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« On se croirait dans un film de science-fiction » : Berlin frappé par une panne d’électricité géante

« On se croirait dans un film de science-fiction » : Berlin frappé par une panne d’électricité géante

Depuis cinq jours, des quartiers entiers de Berlin vivent sans électricité à la suite d’un acte de sabotage minutieusement préparé qui soulève de graves questions de sécurité.

« Depuis samedi on se croirait dans un film de science-fiction. » Emmitouflée dans son anorak Christa a tenu une nuit et une journée dans son appartement glacial éclairé à la bougie. Mais elle a fini par capituler. Sa valise à la main, elle part habiter chez des amis à l’autre bout de la ville tandis que ses voisins sont allés se réfugier dans la salle de sport d’une école aménagée à la hâte en abri temporaire.

Depuis cinq jours, des dizaines de milliers de Berlinois vivent le même cauchemar : pas d’électricité, pas de réseau pour leur téléphone portable, pas d’Internet, tous les appareils électroménagers à l’arrêt et le plus souvent pas de chauffage alors que la capitale est couverte de neige et qu’il fait un froid glacial. La nuit, les beaux quartiers du sud-ouest de la ville sont plongés dans l’obscurité. Pas un lampadaire, pas un feu de signalisation, pas un néon dans les vitrines des magasins, pas une lumière aux fenêtres.

Les systèmes d’alarme ne fonctionnent pas et la police a intensifié ses patrouilles pour éviter les cambriolages. Stromnetz, l’opérateur du réseau électrique de Berlin, espère que l’ensemble du réseau fonctionnera à nouveau normalement d’ici jeudi. Ce mardi encore, quatre jours après le début du black-out, près de 30 000 foyers et des dizaines d’entreprises et d’écoles étaient privés d’électricité.

La sécurité des infrastructures en question

À l’origine de cette gigantesque panne, un acte de sabotage. Un câble à haute tension passant sur un pont suspendu, enjambant un canal non loin de la centrale électrique de Lichterfelde, a été incendié par des inconnus dans la nuit de vendredi à samedi. De toute évidence, les responsables de ce sabotage n’ont pas agi au hasard. Ils semblaient être très bien informés. En choisissant ce point névralgique ils savaient pertinemment qu’ils parviendraient à paralyser une partie de la ville.

Depuis, les questions fusent de toutes parts : comment se peut-il qu’un simple câble incendié provoque des dégâts d’une telle ampleur ? L’Allemagne est inquiète. Comment ce spectaculaire black-out a-t-il pu se produire ? Pourquoi un système de back-up pour lignes à haute tension n’avait-il pas été mis en place ? Les infrastructures vitales sont-elles suffisamment protégées ? Les Allemands sont-ils à ce point vulnérables en ces temps déjà si anxiogènes ? Et qu’en est-il de la résilience du réseau électrique en cas d’attaque russe ?

L’acte de sabotage a été revendiqué par une organisation d’extrême gauche baptisée Vulkangruppe (Groupe Volcan). Fichée depuis 2011 par les renseignements allemands, Vulkangruppe est spécialisée dans les incendies criminels visant des infrastructures. Les membres de cette nébuleuse d’extrême gauche anarchiste n’ont jamais pu être identifiés. Dans un post sur un réseau d’extrême gauche, Vulkangruppe revendique un « acte d’autodéfense » contre la destruction du climat, la numérisation, l’intelligence artificielle, l’industrie de l’armement et les structures économiques capitalistes. S’excusant auprès des habitants les moins aisés des quartiers affectés, l’organisation claironne n’avoir que peu de pitié pour les riches propriétaires des villas du Sud-Ouest berlinois. Les enquêteurs estiment que cette lettre est authentique et confirment : tout indique que les responsables de ce sabotage avaient très bien préparé leur action et qu’ils ont utilisé des documents accessibles au public pour planifier leur action.

Pas un fait isolé

Tandis que le maire de la capitale allemande Kai Wegner n’hésite pas à parler d’ « acte de terrorisme », la ministre de l’économie du Land de Berlin Franziska Giffey est immédiatement montée au créneau pour réclamer une protection renforcée des données sensibles renseignant sur les infrastructures de la ville. Une multitude d’informations sont en effet accessibles sur Internet. Chacun peut y consulter facilement un plan détaillé du réseau électrique de la capitale et déterminer l’emplacement précis des câbles et lignes à haute tension particulièrement vulnérables. Si 99 % du réseau électrique est souterrain, certains câbles circulent en surface, en particulier ceux qui passent au-dessus des cours d’eau comme c’est le cas de celui qui a été incendié. Franziska Giffey souhaite que dorénavant « la sécurité passe avant la transparence ». Elle s’engage aussi à accroître la protection des zones névralgiques.

L’inquiétude est d’autant plus grande que ce n’est pas la première fois que le réseau berlinois est touché. En septembre dernier, un incendie avait paralysé le parc technologique d’Adlershof et, en mars 2024, un autre incendie sur un pylône électrique avait paralysé les usines Tesla près de Berlin. Quant à la rumeur qui circule sur les réseaux sociaux dénonçant, derrière le « pseudo Vulkangruppe », une attaque russe, elle n’est pas prise au sérieux par les enquêteurs. Ni les experts indépendants ni la police ne croient à une opération de sabotage de services secrets étrangers.