LETTRE DE BUCKINGHAM. En choisissant Birmingham pour accueillir les « Invictus Games », le mouton noir des Windsor a aggravé son cas auprès de son père, le roi Charles III.
Le prince Harry espérait que le choix de Birmingham pour organiser les « Invictus Games » de 2027 lui permettrait de faire d’une pierre deux coups. Impulser une action philanthropique et œcuménique en faveur de la deuxième ville du Royaume-Uni, métropole pauvre où vit la plus grande communauté musulmane hors de Londres.
Et amorcer, dans le même mouvement, un début de réconciliation avec la famille royale, en invitant son père, le roi Charles III, à inaugurer les compétitions ouvertes aux blessés de guerre, dont le duc de Sussex, qui a servi en Afghanistan dans les rangs de l’armée britannique, est à l’initiative.
Au passage, le frère du prince William entendait faire oublier l’incident de 2009 lorsqu’il avait dû présenter ses excuses pour avoir qualifié un membre de son unité militaire de « Paki » et un autre d’« Enturbanné », termes péjoratifs désignant les Pakistanais. Hélas, l’affaire est mal engagée.
Les conflits au Moyen-Orient
Les conflits au Proche-Orient – Gaza, la Cisjordanie, la guerre contre l’Iran et le Liban – sont passés par là, attisant la colère de la très puissante communauté musulmane de Birmingham. Parmi les invités des épreuves copiées sur les jeux paralympiques figure Israël. Or la présence d’anciens des « Israeli Defense Forces » (IDF) au sein de sa délégation, ne va pas manquer de provoquer des manifestations virulentes de la part de supporters propalestiniens dans ce foyer de l’islamisme britannique.
Rien n’illustre mieux le poids des fondamentalistes musulmans dans la capitale de l’ex-pays du charbon que l’interdiction faite en novembre par la police des Midlands occidentales aux fans de l’équipe de football du Maccabi Tel-Aviv, et par ricochet aux supporters juifs locaux, d’assister au match de Ligue Europa jugé « à haut risque » contre le club local d’Aston Villa. La décision, condamnée par le Premier ministre Keir Starmer, avait été basée sur de fausses informations provenant des réseaux sociaux.
En réalité, le chef de la police local, Craig Guilford, contraint depuis à la démission, avait suivi l’avis d’un « Conseil consultatif sur la sécurité » truffé de représentants des mosquées et d’imams ultras conservateurs. Dans ses précédentes attributions, la responsable de cette organisation, Joanne Roney, militante d’extrême gauche, avait fait plusieurs déclarations ouvertement antisémites dans la foulée de l’attaque perpétrée par le Hamas le 7 octobre 2023.
Une ville gangrenée par la guerre des gangs
Comment la métropole d’un million d’habitants, berceau de la Révolution industrielle anglaise, est-elle devenue un pôle de l’islam radical ? Au début des années 1990, la ville fière de ses mains noircies, symboles d’un rude labeur, était peuplée à 70 % de chrétiens de la petite classe moyenne. Aujourd’hui, la situation est totalement différente avec une population à majorité constituée de minorités déshéritées.
Birmingham compte 30 % de musulmans. Les députés et la municipalité travaillistes dominée par la gauche dure, les services sociaux et la police jouent ouvertement la carte du clientélisme électoral. Lors des dernières manifestations propalestiniennes, la virulence des slogans appelant à « l’Intifada jusqu’à la victoire », la perméabilité à l’idéologie des Frères musulmans version british et l’explosion d’un antisémitisme sans garde-fou ont attesté du bouleversement démographique et culturel à l’œuvre.
De surcroît, l’exode des classes supérieures dans les banlieues, les fermetures d’usines et les vagues de licenciements, la gabegie ainsi que les erreurs de gestion ont provoqué la faillite économique de la cité de Joseph Chamberlain. Les coupes budgétaires imposées par le gouvernement central ont accentué le sentiment d’abandon d’une ville coincée entre les deux métropoles dynamiques, Londres et Manchester. Les ghettos asiatiques, antillais et africains du centre-ville sont gangrenés par la guerre des gangs, le trafic de drogue et les agressions au couteau.
En 1989, j’avais participé à une grande enquête du « Point » en vue d’établir le classement de 50 villes européennes en matière de bien-être. Birmingham était arrivée à l’avant-dernière place. Depuis, la situation s’est dégradée.
Le roi Charles risque de bouder l’événement
« En choisissant Birmingham, Harry s’est involontairement tiré une balle dans le pied », écrit Tom Bower, dans « Betrayal » (Blink Publishing, non traduit) , son récent best-seller au vitriol consacré au couple Harry-Meghan. Il est en effet exclu que Charles III relève de sa présence une manifestation controversée et potentiellement violente alors que la royauté, au-dessus de la mêlée partisane, s’est à peine remise de l’affaire Andrew Mounbatten-Windsor.
Pour Harry, le coup est rude. Les « Invictus » sont la dernière association caritative qu’il lui reste après la perte de ses prérogatives militaires à la suite de son départ aux États-Unis, en 2021. Basée en Californie, la fondation Archewell des deux tourtereaux de Monticello souffre des exigences financières, du coût du dispositif de sécurité et du mode de vie bling-bling de ses deux fondateurs. Et le show hollywoodien hautement médiatisé du duo Sussex a éclipsé la mission humanitaire de cette institution.
« Il faut continuer à mettre en valeur le courage, la réhabilitation et la camaraderie de ceux qui ont servi leur patrie », a déclaré le prince Harry. Le dernier fils du roi Charles est contraint, pour tenter de sauver ses « Invictus Games » du naufrage médiatico-politique qui s’annonce, de faire contre mauvaise fortune bon cœur.

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