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Pourquoi il faut voir « Amadou et Mariam, Sons du Mali » : la bande originale d’un amour, de la ville à la scène

Pourquoi il faut voir « Amadou et Mariam, Sons du Mali » : la bande originale d’un amour, de la ville à la scène

Derrière les tubes planétaires et les collaborations internationales, ce film tourné entre 2021 et 2023 par le canadien Ryan Marley retrace le parcours singulier, intime et politique, où les voix, les rythmes et les silences du duo mythique disent le Mali autant qu’ils racontent un couple.

«Ce n’est pas un documentaire sur le handicap, ni sur la musique, mais plutôt un documentaire sur une histoire d’amour », résume Ryan Marley, le réalisateur canadien. Présenté en avant-première mondiale au Festival du documentaire de Biarritz, « Amadou et Mariam, sons du Mali » sort en salle le 8 février en France. Ce film raconte une histoire d’amour, qui donne naissance à une musique qui traverse les continents. Ce couple devenu légende, Amadou et Mariam, n’est plus. Amadou est décédé brutalement le 4 avril 2025, à l’âge de 70 ans.

Capturer la magie d’Amadou et Mariam

Grâce à ce documentaire, on retrouve, Amadou à la guitare, Mariam au micro. Tous les deux écrivent, chacun à son rythme, elle, dans la nuit calme, lui, le matin. Le documentaire retrace leur vie, leur rencontre à l’Institut des jeunes aveugles à Bamako, leur premier concert, le 20 janvier 1976. Ils ont beaucoup tourné en Afrique de l’Ouest, sont partis enregistrer des cassettes en Côte d’Ivoire. Le succès grandit…

Réaliser ce documentaire ressemble un peu à un projet fou : le réalisateur Ryan Marley ne parle ni français, ni bambara. « Malgré les obstacles de la langue, je voulais saisir quelle était la magie de ce couple mythique de la musique malienne, explique-t-il. Nous avons beaucoup tourné au jour le jour et chaque image de ce film est authentique. Nous étions juste avec eux, faisant de notre mieux pour capturer ces moments. » La complicité est là, dans les images tournées. Ils se racontent, ils échangent, rient.

Pour conter cette histoire d’amour, Ryan Marley s’est aussi appuyé sur de nombreuses archives et des captations de concerts. Certaines images sont tournées en Super 8. Quand les images d’archives n’existaient pas, elles ont été jouées avec de jeunes aveugles de l’Institut de Bamako, mais aussi des dessins animés qui apportent une certaine poésie.

Ce documentaire a été un long processus d’édition et de montage pour retracer, la vie au quotidien du « couple aveugle du Mali » devenu plus tard « Amadou et Mariam » qui conquit le monde. Leur musique est universelle, elle parle à tous, par-delà les horizons et les cultures.

Des rencontres décisives, de Bamako aux scènes du monde

Leur carrière est émaillée de rencontres et d’influences. Marc-Antoine Moreau, directeur artistique chez Polygram- est allé les chercher à Bamako. « La première fois qu’on est monté sur scène en France, c’était aux Trans Musicales à Rennes. C’est là-bas qu’on a commencé à avoir beaucoup de succès », se souvient Mariam. Le duo a travaillé avec Manu Chao, à sa demande. Sort alors l’inoubliable album « Un dimanche à Bamako » en 1995. « Ce fut beaucoup de concerts, beaucoup de prix, deux fois les Victoires de la musique, un disque d’or, un disque platine… », énumère-t-elle.

Tiken Jah Fakoly, Manu Chao, Chris Martin, « M » – Mathieu Chedid, tous expriment leur admiration pour ce couple incroyable avec qui ils ont partagé des moments. « Ils illuminent la vie », lâche Tucker Halpernduo du duo électro – Sofi Tukker. « Nous étions intimidés par leur talent », reconnaît le chanteur Chris Martin, se rappelant des dix dates de Mariam et Amadou en première partie de Coldplay. « Cela nous a poussés à faire mieux. »

Ce documentaire est traversé par la joie, l’amour qui porte ce duo. Deux âmes qui se trouvent, s’écoutent et partagent leur amour à travers leurs chansons. Une musique aux racines maliennes métissées de blues, rock, reggae, pop, groove ou afrobeat, aussi incandescente que rassembleuse.

L’équipe du documentaire les a suivis à Barcelone en studio, alors qu’ils préparaient leur prochain disque, mais aussi au Mali, dans leur maison où la famille et les amis viennent passer un moment, puis, un show au Café-concert à Bamako. Le pays a changé, regrette Mariam. La caméra les suit aussi à Montreuil, dans leur appartement. Dans une boutique, Mariam choisit avec soin une tenue. Elle est coquette et elle en sourit encore. Elle rappelle qu’elle avait choisi quand elle était à l’Institut pour surnom Sheila et confie qu’Amadou, c’était Jimi Hendrix.

Elle en parle encore au présent. « Amadou, il est gentil, plus de 40 ans d’entente, on se soutient, on se parle, on se complète. Moi, je vois la couleur, le soleil, lui, c’est la technique. La clim, le téléphone, c’est Amadou qui règle le problème. Et des problèmes, bien sûr que nous en avions. Mais on se parle, on s’écoute. Il y a toujours des solutions », glisse Mariam, à l’issue de la projection du documentaire. Moins d’un an après la disparition d’Amadou, elle se montre très émue. Et se réconforte de la présence de son fils Sam, lui aussi musicien, prêt à l’accompagner, sur scène, dans la poursuite de sa carrière.

Leur dernier album est sorti en octobre dernier, avec un titre symbolique : « L’amour à la folie » et pour le documentaire, rendez-vous dans les salles en France à partir du 8 février. Une sortie est également prévue dans une quinzaine de pays d’Afrique francophone et notamment au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire, au Cameroun.

L’affiche du documentaire « Amadou et Mariam : Sons du Mali », réalisé par Ryan Marley, et présenté en première mondiale au Fipadoc 2026 à Biarritz, en France. © (Makers)

*Amadou et Mariam : Sons du Mali, réalisé par Ryan Marley, actuellement dans les salles en France.