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Jerome Powell visé par une enquête criminelle : offensive judiciaire ou vengeance de Trump ?

Jerome Powell visé par une enquête criminelle : offensive judiciaire ou vengeance de Trump ?

Accusé par Donald Trump de freiner la croissance avec des taux d’intérêt trop élevés, Jerome Powell fait face à une convocation du ministère de la Justice.

Le monde commence à y être habitué : si Donald Trump ne peut pas obtenir ce qu’il souhaite, il passera par la force. Il renoue aujourd’hui avec l’une de ses cibles favorites : Jerome Powell. Le patron de la Fed (la banque centrale américaine) a annoncé, dimanche 11 janvier, avoir reçu une convocation du ministère de la Justice, pour ce qui pourrait conduire à une mise en accusation au pénal. Selon le New York Times, Jerome Powell est sous le coup d’une enquête criminelle concernant la rénovation du siège de la banque centrale à Washington.

Le bureau du procureur américain du district de Columbia se demande si Jerome Powell a menti au Congrès sur l’ampleur du projet, qui a coûté 3,1 milliards de dollars, au lieu de 2,7 milliards prévus initialement. Dans un message vidéo diffusé par la réserve fédérale, son président a qualifié l’enquête d’« inédite » et s’est interrogé sur les motivations de la démarche, tout en affirmant avoir exercé ses fonctions de président « sans crainte ni favoritisme politique ». « La menace de poursuites pénales est la conséquence du fait que la Réserve fédérale fixe les taux d’intérêt en fonction de sa meilleure évaluation de ce qui est le mieux pour le public, plutôt que de suivre les préférences du président », a-t-il ajouté.

Véritables soupçons motivés… ou simple tentative de vengeance de la part du président des États-Unis ? Les tensions entre Jerome Powell et Donald Trump ne datent pas d’hier. Le président de la Fed, nommé justement par Trump, résiste en effet à ses pressions pour baisser significativement les taux d’intérêt. Jerome Powell les a augmentés à de nombreuses reprises, notamment pour freiner une inflation particulièrement élevée après la pandémie et les plans de relance massifs. Donald Trump l’a publiquement accusé d’être « trop agressif » et l’a accusé de « tuer » la reprise économique.

« Cette menace est un prétexte »

Cette menace de poursuites pénales pourrait être motivée par le fait que le président américain, s’il nomme le dirigeant de la Fed, n’a aucun moyen légal d’influer sur les taux d’intérêt. La réserve fédérale fixe les taux en fonction de ce qu’il estime être le mieux pour les citoyens (en visant une inflation faible et un marché du travail dynamique), sans nécessairement suivre les vœux du chef du pays. Mais le sort des présidents est souvent lié à la conjoncture économique. Donald Trump voit donc la politique de Jerome Powell comme un acte politique à son encontre, et associe le ralentissement économique des États-Unis aux choix délibérés de la Fed d’augmenter les taux d’intérêt. L’inflation reste toujours au-dessus de la cible de 2%.

Interrogé sur l’enquête, Trump a déclaré à NBC News qu’il n’était pas au courant de l’enquête du procureur fédéral. « Je n’en sais rien, mais il n’est certainement pas très bon à la Réserve fédérale, ni en matière de construction », a-t-il affirmé. Depuis son retour à la Maison Blanche, le républicain a continué à maintenir la pression, traitant le président de la Fed de « nigaud » et cherchant le moyen de le licencier.

Le mandat du président de la Fed arriver à son terme en mai prochain, ce qui permettra à Donald Trump de le remplacer, potentiellement par son principal conseiller économique Kevin Hassett, qui est considéré par les analystes comme le favori. Mais le siège pourrait rester vacant « le temps que l’enquête suive son cours », a estimé le sénateur républicain Thom Tillis dans un communiqué, en assurant qu’il ne confirmerait « aucune nomination pour la Fed, y compris pour son président tant que ce point juridique ne (serait) pas pleinement réglé ».