À Rabat, le Maroc et le Sénégal disputent une finale inédite de la CAN, symbole de l’âge d’or de deux sélections majeures du football africain.
Les deux meilleures équipes du continent se retrouvent pour une finale inédite. Jamais le Maroc et le Sénégal ne s’étaient affrontés à ce stade de la Coupe d’Afrique des nations. À Rabat, l’enjeu dépasse le simple trophée : il s’agit de confirmer un statut, d’inscrire un héritage et de porter haut le football africain, à quelques mois de la Coupe du monde.
Le Maroc de Regragui face à l’histoire
Demi-finaliste de la Coupe du monde 2022, le Maroc a l’occasion de transformer cet exploit mondial en sacre continental. Pour Walid Regragui, cette finale représente aussi un rendez-vous personnel avec l’histoire : il pourrait devenir le premier entraîneur à remporter la Ligue des champions africaine en club (avec le Wydad en 2022) et la CAN en sélection.
« Je suis très heureux de jouer cette finale à domicile, c’est le rêve de chaque sélectionneur. Maintenant, il reste la marche la plus difficile. Le Sénégal a un super coach, une superbe équipe, trois finales en quatre éditions… nous avons un objectif pour rentrer dans l’histoire et rendre heureux nos supporters. »
Pour ce septième match disputé au Prince Moulay Abdellah Stadium, les Lions de l’Atlas pourront une nouvelle fois compter sur un public incandescent. Un atout assumé par leur sélectionneur, conscient du poids de l’environnement.
« Nos supporters sont montés à 100 décibels. Je veux que le Sénégal sente que ce n’est pas le Stade des Martyrs. Le Cameroun s’en est rendu compte et le Nigeria aussi. Il faudra une équipe du Sénégal très forte pour venir nous battre chez nous. »
Sportivement, le Maroc arrive presque au complet, porté par les ajustements tactiques opérés tout au long de la compétition et une dynamique collective solide. Mais Regragui le martèle : la clé sera mentale.
« Gagner, c’est l’objectif de tout un peuple, mais ce n’est qu’un match de football. Depuis que je suis arrivé, j’essaie de changer les mentalités. Les grands pays doivent être réguliers. Demain, on va essayer de marquer l’histoire. »
Reste le poids du passé. Cinquante ans sans titre, une finale perdue à domicile en 1988 : le Maroc sait qu’il n’a plus le droit de laisser filer une telle opportunité.
« L’équipe qui a la pression, c’est le Maroc, parce qu’on joue à domicile. On ne doit pas se la mettre nous-mêmes. On devra bien contrôler nos émotions, ne pas penser si on va gagner ou perdre. »
Le Sénégal pour confirmer sa suprématie africaine
En face, le Sénégal avance avec l’assurance de la puissance installée. Nation la plus régulière du continent depuis dix ans, les Lions de la Téranga disputent leur troisième finale sur les quatre dernières éditions. Pour Pape Thiaw, fraîchement nommé à la tête de la sélection A, l’enjeu est immense : devenir le premier entraîneur à remporter le CHAN et la CAN.
Lucide, le sélectionneur sénégalais assume le statut de challenger dans un contexte particulier.
« Le Maroc demeure favori, mais nous avons beaucoup travaillé pour arriver ici. C’est une finale de rêve pour tout le monde et nous sommes bien préparés pour ce match. »
Revenant sur la polémique liée à l’arrivée des joueurs sénégalais à Rabat, Pape Thiaw a tenu à replacer le débat sur un terrain plus large, celui de l’image du football africain.
« Notre fédération en a parlé. Je pense que les enjeux dans le football ne doivent pas nous amener à faire certaines choses. Aujourd’hui, c’est l’image de l’Afrique qui est en jeu. Notre compétition que personne ne regardait avant est très haut aujourd’hui. Il ne faut pas gâcher ça. »
Et d’insister sur la reconnaissance encore incomplète de la CAN à l’échelle mondiale :
« On a des joueurs planétaires comme Sadio Mané qui n’ont pas gagné le Ballon d’or à cause de la CAN, car les gens disaient que ce n’était pas une compétition majeure. »
Hors de question, toutefois, de laisser ces tensions parasiter la préparation d’un groupe focalisé sur un seul objectif.
« C’est l’image de l’Afrique. Je ne parle pas en tant que coach sénégalais mais en tant qu’Africain. Une fois qu’on sort de là, on va faire focus sur cette finale. On veut ramener ce trophée chez nous. »
Le Sénégal devra composer sans son capitaine Kalidou Koulibaly et Habib Diarra, tous deux suspendus. Mais les remplaçants, Mouhamadou Sarr et Lamine Camara, ont donné satisfaction en demi-finale, signe d’un effectif dense et compétitif.
Un historique favorable au Maroc, mais une finale à part
Les deux nations se sont affrontées à 31 reprises, dont 15 matchs officiels. La dernière confrontation compétitive remonte aux éliminatoires de la Coupe du monde 2002, remportées par le Sénégal sur un but d’El Hadji Diouf. Leur duel le plus récent date de 2020, en match amical à Rabat, conclu par une victoire marocaine (3-1).
Le bilan global penche en faveur des Lions de l’Atlas : 18 victoires, 7 nuls et 6 succès sénégalais. Mais cette 32e confrontation est d’un autre ordre. La plus prestigieuse de toutes, au sommet de l’âge d’or des deux sélections.
À l’enjeu sportif s’ajoute un enjeu économique majeur : 10 millions de dollars pour le vainqueur, 4 millions pour le finaliste. Une finale immense, à la hauteur des ambitions, et peut-être fondatrice pour l’avenir du football africain.

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