Sous l’ombre portée de la Chine de Xi Jinping, Taïwan muscle sa posture stratégique. Lorsque, le 10 octobre 2025, William Lai s’exprime pour la Fête nationale, le président taïwanais veut marquer une rupture. Le budget de la défense franchira, dès cette année, la barre des 3 % du PIB, et l’île engagera la mise au point d’un « bouclier » intégral contre les menaces venues du continent. Un édifice baptisé T-Dome, inspiré des modèles israélien et américain. « Nous nous inspirerons de l’Iron Dome israélien et du Golden Dome américain pour créer le T-Dome et établir un système de défense aérienne robuste », peut-on lire sur le site officiel de la République taïwanaise.
Cette annonce survient alors que Pékin, revendiquant la souveraineté sur Taïwan, multiplie exercices et incursions, semant un climat de pression constante. D’où la volonté de forger un véritable « filet de sécurité » technologique, selon l’expression du président Lai Ching-te (nom chinois de William Lai). Le gouvernement entend ainsi accroître de 40 milliards de dollars (34,5 milliards d’euros) ses dépenses militaires sur huit ans, en partie pour financer ce système anti-aérien intégré. Une initiative qui, par son ampleur, rejoint la courte liste des grands « dômes » de protection dans le monde.
Plus qu’un Dôme de fer local
Le T-Dome se distingue pourtant de son cousin israélien. Pour l’analyste J. Michael Cole, cité par Le Parisien, il devra affronter « un éventail de menaces bien plus large », quand l’Iron Dome se concentre sur les projectiles à courte portée. Les cibles potentielles incluent, selon lui, « l’aviation de l’armée chinoise, des missiles balistiques et de croisière, et, de plus en plus, des drones ».
Taïwan dispose déjà de systèmes avancés – Sky Bow indigènes, batteries Patriot américaines – mais le T-Dome vise à les fédérer grâce à un réseau cohérent de radars, de capteurs et d’outils de commande sophistiqués. Deux couches constitueront l’ossature de ce dispositif : un niveau de planification stratégique et un autre destiné à « abattre les menaces en approche ».
La maturation du T-Dome dépendra toutefois de plusieurs facteurs, notamment du calendrier de livraison des composants américains, dont certains accusent des retards de plusieurs années. La proposition budgétaire du ministère de la Défense recense des besoins précis : artillerie de haute précision, missiles antibalistiques et antiblindage, capacités longue portée, drones, ainsi qu’une panoplie de technologies de détection avancée.
Un Parlement à convaincre
L’autre obstacle est politique. Dominé par le Kuomintang et le Parti du peuple, formations plus enclines à un rapprochement avec Pékin, le Parlement contrôle les finances et pourrait freiner l’effort voulu par l’exécutif. Lai Ching-te a néanmoins fixé sa trajectoire : atteindre un « haut niveau de préparation » dès 2027, horizon que plusieurs responsables américains considèrent comme plausible pour une offensive chinoise.
Au-delà de son périmètre national, le T-Dome pourrait s’insérer dans une architecture régionale plus vaste. Taïpei espère en effet créer des synergies avec le projet américain Golden Dome, ainsi qu’avec les dispositifs de détection satellitaire et terrestre déployés par les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud.
À LIRE AUSSI Donald Trump aura-t-il son « dôme de fer » ? Une idée qui n’a rien de nouveau, comme le précise la Fondation pour la recherche stratégique : dès 2011, Alexander Huang, aujourd’hui directeur des affaires internationales du KMT, plaidait déjà pour un réseau d’alerte avancée, « dirigé par les États-Unis en coordination avec le Japon, la Corée du Sud, et Taïwan ».

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