Condamné à mort début janvier, le jeune Iranien a vu sa peine annulée avant d’être libéré sous caution, dimanche. Un geste destiné à ne pas froisser Donald Trump mais qui cache l’ampleur réelle de la répression.
Son nom est sorti de l’anonymat le 12 janvier dernier. Sur son site Internet, l’organisation de défense des droits de l’homme Hengaw alerte quant au risque d’« exécution imminente » d’Erfan Soltani, un commerçant de 26 ans originaire de Karaj, à l’ouest de Téhéran.
Arrêté le 8 janvier lors d’une manifestation dans le quartier de Fardis, le jeune homme aurait été condamné à mort dans le plus grand secret, suite à un procès expéditif. D’après l’ONG, basée à Washington, il est censé être pendu mercredi 14 janvier.
Non relayée par les médias d’État en Iran, le sort d’Erfan Soltani constituait jusqu’ici le seul cas public de manifestant iranien dans le couloir de la mort. Il a pris une dimension internationale, mardi 13 janvier, lorsque l’administration Trump a repris à son compte l’information de sa condamnation.
« Erfan a été condamné à mort sans aucun processus légal ni avocat de la défense », écrit le département d’État sur son compte X en persan. « Erfan est le premier manifestant condamné à mort, mais il ne sera pas le dernier ; la vague d’exécutions contre ces manifestants a officiellement commencé. »
Exécutions massives à huis clos
Pourtant, en Iran, aucune condamnation à mort n’avait jusqu’alors été officiellement prononcée. Le 13 janvier, le bureau du procureur de Téhéran s’est cantonné à annoncer qu’un nombre indéterminé d’« émeutiers » seraient « bientôt présentés à la justice », où ils seraient poursuivis pour « moharebeh » (guerre contre Dieu), un chef d’accusation passible de la peine de mort.
Toutefois, l’ONG de défense des droits de l’homme Iran Human Rights, basée en Norvège, avait mis en garde contre le risque de campagne d’exécutions massives réalisées à huis clos.
« Erfan Soltani, comme beaucoup d’autres manifestants détenus, a reçu des menaces verbales de condamnation à mort et d’exécution, sans qu’il n’y ait de véritable procédure judiciaire », indique au Point Mahmood Amiry-Moghaddam, le directeur de l’ONG. « C’est une pratique qui s’est répandue à maintes reprises à travers le pays. » Après deux semaines de manifestations, la République islamique a bel et bien réussi à étouffer le mouvement de contestation à la faveur d’une effroyable répression.
Chorégraphie savamment orchestrée
Du jeudi 8 au dimanche 11 janvier, de 6 713 à 30 304 personnes, selon les différentes sources, ont été tuées à l’arme de guerre par les gardiens de la révolution et leurs supplétifs miliciens bassidjis. Mais s’il n’y a plus de rassemblement antirégime depuis le 11 janvier, la République islamique demeure dans le viseur de Donald Trump, qui menace Téhéran de frappes en lien avec la répression des manifestations.
« L’aide est en route », tweete le président américain le 13 janvier, en exhortant les Iraniens à « continue[r] à manifester ». Le soir même, dans une interview à la chaîne CBS, le pensionnaire de la Maison-Blanche lie pour la première fois la possibilité d’une intervention à l’exécution de manifestants. « Nous agirons de manière très forte s’ils font une chose pareille », insiste-t-il auprès du média américain.
Le sort d’Erfan Soltani se joue le 14 janvier. Tandis qu’aucune confirmation de son exécution ne vient d’Iran au cours de la journée, que ce soit du site officiel de l’Autorité judiciaire ou de la famille du manifestant, Donald Trump se félicite, dans la soirée, qu’« aucune exécution » ne soit « prévue » en Iran, reprenant mot pour mot l’argumentaire du régime.
Au même moment, dans une chorégraphie savamment orchestrée, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi annonce, en direct sur Fox News, la chaîne préférée du président américain, qu’« aucune pendaison » n’a eu lieu en Iran, avant que la famille d’Erfan Soltani n’indique à l’ONG Hengaw que son exécution a été bel et bien « reportée ». Le lendemain, l’Autorité judiciaire a même démenti que le manifestant ait été condamné à mort, selon le site officiel Mizan.
Sous la pression de frappes
Pour justifier sa surprenante volte-face sur l’Iran, le président américain va jusqu’à annoncer avoir empêché l’exécution de… 800 manifestants en Iran. « Ils avaient prévu plus de 800 pendaisons », a-t-il fièrement assuré, vendredi 16 janvier, devant les journalistes qui l’interrogeaient sur sa décision de ne pas frapper la République islamique. « Ils n’ont pendu personne. Ils ont annulé les pendaisons. Cela a eu un grand impact. » Problème : personne, sur place, n’a jamais entendu parler de ce chiffre.
Si le président américain n’a pas abandonné pour autant sa menace d’intervention militaire contre l’Iran, alors qu’il a déployé dans le Golfe Persique une armada navale composée du porte-avions USS Abraham-Lincoln et de trois destroyers, il lie désormais sa décision à la conclusion d’un accord avec Téhéran sur le dossier du nucléaire.
De nouveau sous la pression de frappes, la République islamique a ordonné, ce lundi 2 février, par la voix de son président Massoud Pezeshkian, l’ouverture de pourparlers avec les États-Unis.
Des milliers de manifestants détenus ou disparus
Mais signe de sa volonté de montrer patte blanche à Donald Trump sur le sort des manifestants, l’autorité judiciaire iranienne a libéré, la veille, Erfan Soltani sous caution, a indiqué son avocat à l’Agence France-Presse, ce qu’a confirmé sa famille à l’ONG Hengaw.
« Honnêtement, l’alerte lancée par la famille d’Erfan Soltani et l’attention portée à son cas lui a sauvé la vie, réagit Mahmood Amiry-Moghaddam. Dès lors que son cas a commencé à attirer l’attention, les autorités iraniennes ont pu faire semblant qu’il existait une procédure légale, et elles affirment désormais qu’il a été libéré sous caution. »
Un cas unique qui ne saurait toutefois faire oublier le sort des milliers de manifestants toujours détenus ou disparus. « Nous disposons de nombreux témoignages faisant état de manifestants blessés, tués dans les hôpitaux et en détention, soit parce qu’on leur a refusé des soins, soit parce qu’ils ont été torturés, soit parce qu’ils ont tout simplement été exécutés », poursuit le directeur de l’ONG Human Rights in Iran. « Cette pratique est généralisée et systématique. »

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