Karen Newton, 65 ans, a été arrêtée par la police de l’immigration en 2025 alors qu’elle était en vacances aux États-Unis avec un visa en règle et sans le moindre antécédent judiciaire.
Le calvaire de ce couple de touristes britanniques commence à la frontière canadienne le 26 septembre 2025. Après un long périple à travers plusieurs États américains, Karen Newton, 65 ans et son mari Bill, 66 ans, qui ne disposent pas de documents suffisants pour faire entrer leur véhicule au Canada, sont refoulés par les autorités du pays.
Le couple est alors présenté aux agents frontaliers américains, comme le raconte Karen au Guardian. Si le visa de Bill a expiré, le sien reste valide. Pourtant les agents les retiennent tous les deux durant des heures. « C’était effrayant, raconte-t-elle au journal britannique. On ne savait pas ce qui allait se passer ». Les sexagénaires sont menottés aux poignets, à la taille et aux chevilles.
Puis un interminable transfert nocturne les conduit à un poste frontalier du Montana, où ils passent trois jours dans une cellule sans lit, dormant sur un matelas au sol sous des couvertures de survie.
Le couple est ensuite emmené, dans ce que Karen appelle un « fourgon pénitentiaire », vers le centre de détention de l’ICE de Tacoma, dans le nord-ouest des États-Unis. Séparée de son mari, la Britannique se retrouve dans un lieu qu’elle qualifie de prison : les portes sont verrouillées, les meubles sont boulonnés, les lumières sont allumées en permanence et il n’y a aucune fenêtre. On lui remet un sweat-shirt gris, un pantalon de jogging, une carte d’identité et un bracelet électronique.
Une prime pour chaque arrestation
À cause de son vertige et de son âge, elle refuse le lit du haut ; la gardienne lui répond sèchement qu’elle en a assez de « ces conneries » et la laisse dormir par terre sur un matelas mince pendant un mois. Du fait de ces conditions précaires, la sexagénaire souffre de douleurs aux hanches et au dos, ainsi que d’une constipation persistante par peur d’utiliser les toilettes ouvertes.
Dans cet univers sans repères temporels, Karen perd complètement la notion du temps. Pour s’occuper, elle fait des puzzles et lit des livres mis à disposition, mais reste souvent à l’écart : la majorité des détenues ne parle pas anglais. Celles qui le font racontent des histoires poignantes de familles brisées, de mères séparées de leurs enfants, de personnes installées aux États-Unis depuis des décennies et détenues depuis plus d’un an.
Plusieurs gardiens lui confient spontanément la même information : les agents ICE touchent une prime pour chaque arrestation. « Les agents de l’ICE sont payés individuellement pour chaque personne arrêtée ; c’est ce que m’ont dit les gardiens », rapporte Karen. De son côté, l’ICE dément formellement toute rémunération liée au nombre d’interpellations.
Des quotas renforcés
Le cas de Karen est loin d’être isolé. Depuis la seconde investiture de Donald Trump, le 20 janvier 2025, l’administration impose des quotas d’arrestations quotidiens (1 200 à 1 500 personnes par jour). Le budget de l’ICE a bondi à 85 milliards de dollars ; les nouvelles recrues peuvent toucher jusqu’à 50 000 dollars de prime d’embauche, explique The Guardian.
D’autres touristes ont fait les frais de cette politique migratoire : une touriste allemande a été détenue quarante-cinq jours, une Britannique voyageant en sac à dos durant dix-neuf jours, une Canadienne pendant deux semaines, une Néo-Zélandaise et son fils de six ans ont été retenus durant trois semaines.
Un Français, dont le visa de travail n’avait pas été renouvelé, avait également été arrêté en mars 2025 à la frontière canadienne et transféré par l’ICE au centre de rétention de Batavia, près de Buffalo (New York). « C’était une prison, avec à peu près 80 personnes par bloc », avait-il raconté à franceinfo. « Les premiers jours, j’ai dormi par terre. Ce sont des toilettes ouvertes, des douches ouvertes… » Grâce à son avocat, il fut libéré au bout de trente jours, amaigri de 7 kg et interdit de territoire pendant cinq ans.
Pour hâter leur libération, Karen et Bill ont signé un départ volontaire sous le « Projet Homecoming », qui prévoit l’achat de leur billet d’avion retour par l’État, une prime de 1 000 dollars (portée à 2 600 dollars en 2026) et une interdiction d’entrée aux États-Unis pendant dix ans. Les Newton avaient pourtant proposé, dès leur arrestation, d’acheter sur le champ leur billet d’avion pour rentrer au Royaume-Uni. En vain.
Quarante-deux jours après, le 6 novembre 2025, le couple est conduit à l’aéroport de Seattle-Tacoma encore menotté. Leurs bagages sont confisqués définitivement. Karen est la seule à recevoir la prime. « N’y allez pas – pas tant que Trump est au pouvoir, avertit-elle aujourd’hui. C’est totalement hors de contrôle là-bas. Ils n’ont pas besoin de raison pour vous détenir ».
Les conséquences sur le tourisme
Le tourisme subit déjà les conséquences de la politique migratoire de Donald Trump : 4,5 millions de visites internationales en moins ont été enregistrées en 2025, dont une baisse de 15 % depuis le Royaume-Uni et jusqu’à 40 % depuis la France pour certains opérateurs, selon Valérie Boned, présidente des Entreprises du voyage interrogée par franceinfo.
À l’approche de la Coupe du monde 2026, qui se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, coorganisée avec le Canada et le Mexique (78 des 104 matchs ont lieu aux États-Unis), Tourism Economics prévoit l’arrivée d’environ 1,24 million de visiteurs internationaux. Cet afflux pourrait dynamiser l’économie de 30 à 50 milliards de dollars et générer des centaines de milliers d’emplois.
Cependant, les tensions liées à l’immigration et aux visas suscitent des inquiétudes : un visa valide n’assure plus qu’un touriste ne soit pas retenu pendant plusieurs heures, parfois sans explication. Karen met en garde : « Si ça peut m’arriver, ça peut arriver à n’importe qui. »

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