Rien ne semble pouvoir stopper un président américain déchaîné. Mais les élections de la mi-mandat de novembre s’annoncent difficiles pour les républicains à la Chambre. Économie, popularité : les signaux sont au rouge.
Depuis un an, la tempête Trump déferle sur les États-Unis et sur le monde tel un ouragan de force 5, secouant les institutions américaines et les alliances internationales. En douze mois, le président américain, qui dispose du « trifecta » Maison-Blanche, Chambre et Sénat, a repoussé les limites du pouvoir exécutif face à des démocrates impuissants, à peine freiné par une justice débordée. Tout pourrait changer le 3 novembre prochain lors des élections de la mi-mandat.
Midterms, un vote sanction
Les Américains sont comme les Français : ils sont presque toujours mécontents du pouvoir en place. Historiquement, les midterms font donc office de correction, particulièrement à la Chambre qui est renouvelée en intégralité. Sur les huit derniers scrutins, depuis 1994, le parti installé à la Maison-Blanche a reculé six fois, perdant en moyenne 25 sièges.
En 2010, Barack Obama et les démocrates avaient pris, selon ses mots, une « raclée » (-63 sièges). Bill Clinton avait à peine fait mieux en 1994 (-54), tout comme Donald Trump lors de son premier mandat en 2018 (-41). Avec leur infime majorité actuelle de 3 sièges (218 à 213), Mike Johnson et les républicains n’ont presque aucune marge. Le carton plein des démocrates en novembre dernier dans une demi-douzaine de scrutins clés fait figure d’avertissement.
Les républicains plombés par l’économie et l’impopularité de Trump
Donald Trump avait commencé l’année dans le vert, ce qui ne lui était jamais arrivé pendant son premier mandat. Aujourd’hui, il peine à dépasser les 40 % d’opinions favorables, contre 55 % de mécontents.
Une majorité d’Américains étaient optimistes sur la capacité de l’ancien businessman à juguler la fièvre inflationniste des années Covid-Biden. Un an plus tard, Donald Trump a beau répéter, comme à Davos, que « l’inflation a été vaincue », c’est loin d’être le ressenti des classes moyennes et populaires.
Si la hausse des prix a ralenti – autour de 2,7 % sur l’année – l’inflation dépasse encore les 3 % pour le logement et la nourriture. Les coûts de la santé explosent pour plus de 20 millions des Américains les plus pauvres – beaucoup en terres trumpiennes – en plein bras de fer au Congrès sur les aides à l’Affordable Care Act (« Obamacare »). Le verdict est sans appel : deux Américains sur trois sont mécontents des résultats de Donald Trump sur le « coût de la vie », selon un sondage pour le New York Times. Une majorité estime que le pays va « dans la mauvaise direction » et que leur président passe trop de temps sur les questions internationales au détriment de l’économie, selon un sondage pour le Wall Street Journal.
« L’histoire a montré que conserver la Chambre est difficile dans n’importe quelle circonstance. Avec ces chiffres de Donald Trump, c’est encore plus compliqué », juge Doug Heye, ancien porte-parole du parti républicain. Chez les parieurs sur le site Polymarket, 79 % misent sur une victoire démocrate. « Les démocrates feraient mieux de ne pas prédire de vague à 10 mois du scrutin », tempère Heye. Qui rappelle qu’en 2022, le tsunami républicain annoncé s’était finalement transformé en vaguelette.
Au Sénat, une carte favorable aux républicains
Au Sénat, où seulement un tiers des sièges (35) sont renouvelés, la mission s’annonce beaucoup plus difficile pour les démocrates. Ils ont besoin d’en reprendre 4 parmi les 22 contrôlés par les républicains. Problème : 21 sont des États remportés par Donald Trump. Les cibles potentielles sont donc limitées : le Maine, la Caroline du Nord, et potentiellement l’Alaska et l’Ohio. Dans le même temps, les démocrates devront réaliser un carton plein dans les 13 États qu’ils défendent. Le sortant Jon Ossoff aura fort à faire en Géorgie et le Michigan s’annonce également disputé.
Si l’élection se tenait aujourd’hui, les républicains seraient favoris. Le scénario le plus probable à ce stade est donc celui d’un Congrès partagé. En étant majoritaires à la Chambre, les démocrates pourraient faire de l’obstruction comme les républicains sous Obama, notamment sur le budget, mais ils retrouveraient également leur pouvoir d’enquête et d’impeachment. Avec le Sénat, les républicains pourraient en revanche continuer de confirmer des juges conservateurs, et facilement protéger Donald Trump lors d’un potentiel procès en destitution. Le président américain, lui, conserverait de vastes pouvoirs pour gouverner par décrets (contrôle de l’administration fédérale, de l’immigration, du maintien de l’ordre et des forces armées).
Reste une inconnue : l’Amérique, qui va fêter ses 250 ans en juillet, aura-t-elle droit à des élections « free and fair » (« libres et justes ») ? Donald Trump a lancé la guerre du redécoupage électoral au Texas, à laquelle la Californie a répondu. Il a tenté de restreindre le vote par correspondance par un décret dont l’application a été bloquée par la justice de plusieurs États – la Cour suprême pourrait cependant encore modifier les règles sur les bulletins reçus après le 3 novembre. Verra-t-on des agents de la police de l’immigration ou des militaires de la garde nationale le jour de l’élection ? Dans une interview au New York Times, début janvier, Donald Trump a exprimé un regret : ne pas avoir fait saisir les machines à voter par l’armée lors de la présidentielle de 2020.

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