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Congo : à 82 ans, Denis Sassou-Nguesso vise un cinquième mandat

Congo : à 82 ans, Denis Sassou-Nguesso vise un cinquième mandat

Le président congolais joue la continuité politique dans un pays où son long règne se heurte à un bilan économique et social largement défaillant.

Fin décembre, à Brazzaville, les Jardins Ben’tsi ont vécu au rythme du Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir). Pas moins de 3 000 partisans ont été choisis sur le volet pour assister au sixième congrès de l’organisation politique. Durant trois jours, il était question de tirer le bilan du mandat en cours et, bien sûr, désigné qui représentera les couleurs du PCT lors de la prochaine présidentielle qui se tiendra probablement le 22 mars 2026.

Sans surprise, le président en exercice, Denis Sassou-Nguesso a été désigné candidat. À 82 ans, il est en passe de briguer un cinquième mandat. Depuis sa première élection en 1979, il a su faire adhérer à son parti plus d’un million de Congolais dans un pays d’à peine 6 millions d’habitants.

À quelques mois de l’échéance électorale, le président, pas encore candidat, était déjà entré en campagne. Dans un ouvrage promotionnel intitulé “En toute transparence, le bilan du quinquennat 2021-2026”, présenté à la presse par son Premier ministre, Anatole Collinet Makosso quelques jours avant les fêtes de fin d’année, Denis Sassou Nguesso tire le bilan de ses réussites et dresse une trajectoire pour l’avenir.

Une croissance mitigée depuis la dernière élection

Il y présente les douze chantiers prioritaires qui ont été le leitmotiv de son quatrième mandat (2021-2026). “Ils sont économiques, sociaux, visent à renforcer la démocratie, tout en s’inscrivant dans le temps, et dans un contexte de paix”, dit-il, reprenant point par point le Plan national 2022-2026 qui voulait, “avant tout, bâtir une économie solide pour prétendre satisfaire, au mieux, les attentes sociales”. Le président se vante ainsi du retour à l’équilibre des indicateurs macroéconomiques.

La réalité est plus contrastée et correspond au contexte mondial et sous-régional incertain. Effectivement, d’après le dernier rapport sur la situation économique et financière de la République du Congo réalisé par la Banque mondiale, bien que positive pour la cinquième année consécutive, la croissance congolaise traduit les difficultés du pays à tirer profit des investissements et à sortir de la dépendance aux hydrocarbures, en déclin. Les taux de croissance depuis la dernière élection de Denis Sassou-Nguesso restent en dessous des projections économiques post-Covid. En 2020, la pandémie a entraîné une récession de 8,1 % dans le pays et la reprise sur les chapeaux de roues promise par le gouvernement a été bien plus faible que prévu : 1,5 % en 2021, 1,8 % en 2022, 2 % en 2023, 2,6 % en 2024, 2,8 % en 2025.

L’économie encore trop dépendante des hydrocarbures

Cette révision du produit intérieur brut (PIB) à la baisse est essentiellement due à la contreperformance du secteur pétrolier qui affiche une croissance négative. En 2024, la production de pétrole au Congo — pourtant premier pays pétrolier de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) — “a diminué d’ 1,7 %, marquant la quatrième année consécutive de baisse de la production”, indique l’institution de Bretton Woods. Ces mauvais résultats peuvent être dus à plusieurs facteurs qui, globalement, découlent du vieillissement des infrastructures pétrolières : “certains champs ont été confrontés à des limites techniques de torchage, ce qui a nécessité la fermeture de puits à forte production de gaz ; les interruptions de l’approvisionnement en électricité sur certains champs ont entraîné l’arrêt de puits et d’unités de production, ce qui a encore entravé la production de pétrole. En outre, la saturation du réseau d’exportation de certaines sociétés a posé des problèmes pour maintenir les niveaux de production”, observe La Banque mondiale.

Les secteurs non-pétroliers ne réussissent pas encore à contrebalancer ce déclin persistant de la contribution du secteur pétrolier à la croissance économique du pays. Mais sur ce point, de bons espoirs sont permis. Le non-pétrolier représente 47 % du PIB. Et si les exportations globales accusent une baisse à cause de la chute du prix et des exportations de pétrole, on remarque que celles du ciment et des boissons ont augmenté en moyenne de 3 %, ce qui n’est pas négligeable.

Près de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté

Aussi, durant ce mandat, un très léger enrichissement de la population a été constaté pour la première fois depuis 2016. Le revenu par habitant en pourcentage de la croissance est passé de -4 % à 3 % d’après La Banque mondiale. Mais d’après les observateurs, cette hausse ne permet pas un recul de la pauvreté, dont le taux stagne et concerne pas loin de la moitié de la population.

En cause, l’inflation qui avait atteint 4,3 % en 2023 du fait de “la déréglementation des prix du carburant, de la hausse des prix de l’électricité et du maintien des prix des importations”. En 2025, elle est toujours estimée au-dessus de la norme fixée par la Cemac de 3 %. Également, le taux de chômage élevé, estimé à 19,44 %. Il concerne près de 40 % des jeunes d’après les chiffres partagés par le ministère des Affaires sociales, de la Solidarité et de l’Action humanitaire congolais en septembre 2025. Cette situation met en lumière les limites systémiques qui empêchent une redistribution plus équitable.

Attirer les investisseurs, toujours un défi

Dans le livre, Denis Sassou-Nguesso vante également l’amélioration du climat des affaires. Il faut dire qu’en 2019, le rapport Doing Business de la Banque mondiale classait le Congo à la 180e place du classement sur 189 économies. Un programme du Fonds monétaire international (FMI) avait alors été lancé. Il a donné lieu à la mise en place de plusieurs mesures concrétisées par la création de la Haute autorité de lutte contre la corruption, la digitalisation des régies financières, la dématérialisation des procédures douanières, et par un certain nombre de réformes structurelles dans les secteurs pétrolier et forestier. Mais les investissements directs étrangers (IDE), qui ont été la source de financement externe la plus importante pour le Congo jusqu’en 2021, ont chuté drastiquement durant la pandémie mondiale et ont du mal à repartir, passant derrière l’aide au développement en 2022. Cette année-là, le Congo est le pays de la Cemac à avoir attiré le moins d’IDE en pourcentage du PIB, ce qui devrait pousser les autorités à questionner l’attractivité du pays pour les investissements étrangers, conclut un rapport du FMI datant de septembre 2024.

À l’aube d’une nouvelle campagne, les défis sont nombreux. Denis Sassou-Nguesso promet une relance fondée sur la diversification économique, de l’agriculture aux mines, en passant par l’industrialisation, le numérique ou le tourisme, sans renoncer à un secteur pétrolier en pleine réforme. Reste à savoir si ces orientations, déjà largement esquissées lors des précédents mandats, sauront cette fois se traduire en croissance inclusive et en amélioration tangible du quotidien des Congolais.