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Comment expliquer la surprenante volte-face de Donald Trump sur l’Iran

Comment expliquer la surprenante volte-face de Donald Trump sur l’Iran

Le président américain, qui annonçait une action imminente contre la République islamique mardi, a cette fois repris le discours du régime iranien pour justifier son attentisme.

La riposte de Donald Trump face à la répression des manifestants iraniens par le régime était annoncée comme imminente. « Continuez à manifester. Prenez le contrôle de vos institutions. Beaucoup d’aide est en route », avait écrit mardi le président américain sur son réseau Truth Social. Depuis le début du mouvement de révolte en Iran, le 28 décembre dernier, le locataire de la Maison-Blanche a menacé à plusieurs reprises la République islamique de frappes en réponse au bain de sang, qui a fait au moins 3 428 morts, selon l’ONG Iran Human Rights, basée à Oslo.

D’après le New York Times, Donald Trump envisageait sérieusement d’autoriser des frappes aériennes contre des sites militaires, mais aussi civils, en Iran. En prévision des représailles iraniennes, les États-Unis avaient même évacué une partie des soldats de sa base d’Al-Udeid, au Qatar, sa plus grosse emprise militaire dans la région, tandis que l’Iran avait fermé mercredi soir son espace aérien. Mais voilà, alors que le monde entier débattait déjà des conséquences pour le Moyen-Orient – et au-delà – de l’opération américaine en Iran, le président américain a subitement changé de discours.

Depuis le Bureau ovale de la Maison-Blanche, Trump a semblé faire machine arrière, reprenant mot pour mot la rhétorique du régime iranien. « Ils [les dirigeants iraniens] ont dit que des gens leur tiraient dessus avec des armes et qu’ils répondaient par des tirs », a-t-il déclaré au sujet de la féroce répression qui s’abat sur les protestataires depuis plus de deux semaines. « Nous avons été informés par des sources très importantes de l’autre côté, et elles ont dit que les tueries ont pris fin », a-t-il poursuivi, alors qu’aucun élément sur place n’indique que les forces de sécurité aient cessé de tirer sur les manifestants, même si le nombre – et la taille – des rassemblements a diminué.

L’administration américaine mise en garde

Le samedi 10 janvier, Donald Trump avait annoncé à bord d’Air Force One avoir été contacté par des responsables iraniens soucieux de négocier avec les États-Unis pour éviter des frappes militaires. Le même jour, Badr Al Busaidi, le ministre des Affaires étrangères du sultanat d’Oman, traditionnel intermédiaire entre les États-Unis et l’Iran, se trouvait à Téhéran pour rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, le président Massoud Pezeshkian et le chef du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Larijani, afin d’éviter une escalade. D’après nos informations, des contacts directs ont également été établis par téléphone entre le chef de la diplomatie iranienne et Steve Witkoff, l’envoyé spécial du président américain.

Côté iranien, la préoccupation principale consistait à éviter de voir des centres névralgiques de la République islamique être visés par des bombardements américains, de nature à affaiblir les fondations du régime sans pour autant pouvoir le renverser, mais aussi à alimenter le chaos actuel en Iran tout en revigorant la mobilisation des manifestants. Aux États-Unis, certains cercles proches du pouvoir jugent prématurée l’annonce de Donald Trump sur de possibles frappes en Iran, voire contre-productive, le régime pouvant en profiter pour réprimer d’autant plus toute voix contestatrice à l’intérieur du pays au nom de la guerre contre le « grand satan » américain.

L’administration Trump a également été mise en garde par plusieurs alliés des États-Unis dans la région, dont l’Arabie saoudite, qui l’a avertie contre les risques d’une opération américaine qui pourrait enflammer la région, et dont ils pourraient être les premières victimes en cas de riposte militaire iranienne. En Israël, l’armée s’était mise en état d’alerte et la population était avertie face aux risques de frappes de Téhéran.

À y regarder de plus près, au cours des 48 dernières heures, les réactions américaines se sont concentrées sur le sort d’Erfan Soltani, manifestant de 26 ans dont l’exécution en Iran était programmée le 14 janvier, selon un message en persan du Département d’État. La veille, Donald Trump avait lui-même menacé la République islamique sur la chaîne CBS d’une action « très forte » s’ils pendaient le contestataire. Or, la mise à mort du jeune homme, annoncée comme imminente par les ONG iraniennes de défense des droits de l’homme mercredi, n’a finalement pas eu lieu. Et le soir même, à Washington, le président américain s’est félicité que les exécutions de manifestants n’aient « pas lieu ».

Comme Barack Obama

Au même moment, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi répétait la même chose dans une interview à Fox News, la chaîne préférée du pensionnaire de la Maison-Blanche, offrant une porte de sortie de crise inespérée entre les deux pays. À en croire le chef de la diplomatie iranienne, « le calme règne » désormais dans le pays et les autorités auraient le « contrôle total » de la situation.

Le recul de Donald Trump sur l’Iran rappelle l’épisode houleux de la volte-face de Barack Obama en Syrie, qui avait menacé en 2013 de frapper le régime de Bachar el-Assad en cas d’utilisation d’armes chimiques, mais s’était abstenu au dernier moment malgré les massacres chimiques avérés de la Ghouta au mois d’août de cette même année. Ironie du sort, le président américain a toujours voulu se démarquer de son prédécesseur démocrate sur le dossier iranien, en déchirant par exemple l’accord sur le nucléaire de 2015. En Iran, où les manifestants, esseulés et coupés du monde, continuent à être massacrés, la déception est d’autant plus grande alors que beaucoup espéraient une intervention américaine pour mettre fin au bain de sang en cours.

Ce jeudi, l’espace aérien iranien a été rouvert par les autorités, écartant pour l’heure le risque de frappes immédiates. Mais signe que Donald Trump reste imprévisible, le milliardaire américain a assuré depuis le Bureau ovale qu’il « observera » les événements en cours en Iran pour décider de la suite à apporter. À la demande des États-Unis, le Conseil de sécurité des Nations unies, seule instance internationale pouvant légitimer l’usage de la force militaire, prévoit de se réunir ce jeudi pour un « un briefing sur la situation en Iran ».