la quasi-unanimité par le Congrès mardi après une fronde d’une poignée de républicains, qui ont contraint Donald Trump à une volte-face spectaculaire pour éviter une humiliation.
100 000 pages de documents
Transcriptions de grand jury, rapports du FBI, comptes rendus d’enquêtes, pièces saisies lors des perquisitions dans les propriétés d’Epstein… Le texte donne 30 jours au département de la Justice (DOJ) pour rendre publics tous les documents non classifiés, dans un format permettant des recherches textuelles au sein d’une quantité astronomique de données.
À LIRE AUSSI « Tu vas tout faire exploser » : comment Trump a plié sur le dossier EpsteinEn septembre, la commission de Surveillance de la Chambre avait déjà publié 33 000 pages qui ne comprenaient pas de révélations fracassantes. De nombreuses pièces du dossier ont en effet déjà été dévoilées au fil des années après les poursuites engagées au civil par des victimes du pédocriminel, qui s’est suicidé dans sa cellule en août 2019, mais aussi lors du procès de sa rabatteuse Ghislaine Maxwell, condamnée à 20 ans de prison pour trafic sexuel de mineures.
La semaine dernière, 20 000 pages supplémentaires obtenues auprès de la succession d’Epstein ont suivi. Dans des emails, le financier new-yorkais assurait que Donald Trump « savait à propos des filles, comme il a demandé à Ghislaine d’arrêter ». Le locataire de la Maison-Blanche, qui a cultivé pendant près de 15 ans une amitié avec Epstein, a toujours affirmé qu’il ignorait tout des abus.
L’été dernier, un juge avait estimé que le dossier en possession du gouvernement américain contenait environ 100 000 pages. Cela signifie qu’il en reste des dizaines de milliers qui n’ont pas été rendues publiques. De quoi inquiéter de nombreuses personnalités qui ont entretenu des liens avec Epstein, comme l’ex-prince Andrew, le financier Leon Black ou encore Bill Gates.
Des exceptions prévues
Mercredi, la procureure générale des États-Unis, Pam Bondi, a assuré que son département allait « respecter la loi [adoptée, NDLR] et encourager à la transparence maximale ». Mais dans le même temps, elle a refusé de donner des détails, invoquant « l’enquête en cours » des procureurs de Manhattan.
Donald Trump a en effet demandé à son DOJ d’enquêter sur les liens entre Epstein et plusieurs figures démocrates, notamment Bill Clinton, le fondateur de LinkedIn, Reid Hoffman, ou encore Larry Summers. Après avoir démissionné du board d’OpenAI, l’ancien secrétaire au Trésor s’est également mis en congé de ses fonctions à l’université de Harvard mercredi soir.
Cette requête de Donald Trump pourrait limiter les divulgations. L’Epstein Files Transparency Act comprend en effet des exceptions pour protéger les enquêtes en cours, en plus des restrictions liées à la protection des victimes et des mineurs. Il est probable que certains documents restent, pour l’instant, secrets, ou soient en grande partie caviardés. Mais les futures révélations pourraient secouer ces puissants qui n’ont, jusqu’ici, pas été inquiétés légalement par leurs liens avec Jeffrey Epstein.

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