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La seule limite au pouvoir de Donald Trump dans le monde : sa « propre morale »

La seule limite au pouvoir de Donald Trump dans le monde : sa « propre morale »

Le président américain a accordé une interview fascinante au « New York Times ». Venezuela, Groenland, Otan, Chine et Russie… Morceaux choisis.

Le monde selon Trump. On savait déjà que le président américain voyait les relations internationales et économiques comme un jeu à somme nulle. Une vision brutale du rapport de force inculquée par son père, qui n’obéit qu’à la loi du plus fort, dans laquelle il ne peut y avoir qu’un gagnant et des perdants. Où, si l’on n’est pas un killer, on est forcément un loser.

Ce règne de la puissance, Donald Trump en a fait la démonstration en capturant Nicolas Maduro au Venezuela puis en déclarant qu’il prenait le contrôle du pays, dans un revival de la doctrine Monroe, ou plutôt, la doctrine « Donroe ». Selon la nouvelle Stratégie de sécurité nationale, « la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question ».

Jusqu’où ira-t-il, se demandent ses alliés, alors qu’il lorgne sur le Groenland ? Existe-t-il une limite à son pouvoir dans le monde ? Il livre la réponse dans un long entretien accordé mercredi 7 janvier au New York Times : « Oui, il y a une chose. Ma propre morale. Mon esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter. »

« Je n’ai pas besoin du droit international »

Dans le Bureau ovale, Donald Trump est assis à son Resolute desk sur lequel trône un modèle réduit de bombardier B2 – comme ceux qui ont largué 12 bombes « bunker busters » sur le site nucléaire de Fordo en Iran, en juin dernier. Face à lui, quatre journalistes du New York Times le mitraillent de questions pendant plus de deux heures. À 79 ans, le locataire de la Maison-Blanche semble vouloir montrer que contrairement à Joe Biden, il ne se terre pas et ne refuse pas le débat.

« Je n’ai pas besoin du droit international », leur répond le président américain. « Je ne cherche pas à faire de mal à qui que ce soit. » Son administration ne doit-elle pas « se conformer au droit international ? », insistent les journalistes. « Si », répond Donald Trump, ajoutant aussitôt : « Tout dépend de votre définition du droit international. »

Il veut être propriétaire du Groenland

Sa porte-parole, Karoline Leavitt, a assuré que toutes les options étaient sur la table pour le Groenland, y compris utiliser l’armée. Son conseiller Stephen Miller a également donné dans la surenchère sur CNN, répondant au journaliste Jake Tapper : « Nous vivons dans un monde régi par la force, régi par la contrainte, régi par le pouvoir. Personne ne va affronter militairement les États-Unis pour l’avenir du Groenland. » Depuis, le secrétaire Marco Rubio a arrondi les angles en affirmant que Washington privilégiait un rachat à une invasion.

Donald Trump le confirme au Times : il veut devenir « propriétaire » du territoire. Pourquoi a-t-il besoin de le posséder ? « J’estime que c’est ce qui est psychologiquement nécessaire pour réussir. […] La propriété vous donne des leviers et des éléments que vous n’obtenez pas simplement en signant un document » comme un bail ou un traité, détaille l’ancien développeur immobilier.

Interrogé sur sa priorité entre obtenir le Groenland ou préserver l’Otan, le président américain botte en touche tout en reconnaissant qu’il pourrait être amené à faire ce « choix ». Il se félicite d’avoir contraint les pays alliés à consacrer au moins 5 % de leur PIB à leurs dépenses de sécurité d’ici 2035. « Mais si vous regardez l’Otan, je peux vous dire que la Russie ne se soucie absolument d’aucun autre pays que de nous. » Il ajoute : « J’ai été très loyal envers l’Europe. J’ai fait du bon travail. Sans moi, la Russie contrôlerait aujourd’hui toute l’Ukraine. »

Selon lui, Xi Jinping n’osera pas envahir Taïwan

Le président américain semble balayer l’idée que ses actions vont légitimer l’impérialisme de Vladimir Poutine et de Xi Jinping. Il assure que le Venezuela représentait une « vraie menace » en envoyant « de la drogue […] et des criminels » aux États-Unis, et que la situation entre la Chine et Taïwan n’est pas comparable.

Pékin affirme pourtant que Taïwan représente une menace séparatiste existentielle, lui rétorquent les journalistes. Réponse : « C’est à lui de décider ce qu’il fera. Je lui ai fait savoir que je serais très mécontent s’il faisait cela. » Donald Trump n’en démord pas : le dirigeant chinois n’osera envahir Taïwan… dans l’immédiat : « Il pourrait le faire lorsque nous aurons un autre président, mais je ne pense pas qu’il le fera tant que je serai président. » Réponse dans trois ans.