DÉCLASSIFIÉ. Des experts Britanniques et Ukrainiens viennent de produire un texte aux allures de plan d’attaque très précis pour donner le coup de grâce à l’armée russe… sur le sol russe. Ou en tout cas réduire considérablement son arsenal.
S’il avait été endossé par l’armée britannique, ce document constituerait une sorte de déclaration de guerre à la Russie. Mais ouf… Ce texte d’une cinquantaine de pages portant sur la meilleure façon de détruire rapidement, concrètement et efficacement le potentiel de défense anti-aérienne russe a été produit par un think-tank. Certes, le Royal United Services Institute (RUSI) est une vénérable maison créée il y a deux siècles et un centre de recherche indépendant sur la défense, le renseignement et la géopolitique. Et certes, ses auteurs prennent bien le soin de rappeler que leurs propos n’engagent qu’eux-mêmes.
Mais leur document ressemble en tout point aux analyses qu’aurait pu produire la Direction du renseignement militaire français (DRM) ou son équivalent britannique (le MIS, Military Intelligence Services). Il a d’ailleurs été conçu, disent ses rédacteurs, à destination des « personnes chargées de perturber des cibles industrielles, y compris les responsables travaillant sur les sanctions, l’application des contrôles à l’exportation et le renseignement ».
Des matériels très performants
L’objet de cette étude rédigée conjointement par des Britanniques et des Ukrainiens, est assez clair. Il s’agit, ni plus ni moins, annonce le titre, de « perturber la production de la défense aérienne russe ». En clair : de rendre inopérant les systèmes de défense aérienne russes, « conçus pour protéger les infrastructures critiques, les centres de commandement et les forces sur le terrain contre un large éventail de menaces aériennes, allant des drones tactiques aux missiles de croisière et balistiques ».
La destruction de cet arsenal anti-aérien n’est absolument pas anecdotique alors que, comme les auteurs le rappellent, 80 % de la puissance de feu de l’Otan est aujourd’hui délivrée par les airs. Et les chercheurs annoncent la couleur sans nuance : « Le document cherche à mettre en évidence comment les adversaires de la Russie pourraient dégrader la qualité et la fiabilité des défenses aériennes russes, ralentir la production des systèmes clés, augmenter le coût de production et compromettre le développement futur de défenses aériennes plus performantes. »
Les experts ne fanfaronnent pas – « La Russie produit certains des systèmes de défense aérienne les plus redoutables au monde et les déploie en grand nombre », écrivent-ils. Dans leurs travaux (que l’on peut retrouver ici), ils évoquent tout autant la « sophistication technique » de l’industrie de défense aérienne russe et ses matériels extrêmement performants (S-400, systèmes de défense aérienne à courte portée SHORAD, Pantsir mais aussi et surtout les radars) que ses « vulnérabilités critiques ». Avec ce constat : même si son potentiel est impressionnant (il est largement détaillé dans l’étude), la Russie doit affronter de nombreux défis pour les maintenir en état de marche.
Les cinq défis de la défense aérienne russe
L’étude en retient cinq. Pour sa défense anti-aérienne, Moscou est dépendant aux microélectroniques étrangères, en particulier pour les systèmes de calcul haute performance. Elle doit faire face à des goulots d’étranglement dans la production de composants radar essentiels. Elle a besoin d’équipements de mesure occidentaux pour effectuer des tests d’efficacité. Ses ingénieurs sont dépendants de logiciels de conception assistée par ordinateurs et de simulation occidentaux. Or, ceux-ci sont facilement piratables car ils doivent être fréquemment modernisés par ses concepteurs installés en Euriope ou aux États-Unis. Enfin, souligne l’étude, de nombreux sites de production critiques sont concentrés dans des zones géographiques spécifiques, ce qui les rend vulnérables à des frappes cinétiques à longue portée.
Le rapport estime que pour affaiblir durablement la Russie, il conviendrait d’agir sur l’ensemble de ces faiblesses – en les accentuant par des sanctions ciblées – pour anéantir une grande partie du potentiel défensif russe et en empêcher sa modernisation. Cela empêcherait aussi la Russie de rester un partenaire crédible en matière d’exportation de tels équipements. Les experts sourcent de façon extrêmement détaillée le nom et la nationalité de chaque entreprise étrangère produisant des éléments indispensables aux Russes.
La Russie dépend également de matériaux critiques comme les stratifiés pour circuits imprimés (PCB) de la société américaine Rogers Corporation. Ces matériaux sont acheminés via des réseaux de réexportation en Chine, en Turquie, en Inde et en Lituanie. L’importateur russe LLC Electrade-M OOO joue un rôle clé dans l’approvisionnement des usines militaires russes en ces composants.
Pour effectuer leurs recherches, les auteurs confessent s’être appuyés sur de nombreuses sources (entretiens avec des opérateurs et du personnel technique effectuant des tests sur des équipements de défense aérienne russes, avec des personnes précédemment impliquées dans la chaîne d’approvisionnement, la production et la conception des défenses aériennes soviétiques et russes) ainsi que des sources ouvertes. Les chercheurs admettent aussi utiliser du matériel plus sensible : « Le document utilise un large corpus de matériaux non publics provenant d’entreprises industrielles de défense russes. En raison de la sensibilité de certaines de ces sources, l’origine de ces matériaux est souvent tenue secrète. »

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