C’est un témoignage qui fragilise le Pentagone. Jeudi 4 décembre, CNN a relayé l’audition de l’amiral Frank Bradley, responsable de la frappe américaine qui a tué deux survivants d’un navire déjà visé quelques minutes plus tôt, dans la mer des Caraïbes. Sa version des faits contredit directement celle du ministre de la Défense, Pete Hegseth, qui continue d’affirmer que l’opération était justifiée parce que les survivants tentaient d’appeler des renforts et de remettre à flot le bateau qui transportait de la cocaïne vers les États-Unis.
En septembre, 11 personnes ont été tuées lors de cette opération menée en eaux internationales. La première frappe, visant un navire soupçonné de narcotrafic, a tué neuf personnes et brisé l’embarcation en deux. Deux survivants, agrippés aux débris, ont ensuite perdu la vie dans une seconde frappe autorisée par le ministre de la Défense, selon des révélations du Washington Post.
Le Pentagone avait d’abord nié avant de faire marche arrière. La Maison-Blanche a reconnu, lundi, que Pete Hegseth avait bien donné son feu vert à l’officier chargé de l’opération, l’amiral Bradley. Une décision dont la légalité est aujourd’hui questionnée, car éliminer des naufragés pourrait constituer un crime de guerre.
Face aux élus, l’amiral Bradley a enfoncé le clou en admettant que les deux survivants n’étaient pas en mesure de lancer un appel de détresse pour amener des renforts. Or, cette version était celle mise en avant par le ministère de la Défense pour justifier la seconde frappe. Selon cette version, les naufragés auraient pu appeler des renforts et poursuivre le trafic de drogue.
« La décision a été prise de les tuer »
L’amiral a expliqué avoir ordonné la deuxième frappe pour détruire les restes du navire, estimant qu’une partie flottait encore car elle contenait de la cocaïne. Une justification jugée « complètement folle » par une source parlementaire citée par CNN.
Les images de l’opération, visionnées par plusieurs parlementaires, ont renforcé la polémique. Pour le sénateur républicain Tom Cotton, les survivants tentaient de « retourner un bateau chargé de drogues » pour « rester dans le combat ». Un visionnage qui n’est pas le même pour le démocrate Jim Himes : « Tout Américain qui verra la vidéo verra l’armée américaine attaquer des marins naufragés – des méchants, oui, mais des marins naufragés. […] Ils n’étaient pas en mesure de poursuivre leur mission de quelque manière que ce soit. »
Auprès de CNN, il a ajouté : « Deux individus sans armes, sans aucun outil, accrochés à une épave… La décision a été prise de les tuer, et c’est effectivement ce qui s’est passé. C’était très difficile à regarder. » Depuis plusieurs mois, l’armée américaine multiplie les frappes contre des embarcations, notamment en mer des Caraïbes. Elles ont déjà fait 87 morts, sans que le Pentagone apporte de preuves tangibles des liens entre les cibles et le narcotrafic.

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