Le loup est entré dans la bergerie, et il ne va pas faire de quartier. Début décembre, l’Usaid, l’agence des États-Unis pour le développement international, déjà largement décimée, a vu débarquer à sa tête celui qui pourrait bien être son bourreau : Mike Benz. En effet, cet influenceur d’extrême droite, selon The Atlantic, s’est fait connaître comme celui qui souhaite corps et âme mettre fin à cette agence.
Pour cela, il n’hésite pas à colporter des informations extravagantes à propos de l’Usaid, la décrivant comme une organisation terroriste ou une opération d’espionnage. Selon lui, elle « est tristement célèbre pour financer les projets les plus sombres, les plus controversés et les plus terrifiants que l’humanité ait jamais connus ». Cette agence fournit de la nourriture, des médicaments ou encore l’accès à l’eau potable aux régions les plus défavorisées du monde.
Créée en 1961 par John Fitzgerald Kennedy, elle disposait en 2023 d’un budget de 42 milliards de dollars (38 milliards d’euros), dont 37 milliards consacrés directement à l’aide internationale. Ses dépenses ont particulièrement augmenté avec le soutien américain à l’Ukraine, mais elle a toujours été le plus gros contributeur à l’aide au développement dans le monde.
Les « révolutions de couleur »
Mais le retour au pouvoir de Donald Trump a sonné le glas de cette manne financière colossale. En 2025, le budget n’a pas dépassé les 9 milliards de dollars, soit une réduction de près de 30 milliards de dollars par rapport à 2023. La mission qui incombe à Mike Benz, désormais, est d’achever l’agence en fouillant dans les archives pour prouver ses allégations concernant l’influence néfaste de l’Usaid. Il est obsédé par les communications entre les membres du personnel après l’élection de 2024 qui, selon lui, recèlent la clé des agissements répréhensibles de l’agence.
Il souhaite par exemple prouver que l’organisme a incité à des « révolutions de couleur », une expression souvent utilisée par le président russe Vladimir Poutine pour décrire la supposée influence occidentale sur les soulèvements populaires dans les pays de l’ex-URSS (notamment en Serbie, en Géorgie, en Ukraine ou au Kirghizistan). Il accuse également l’Usaid d’être une façade la CIA.
À LIRE AUSSI Trump II : plus fort, plus seul, plus dangereuxCertes, dans le contexte de la guerre froide, l’Usaid a parfois appuyé des opérations de l’agence, pour former des forces de police et paramilitaires de pays alliés. Une série de réformes a cherché à dissocier les initiatives de développement des activités de renseignement, mais certaines activités clandestines ont persisté. Cependant, rien ne dit que l’Usaid soit une « façade » effective de la CIA.
14 millions de personnes pourraient mourir
L’agence est très impopulaire auprès des autocraties, en raison de l’ingérence dans les affaires intérieures. Elle a notamment financé des organisations de lutte contre la corruption et des médias indépendants. « L’Usaid a déclaré la guerre sainte à tous les groupes populistes », a déclaré Mike Benz. Si l’agence n’existait pas, a-t-il affirmé, l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro serait toujours au pouvoir « et le Brésil aurait toujours un Internet libre et ouvert ».
Avant que Donald Trump ne fasse son retour à la Maison-Blanche, il a multiplié les attaques, soutenant même, dans le podcast de Joe Rogan, que « votre cerveau est trompé lorsque vous voyez l’acronyme Usaid ». « Ce n’est pas une organisation d’aide humanitaire », clame-t-il. L’Usaid, toujours selon lui, « est en réalité un intermédiaire permettant d’assister le Pentagone sur les questions de sécurité nationale, le département d’État sur les questions d’intérêt national, ou encore les services de renseignement dans le cadre d’opérations clandestines. »
Il avait alors attiré l’attention d’Elon Musk, dont le département de l’efficacité gouvernementale avait mis le personnel de l’agence en congé. Le 10 mars, six semaines après le début de l’audit, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a annoncé la suppression de 83 % des programmes. Aujourd’hui, seulement 75 personnes travaillent encore à l’Usaid, contre les 10 000 précédemment.
À LIRE AUSSI Aide au développement : le Parlement européen trébucheMais Mike Benz ne veut pas s’arrêter là. À certains de ses collègues, il estime que son statut d’employé spécial du gouvernement devrait lui permettre de s’affranchir des protocoles habituels, comme l’a fait Elon Musk. Ces derniers jours, il a écrit sur les réseaux sociaux qu’il tenait l’Usaid responsable des arrestations à motivation politique dans des pays étrangers, notamment en Moldavie, l’ancienne république soviétique voisine de l’Ukraine. Selon une étude publiée dans la revue médicale The Lancet, 14 millions de personnes pourraient mourir au cours des cinq prochaines années en raison des coupes budgétaires de l’Usaid.

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