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Comment Donald Trump a perdu la main sur la guerre qu’il a déclenchée

Comment Donald Trump a perdu la main sur la guerre qu’il a déclenchée

Le président des États-Unis a beau minimiser les opérations contre l’Iran en les qualifiant « d’excursion de courte durée », ce genre d’euphémisme a de plus en plus de mal à convaincre les consommateurs américains et, surtout, les milieux financiers et pétroliers. Non, le conflit déclenché le 28 février n’est pas un épisode bref et maîtrisé.

La preuve en est les déclarations contradictoires de Donald Trump depuis le 9 mars. D’abord « la guerre est pratiquement terminée » ; puis, dans un discours à des parlementaires républicains, « nous avons gagné mais il faut une victoire ultime » ; le lendemain, « nous avons tout détruit, il ne reste pratiquement plus de cible » ; enfin, le 11 mars lors d’un meeting dans le Kentucky, « c’est moi qui déciderai quand le boulot sera fini ». Autant de messages de matamore au contenu fluctuant, qui ont d’abord fait redescendre la pression sur le cours du pétrole puis n’ont eu strictement aucun effet sur les marchés.

Le mauvais « stratège de la Maison-Blanche »

Donald Trump a perdu sa crédibilité. Parce que le monde voit bien qu’en dépit de la puissance militaire américaine qui continue, avec Israël, à systématiquement bombarder l’Iran, le détroit d’Ormuz est bloqué par les gardiens de la Révolution. Et avec lui, comme le cherchent les mollahs qui jouent leur survie, une bonne partie de l’économie mondiale.

C’est assez stupéfiant de voir à quel point « le stratège de la Maison-Blanche », l’homme que la conduite du monde intéresse parce qu’elle lui permet de faire des affaires, a négligé d’anticiper les conséquences économiques d’une opération qu’il a lui-même baptisée « fureur épique ».

Cela tient sans doute à deux précédents qui ont pu endormir sa méfiance. D’une part, à la fin de son premier mandat en janvier 2020, l’élimination par un drone Reaper du général Qassem Soleimani, commandant des gardiens de la Révolution, n’avait pas provoqué de riposte iranienne autre que le tir de missiles sur deux bases américaines en Irak – sans faire aucune victime. D’autre part, en juin 2025, alors que l’on s’attendait à des représailles importantes après la guerre de douze jours qui avait détruit une partie au moins de l’arsenal nucléaire iranien, il y a bien eu quelques salves iraniennes lancées sur Israël, mais les marchés ne se sont pas vraiment inquiétés des possibles conséquences sur l’approvisionnement en pétrole et en gaz.

Comment reprendre la main ?

Mais cette fois, l’assassinat dans la première heure du conflit de leur leader politique et religieux a montré aux tenants du régime iranien que leur survie était en jeu. Ils ont commencé à riposter par des salves de missiles sur Israël – ce qui était prévu – mais aussi par d’autres salves de missiles et de drones sur les bases américaines des émirats et d’Arabie saoudite, sur des raffineries, des installations touristiques et des aéroports.

Enfin, et c’est là où le problème est devenu crucial : ils ont fait en sorte d’interdire le passage dans le détroit d’Ormuz, ce couloir maritime d’une quinzaine de milles nautiques par où transitent plus de 20 % du trafic pétrolier et gazier, attaquant des cargos et deux pétroliers – dont les incendies spectaculaires servent de décor à tous les plateaux télévisés depuis 48 heures.

Réponse immédiate : le prix du baril de pétrole a presque doublé en quelques jours, franchissant la barre des 100 dollars. Un seuil qui n’est pas près de redescendre, si l’on en croit le nouveau maître de l’Iran, Mojtaba Khamenei qui, dans sa première déclaration, lue jeudi 12 mars par une journaliste, a annoncé que l’Iran se vengerait et ferait tout pour maintenir le détroit d’Ormuz fermé.

Si Donald Trump veut reprendre la main, la balle est donc dans son camp. Ceux qui l’ont vu récemment disent qu’il n’a pour le moment pas d’autre solution que de conseiller aux commandants de pétroliers « d’en avoir dans le pantalon » – selon son langage châtié habituel – et de faire route dans le détroit. « Nos bateaux sont comme des canards attendant le coup de fusil », a fait remarquer l’un des armateurs, désabusé.

La plupart des experts militaires disent que la seule manière de reprendre le contrôle des opérations est d’envoyer des forces spéciales pour sécuriser le détroit. Ce à quoi le président des États-Unis répugne. Lui qui préfère la guerre quand elle est faite à 10 000 mètres d’altitude…

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