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Pourquoi les États-Unis ciblent un cartel vénézuélien qui n’existe pas

Pourquoi les États-Unis ciblent un cartel vénézuélien qui n’existe pas


Une réelle menace… ou une justification un brin tarabiscotée ? L’administration de Donald Trump a intensifié, ces dernières semaines, la pression contre le Venezuela, dans le cadre d’une campagne militaire contre le trafic de drogue. Dernière cible en date : le Cartel de los Soles (le cartel des soleils en français), désigné par l’exécutif comme une organisation terroriste. Problème, selon CNN : une telle affirmation semble pour le moins exagérée.

Le Cartel de los Soles désigne, selon le gouvernement américain, une organisation décentralisée, dirigée par des membres des forces armées vénézuéliennes et liée au trafic de drogue. Selon le groupe InSight Crime, consacré au journalisme d’investigation sur le crime organisé en Amérique latine et dans les Caraïbes, il « fonctionne comme un réseau informel de cellules au sein de l’armée de terre, de la marine, de l’armée de l’air et de la Garde nationale bolivarienne (GNB), s’étendant des échelons les plus bas aux plus hauts ».

Ce nom est apparu dans les années 1990, quand des généraux et commandants vénézuéliens – qui portaient des insignes solaires sur leurs épaulettes, d’où le nom du cartel – ont fait l’objet d’une enquête pour trafic de drogue et crimes connexes. « Au milieu des années 2000, certains éléments du GNB et d’autres branches sont passés de l’extorsion de fonds auprès des trafiquants à l’achat, au stockage et à la distribution directe de cocaïne », est-il encore précisé.

« Une entité inexistante »

En mars 2020, le département de la Justice des États-Unis a émis un communiqué désignant Nicolas Maduro, président du Venezuela, et Diosdado Cabello, alors président de l’Assemblée nationale constituante (et actuel ministre des Relations intérieures, de la Justice et de la Paix) comme les chefs du Cartel de los Soles.

Mais selon plusieurs experts, interrogés par CNN, il ne s’agit pas d’un cartel formellement organisé, comme d’autres organisations criminelles de Colombie et du Mexique. « Ils désignent comme organisation terroriste une entité inexistante qui n’est pas une organisation terroriste », a déclaré Brian Finucane, ancien avocat du département d’État spécialisé dans les questions de pouvoirs de guerre.

Selo, un ancien haut responsable du gouvernement américain, le Cartel de los Soles est « un nom inventé pour désigner un groupe informel de responsables vénézuéliens impliqués dans le trafic de drogue à travers le Venezuela. Il ne possède ni la hiérarchie ni la structure de commandement et de contrôle d’un cartel traditionnel ».

« C’est une expression journalistique »

Il accuse l’administration de Donald Trump de se fonder sur de « mauvais renseignements », issus sans nul doute de la Defense Intelligence Agency ou de la Drug Enforcement Administration, des renseignements qui pourraient être « purement politiques » et facilement contestables.

Jeremy McDermott, cofondateur et codirecteur d’InSight Crime, a également déclaré que le cartel « n’est pas une organisation de trafic de drogue traditionnelle et structurée verticalement. Il s’agit, du moins selon InSight Crime, d’une série de cellules généralement indépendantes infiltrées au sein de l’armée vénézuélienne ».

L’International Crisis Group, une ONG qui se consacre à la résolution des conflits meurtriers, estime elle aussi que cette organisation n’existe pas. « C’est une expression journalistique créée pour désigner l’implication des autorités vénézuéliennes dans le trafic de drogue », a expliqué à CNN l’un de ses chercheurs, Phil Gunson.

Un prélude à une action militaire ?

Selon ce même expert, désigner Nicolas Maduro comme le chef de cette organisation semble également une extrapolation. Mais une implication des plus hautes sphères, dans un trafic qui emprunte des pistes clandestines et des fleuves, semble pour le moins certaine. Le dictateur vénézuélien, s’il a toujours nié son implication, pourrait, d’une manière ou d’une autre, bénéficier de ce trafic.

« Ce qui est inquiétant dans cette initiative, c’est qu’elle pourrait être un prélude à une action militaire contre le gouvernement vénézuélien lui-même », a déclaré Brian Finucane. En désignant ce cartel comme une organisation terroriste étrangère (OTE), l’une des dénominations les plus sévères (qui interdit notamment à ses membres d’entrer aux États-Unis), Donald Trump espère-t-il en faire un prélude à une opération militaire plus importante, qui viserait à destituer le dirigeant du Venezuela ? Les actions à venir du président américain donneront sans nul doute la tendance.