views 9 mins 0 comments

Jack Lang, Jean-Luc Brunel, Bruno Le Maire : que révèlent les nouveaux documents déclassifiés dans l’affaire Epstein ?

Jack Lang, Jean-Luc Brunel, Bruno Le Maire : que révèlent les nouveaux documents déclassifiés dans l’affaire Epstein ?

Parmi les trois millions de documents déclassifiés, certains révèlent l’ampleur des connexions françaises du réseau Epstein, impliquant des personnalités du monde politique et culturel.

Trois millions de pages. 2 000 vidéos. 180 000 photos. L’avalanche de nouveaux documents issus des dossiers Epstein et publiés par l’administration Trump a une nouvelle fois été scrutée à la loupe. La future reine de Norvège Mette-Marit, l’ex-ambassadeur britannique aux États-Unis Peter Mandelson, l’ex-épouse du prince déchu Andrew Sarah Ferguson… Ils contiennent de nombreux noms, qui ont connu de près ou de loin le financier pédocriminel. Outre la Franco-Britannique Ghislaine Maxwell, certaines personnalités françaises ont aussi été éclaboussées par cette nouvelle salve de fichiers.

À commencer par Caroline Lang, la fille de Jack Lang, ex-ministre de la Culture sous François Mitterrand. D’après Mediapart, celle-ci a cofondé Prytanee LLC, une société offshore dans les îles Vierges, avec le criminel en 2016, huit ans après sa première condamnation pour prostitution de mineures. Après les révélations du média d’investigation, la sexagénaire a annoncé quitter ses fonctions de déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants.

« Il m’a dit qu’il avait payé sa dette et je l’ai cru »

Elle assure avoir fait la connaissance de Jeffrey Epstein aux alentours 2012, via un couple d’amis communs (le réalisateur Woody Allen et sa compagne Soon-Yi Previn) : « Jeffrey nous a dit, à mon père et moi, qu’il voulait investir dans de jeunes artistes français et internationaux, pour les aider. Il a proposé de monter un fonds et j’ai dit oui. Je ne me suis occupée de rien. Ce sont les avocats de Jeffrey Epstein qui ont tout fait, en termes de montage », a-t-elle détaillé à Mediapart. Deux jours avant sa mort, le pédocriminel avait signé par ailleurs un testament financier dans lequel il affirmait vouloir léguer, en cas de décès, 5 millions de dollars à Caroline Lang. Elle nie en avoir eu connaissance.

Celle qui a également été à la tête de la société de production Warner Bros Television pour la France et les pays francophones, mais aussi administratrice du festival Séries Mania et membre de la commission de l’avance sur recettes du Centre national du cinéma, assure ne rien avoir su des activités pédocriminelles d’Epstein. « Un jour, il y a longtemps, il m’avait dit : “Si tu fais des recherches sur moi sur Google, peut-être que tu ne voudras plus jamais me parler”, alors je suis allée chercher et j’ai trouvé dans la presse de Floride qu’il avait été condamné pour prostitution de mineures et qu’il avait été condamné pour cela en 2008. Il m’a dit qu’il avait payé sa dette et indemnisé les victimes, et je l’ai cru », a-t-elle affirmé à Mediapart.

Des liens étroits avec Jack Lang

Son père, ancien ministre de la Culture, a également entretenu des liens avec le financier. S’il n’est visé par aucune accusation dans cette affaire, plusieurs mails attestent de leur relation. Le pédocriminel milliardaire a d’ailleurs cofinancé un documentaire lui étant consacré – avant qu’il ne soit finalement annulé avec le scandale. Il faut remonter à 2012 pour trouver les prémices de cette relation : au Point, Jack Lang a expliqué avoir « été présenté à Jeffrey Epstein par Woody Allen pour lequel il avait une adoration sans borne. L’homme nous avait charmés pour son amour pour Paris et de la culture française ». L’année suivante, le Français fait visiter à l’Américain ​​l’Institut du monde arabe.

En 2016, un avocat de l’homme d’affaires écrit : « J’ai finalement sécurisé le soutien de la famille Lang sur le dossier et les documents. » En 2017, ils échangent sur Donald Trump. En 2018, c’est Lang qui lui signe un mail « with my friendship (avec mes amitiés), Jack ». La même année, une fondation de Jeffrey Epstein verse près de 60 000 dollars à une association de proches de Jack Lang. En 2019, l’ex-ministre convoque le financier déchu aux trente ans de la pyramide du Louvre. Par ailleurs, l’homme politique s’est déjà rendu dans l’appartement du 22, avenue Foch acheté en 2001 par le trafiquant sexuel. À ce propos, le membre du Parti socialiste assure assumer « pleinement (ces) liens à une époque où rien ne laissait supposer (qu’il) pouvait être au cœur d’un réseau de criminalité ».

Jean-Luc Brunelle, le « fournisseur »

Autre personnalité citée à de nombreuses reprises : l’agent de mannequins Jean-Luc Brunel. Pire qu’une simple relation, celui-ci aurait été le « fournisseur » de filles mineures et majeures pour le réseau Epstein. L’une des victimes les plus connues de l’affaire, Virginia Giuffre, a indiqué avoir été violée à de nombreuses reprises par Jean-Luc Brunel. En 2015, elle a porté plainte contre lui, avant qu’il ne se suicide en 2022.

Le chef d’orchestre français Frédéric Chaslin, a aussi son nom dans les dossiers Jeffrey Epstein. Dans un courriel de 2013, il lui assure « avoir trouvé une fille formidable pour ton [ou votre] prochain séjour à Paris. Étudiante en philosophie. 21 ans. Elle ressemble un peu à l’épouse actuelle de [Roman] Polanski ». Lundi 2 février, il a dénoncé des « insinuations » : « Il est […] totalement inadmissible et faux d’insinuer que j’aurais “trouvé une fille” pour Jeffrey Epstein. La réalité est simple et vérifiable : il m’avait demandé de lui recommander une interprète afin de l’accompagner dans la visite de musées parisiens. »

Marine Le Pen, un ex-conseiller de Nicolas Sarkozy…

Plusieurs autres personnalités politiques sont impliquées. C’est notamment le cas de l’ancien ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire, qui a rendu visite au financier américain à New York, mais aussi de l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy Olivier Colom. Ce dernier a échangé des mails « salaces » et racistes avec le pédocriminel.

Marine Le Pen est également citée : en 2018, l’ex-stratège de Donald Trump Steve Bannon a demandé à Jeffrey Epstein des financements pour le Rassemblement national après une rencontre avec Louis Aliot – alors époux de Marine Le Pen. D’autres noms, comme celui du mathématicien Cédric Villani, qui, député de l’Essonne, a échangé des courriels avec Jeffrey Epstein en 2017, mais aussi celui de la banquière Ariane de Rothschild.