Loin des prudences de la diplomatie classique, l’ambassadeur des États-Unis enchaîne les prises de position qui irritent l’exécutif français, au point de transformer les désaccords en incidents officiels.
Depuis son arrivée à Paris, Charles Kushner n’a manifestement pas opté pour la discrétion. À peine installé quai d’Orsay, l’ambassadeur des États-Unis s’est signalé par une série d’initiatives qui ont crispé les autorités françaises, jusqu’à provoquer plusieurs convocations officielles.
Dimanche 22 février, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé que l’ambassadeur serait convoqué, après des commentaires de l’administration de Donald Trump sur la mort d’un jeune militant nationaliste en France. « Nous refusons toute instrumentalisation de ce drame […] à des fins politiques », a-t-il martelé, jugeant que la France n’avait « aucune leçon s’agissant de la violence […] à recevoir de l’internationale réactionnaire ».
Une première convocation
Ce n’est pourtant pas la première fois que l’ambassadeur fait parler de lui. En août 2025, une lettre ouverte adressée au président Emmanuel Macron et publiée dans le Wall Street Journal met le feu aux poudres. Charles Kushner s’y dit préoccupé par « la montée spectaculaire de l’antisémitisme en France » et par « l’absence d’action suffisante de votre gouvernement pour y faire face ». Il écrivait : « En France, il ne se passe pas un jour sans que des Juifs soient agressés dans la rue, que des synagogues ou des écoles soient profanées, ou que des commerces juifs soient vandalisés. »
La missive intervenait quelques jours après une autre lettre, signée cette fois-ci du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et relayée par le Jerusalem Post, reprochant à Emmanuel Macron d’alimenter l’antisémitisme en plaidant pour la reconnaissance d’un État palestinien. À la suite de cette passe d’armes entre Paris et Jérusalem, la crispation s’est étendue à Washington. Au point que le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur le 25 août, rappelant implicitement les principes de la Convention de Vienne.
« Un milliardaire condamné et gracié »
Le personnage, il est vrai, n’est pas un diplomate de carrière. Père de Jared Kushner, époux d’Ivanka Trump, Charles Kushner doit sa nomination à la confiance personnelle du président américain. Sa confirmation par le Sénat des États-Unis n’est intervenue qu’après des débats nourris, quatre ans après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle.
En 2005, l’homme d’affaires du New Jersey plaidait coupable de dix-huit chefs d’accusation, dont évasion fiscale, fausses déclarations à la commission électorale fédérale et subornation de témoin. L’épisode le plus scabreux, l’embauche d’une prostituée pour compromettre son beau-frère coopérant avec la justice, scène filmée à son insu, fut qualifié par le procureur de l’époque, Chris Christie, de « l’un des crimes les plus abjects et répugnants » qu’il ait eu à poursuivre.
Condamné à deux ans d’emprisonnement, dont quatorze mois purgés dans une prison fédérale d’Alabama, il fut gracié en décembre 2020 par Donald Trump, après la défaite de celui-ci face à Joe Biden. « Mon erreur de jugement remonte à plus de vingt ans », a-t-il déclaré lors de son audition de confirmation, rapporte le Guardian. Sa nomination a suscité des réserves jusque dans son propre camp. De son côté, la sénatrice du Minnesota, Tina Smith, a fustigé l’envoi à Paris d’« un milliardaire condamné et gracié ».

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