En évinçant les généraux récalcitrants, le président chinois renforce son emprise sur l’armée. Une stratégie qui pourrait sembler rassurante à l’Occident, mais qui cache un risque majeur.
Donald Trump envahit le Venezuela, menace le Groenland, Vladimir Poutine continue sa guerre d’usure en Ukraine, les Iraniens se révoltent contre le pouvoir en place, au prix des milliers de vies…. Et pendant ce temps, Xi Jinping règne toujours en maître sur la Chine. Comme le rapporte The Economist, citant un porte-parole chinois, « dans un monde incertain, la Chine est la plus grande certitude ». Et pourtant, la situation politique de ces derniers mois se révèle tout sauf stable. L’heure est à la purge, et l’Occident ferait bien de s’en inquiéter.
Le 24 janvier, le ministère de la Défense a annoncé que le plus haut gradé de l’armée, Zhang Youxia, et un autre général de haut rang, Liu Zhenli, faisaient l’objet d’une enquête pour manquement à la discipline. Déjà, en octobre 2025, le numéro 3 des armées chinoises avait été évincé pour corruption, à quelques jours du plénum du Comité central du Parti communiste. 37 des 205 membres permanents du Comité central étaient absents, probablement sous enquête. Depuis ce moment politique très important, Xi Jinping a considérablement renforcé son influence sur les élites politiques du pays.
En 2025, les autorités chinoises ont enquêté sur plus d’un million de personnes pour corruption et déviation politique, 60 % de plus qu’en 2023 et un record depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, en 2012. La purge touche également les échelons inférieurs et terrorise les membres du parti. Sur le papier, l’Occident pourrait avoir de quoi se réjouir de voir l’Armée populaire de libération (APL) s’affaiblir.
Plus rien à perdre à un an du congrès du Parti communiste
Mais en réalité, la purge opérée par Xi Jinping pourrait finir par la rendre plus performante et relancer ce que les autorités américaines craignent : une invasion de Taïwan en 2027. Si le président chinois mettait à la tête du haut commandement de l’APL des personnes plus serviles, moins enclines à stopper ses ardeurs belliqueuses, que se passerait-il pour Taïwan ? Ces hauts gradés auraient-ils le courage de lui faire comprendre qu’il pourrait s’exposer à de forts risques en cas d’invasion ?
La région maritime qui entoure la Chine est très instable et disputée et le détroit de Taïwan est un point de tension permanent. Des navires de guerre américains comme occidentaux patrouillent dans la zone. Xi Jinping est sans nul doute conscient des limites d’une campagne militaire, refroidi par l’échec de celle menée par Vladimir Poutine en Ukraine.
Le congrès du Parti communiste chinois (PCC), l’an prochain, sera l’occasion pour lui de souligner son intention de prolonger son règne. À 72 ans, la mort approchant et au sommet de son pouvoir, il n’a plus rien à perdre. C’est peut-être ce que l’Occident a de pire à craindre.

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