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Comment l’armée américaine envisage de s’emparer d’Ormuz

Comment l’armée américaine envisage de s’emparer d’Ormuz

CHRONIQUE. S’il décide de passer à l’acte, Donald Trump dispose notamment d’un groupe d’assaut autour de l’USS Tripoli. Le calendrier de l’attaque reste suspendu aux choix logistiques qui seront opérés par le président américain.

L’île de Kharg est un objectif important, mais sa saisie par les forces américaines n’est pas urgente – sauf à vouloir gagner la guerre très vite – et, à la limite, son siège étroit peut éventuellement suffire pour obtenir les effets stratégiques voulus. Il n’en va pas de même pour le détroit d’Ormuz, dont l’étranglement menace l’économie mondiale. Il est donc probable qu’une éventuelle opération de saisie d’un point ou d’une zone ait d’abord lieu dans cette zone afin d’en prendre le contrôle, de retirer ce moyen de pression des mains du régime islamique et de permettre au moins aux 3 000 navires bloqués dans le golfe arabo-persique d’en sortir.

Limités dans leurs moyens et leurs ambitions par un Donald Trump qui ne voulait pas qu’on puisse qualifier cela de « nouvelle guerre au Moyen-Orient », les planificateurs américains n’avaient absolument pas prévu cette possibilité et doivent désormais l’organiser en naviguant. Un groupe d’assaut amphibie (GAE ou Amphibious Ready Group, ARG), centré autour de l’USS Tripoli, a été appelé en urgence depuis la mer du Japon. Il est désormais en place en mer d’Oman, tandis qu’un deuxième, avec l’USS Boxer, le rejoindra mi-avril. À titre de comparaison, les Américains avaient déployé six GAE avant leur offensive de 1991 contre l’Irak et trois en 2003.

Ces groupes d’assaut amphibie portent chacun un important bataillon de Marines (Marine Expeditionary Unit, MEU), avec sur le porte-hélicoptères un escadron d’hélicoptères de transport lourds et hybrides MV-22 Osprey – soit une capacité de 300 hommes par vague – escortés par des hélicoptères d’attaque AH-1 et appuyés par un escadron d’avions F-35B à décollage vertical. Les deux autres bâtiments portent de leur côté les moyens de « plager » trois vagues de 200 à 300 Marines en véhicules de combat blindés amphibies, puis, une fois la tête de plage assurée, en chalands de débarquement et enfin en aéroglisseurs pour les équipements les plus lourds.

Le commandement peut attendre de disposer des deux GAE avant d’agir et peut aussi utiliser avec eux la brigade de la 82e division aéroportée en cours de déploiement, avec probablement aussi au moins un bataillon de Rangers, tous utilisables en mode héliporté à partir d’une base temporaire dans la péninsule omanaise de Musandam ou dans les Émirats arabes unis.

Les îles dans le viseur

La zone à conquérir dans le détroit d’Ormuz est un chapelet d’îles. La plus importante et de loin, avec 1 300 km² et presque 150 000 habitants, est l’île de Qeshm, à une dizaine de kilomètres de la côte et une vingtaine de la base navale de Bandar Abbas. Elle est défendue par la 112e brigade navale des Gardiens de la Révolution, dans la ville et la base navale de Qeshm, ainsi probablement que par une brigade régulière renforcée au centre de l’île. Trois îles secondaires et arides jouxtent Qeshm du sud au nord : Hengam, Larak et Ormuz. La seule véritablement militarisée, avec un bataillon et des batteries côtières, et la plus importante, est Larak, une île volcanique de 49 km² qui commande véritablement le passage.

La prise de contrôle du détroit d’Ormuz passe donc par la saisie de Qeshm et de Larak, puis plus à l’ouest dans le golfe, par celle des petits îlots de Grande et Petite Tumb, avec des postes d’observation, et Abou Moussa, plus solidement fortifiée, avec comme à Larak un bataillon mixte antiaérien et antinavire.

L’assaut sera immanquablement préparé par plusieurs centaines de sorties aériennes visant à neutraliser les bases navales iraniennes de Jask, Bandar Sirik, Bandar Abbas et Bandar Lengeh, puis, bien sûr, les défenses anti-accès des îles visées. Cela peut prendre une semaine, voire deux, le temps de préparer l’arrivée de la 11e MEU et du groupe Boxer ainsi que le renforcement des troupes aéroportées.

Quel prix humain ?

Une fois les défenses neutralisées, on peut imaginer, le jour J, un assaut amphibie le long de deux corridors protégés à travers les couloirs de passage habituels de navigation, en direction de Larak pour par exemple la 11e MEU réduite, et sur des plages disponibles au nord-est de l’île de Qeshm pour la 31e MEU du Tripoli, en combinant héliporté et amphibie. La brigade aéroportée et les Rangers pourront aussi être utilisés pour prendre la piste aérienne au nord-ouest de Qeshm. Dès le passage dégagé, il sera possible de lancer l’autre partie de la 11e MEU en direction des îles Tumb et Abou Moussa.

La phase suivante est celle de la conquête des deux îles principales, sans doute assez longue pour Qeshm – aussi grande que l’île d’Okinawa, de terrible mémoire pour les Marines – sur laquelle il sera sans doute nécessaire d’aérotransporter tous les renforts disponibles de l’US Army.

Il faudra ensuite sécuriser la conquête contre un harcèlement permanent de tirs de roquettes et, à coup sûr, de drones, avec peut-être des tentatives de débarquement ou d’attaques de vedettes. Pour les Marines, cela signifiera passer du débarquement d’Okinawa en 1945 au siège de Khe Sanh au Vietnam en 1968, où le piège avait surtout été pour les assiégeants, immanquablement écrasés par la puissance de feu américaine. Peut-être en sera-t-il de même. Toujours est-il que les Américains auront obtenu là une victoire et un coup d’éclat, en libérant la navigation dans le détroit. S’ils le veulent, ils l’obtiendront. La seule question est : à quel prix humain ?